‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 184 sur 354 · LIVRE XIV. — smOSD ET HÉRAULT-SÉCHELLES PROSCRITS · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — smOSD ET HÉRAULT-SÉCHELLES PROSCRITS

la tribune de la Convention; il expliqua ses liaisons avec Proly, liaisons qui, hélas! devaient tant contribuer à le perdre, fit un pompeux éloge du patriotisme de Danton, duquel on avait vainement, dit-il, essayé de le détacher, et finit par offrir sa démission de membre du comité de Salut public. La Convention applaudit à sa justification et refusa d’accepter sa démission (1).

Du reste, dans sa mission en Alsace, Hérault-Séchelles avait eu soin de donner des gages au parti le plus avancé de la Révolution. *

L'hébertisme avait trouvé dans lui et dans son collègue Simond, exvicaire constitutionnel de l’évéque du Ba.s-Rhin, de complaisants apétres. Hérault en avait pris les allures et le langage. « Oui ,

L....I » écrivait-il de Colmar le 28 brumaire, « entre nous, l'aristocratie s'en ira par haut et par bas (2). » 11 existe de lui une lettre véritablement atroce adressée Ji Carrier, avec lequel il paraît avoir été en relations assez intimes. Ce ne fut donc point une modération d'apparat qui le désigna aux soupçons du comité de Salut public.

Mais tout h coup on apprit la divulgation de certains secrets du comité ; d’importants papiers avaient été traîtreusement livrés à la connaissance des cours étrangères. Formellement accusé de trahison par Billaud-Varenne, Hérault se trouva surtout compromis par ses liaisons avec le bâtard du prince de Kaunitz, l’Autrichien Proly, par l’entremise duquel, prétendait-on, il transmettait à Vienne le secret des opérations du comité de Salut public (3). Une dernière imprudence aggrava les soupçons et acheva de le perdre. Un ancien commissaire des guerres, nommé Catus, poursuivi comme émigré et comme conspirateur, fut arrêté dans son appartement par le comité révolutionnaire de la section Lepeletier. Donner asile h un 'émijp'é, c’était se mettre sous le coup de la loi du 4 ventôse. Comme s’il ne se fût pas assez compromis, Hérault se rendit, avec son collègue Simond, également lié avec Catus, au siège du comité de la section . Lepeletier, et tous deux abusèrent de leur qualité de députées pour essayer d’obtenir l’élargissement du prévenu.

Instruits de ces faits, les comités de Salut public et de Sûreté générale n’hésitèrent pas â lancer un double mandat d’arrêt contre Hérault et contre Simond, et à instruire la Convention nationtile des

(1) Séance da 9 nivôse (29 décembre 1*T93). Moniteur da 10 nivôse. Le même comte Beugnot assure que pendant qu’Hérault se justifiait^ Bobetpierre lui lançait des regards ft^ronches. Ce n'est pas sans raison que l'ex-conseiller d’Etat impérial, devenu directeur général de la police du royaume sous Louis Wlll , a passé pour l'un des hommes les plus spirituels de son temps.

(î) Voy. Papiers iiiédt<r, t. II, p. 189.

<3) Notes de Robespierre pour le rapport de Saini-iust, p. 87.

BISTOIRE DE ROBESPIERRE

motifs de cette arrestation (i). La Convention, dit Saint-Just, devait s’honorer en faisant respecter ses décrets par ses membres avec la même rigueur dont elle userait envers tout autre citoyen, et l’Assemblée, dans sa séance du 27 ventôse (12 mars 1794), décréta d’arrestation les deux députés (2). On voit combien Robespierre fut étranger à toute cette affaire. Cela n’a pas empêché la plupart des biographes de Hérault-Séchelles de le présenter comme une des victimes de Maximilien (3) , tant il y a eu jusqu’ici de préventions et, il faut bien le dire, peu de bonne foi parmi ceux qui se sont occupés des hommes et des choses de la Révolution française. La brusque arrestation de Hérault tempéra singulièrement la joie que les dantonistes avaient ressentie de celle d’Hébert et de ses compagnons. Ne devaient-ils pas trembler pour eux-mêmes en voyant la Convention porter ainsi la main, avec une sorte de stoïcisme, sur ses propres membres? Vainqueurs de l’hébertisme, ils se trompaient étrangement s’ils se croyaient abrités par leur victoire. Cette victoire même les perdit, et, je le répète, ce n’est pas une des moins douloureuses conséquences du supplice des exagérés. L’échafaud d’Hébert présageait, hélas! celui de Camille Desmoulins et de Danton.

Danton I à ce nom retentissant, inscrit en lettres éternelles dans les fastes de notre Révolution, n'attendez de moi ni outrage ni sévérité excessive. Je n’imiterai pas ces historiens au moins bizarres qui, s’éprenant de belle passion pour tel ou tel personnage, c»)ient devoir immoler ^out sans pitié aux mânes de leur idole, sans autre raison qu’une sympathie bien peu justifiée souvent. J’admets trèsbien les préférences pour celui-ci ou pour celui-là, mais ces préférences ne sauraient être exclusives de l’impartialité. Il est donc impossible de s’incliner devant ces jugements téméraires, inspirés par

(1) Le mandat contre Simoiid est signé ; Collol d'Herbois, Prieur, Vadier, Voulland, Louis (du Bas-Rbin), Carnot, Jagot,. Barére, Atnar et Billaud-Varenne; celui roDire Hérault porte les signatures dcBarire, Dubarran, Carnot, CoIlotd'Herbois, Voulland, Couthon, Jagot, Robespierre , David, Billaud-Varenne, Saint-JusI. (Pièces k la suite du rapport de Saladin, p. SiS, 244.)

i2) Moniteur du 29 ventdse an II (14 mars 1794).

(3) Biographie uniterteUe (ancienne et nouvelle édition). Ce n'était vraiment pas la peine de remplacer l'article de M. Beugnot. Il n'est pas jusqn'k M. Michelet qui lie nous montre Hérault expidU par Robespierre. {Bistoire de la Rétohlion, t. VII, P 178.)

Digiti.T

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