‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 318 sur 354 · LIVRE XV. — PRINCIPALE CAUSE DU SUCCÈS DE LA FACTION · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — PRINCIPALE CAUSE DU SUCCÈS DE LA FACTION

un assassinat. Peu d'instants avant l’ouverture de la séance, Bourdon (de l’Oise) ayant rencontré Durand-Maillane aux abords de la salle, lui prit la main en lui disant r « Oh! les braves gens que les gens du côté droit (1) ! » Un moment après on pouvait voir Durand- Maillane se promener avec Rovère dans la salle de la Liberté (2). Et c’était bien là le vrai type de la faction thermidorienne ; le brigandage et le meurtre alliés à la lâcheté et à l’apostasie.

Au reste, jamais cette alliance impure et monstrueuse ne fût parvenue à renverser Robespierre, si à cette époque du 9 Thermidor les membres les plus probes et les plus patriotes de la Convention ne s’étaient pas trouvés en mission auprès des armées, dans les départements et dans les ports de mer où ils avaient été envoyés à la place de la plupart des Thermidoriens, des Rovère, des Fouché, des Carrier, des Fréron, des André Dumont et des Tallien. Le triomphe de la faction tint à l’absence d’une cinquantaine de républicains irréprochables. Laporte et Revcrchon étaient à Lyon, Albite et Salicetti à Nice, Laignelot à Laval, Duquesnoy à Arras, Duroy à Landau, René Levasseur à Sedan, Maure à Montargis (3), Goujon, Soubrany, ces deux futures victimes de la réaction, dans le Haut-Rhin et dans les Pyrénées-Orientales, Bô à Nantes, Maignet à Marseille, Lejeune à Besançon, Alquier et Ingrand à Niort, Lecai^ pentier à Port-Mâlo, Borie dans le Gard, Jean-Bon Saint-André et Prieur (de la Marneltous deux membres du comité de Salut public, sur les côtes de l’Océan, etc. Si ces représentants intègres et tout dévoués à l’idée républicaine se fussent trouvés à Paris , jamais, je le répète, une poignée de scélérats, ne seraient venus à bout d’abattre les plus fermes appuis de la démocratie. '

Au moment où Robespierre quitta, pour n’y plus rentrer, la maison de son hôte, cette pauvre et chère maison où depuis quatre ans il avait vécu avec la simplicité du sage, entouré d’amour et de respect, Duplay ne put s’empêcher de lui parler avec beaucoup de sollicitude, et il l’engagea vivement à prendre quelques précautionscontre les dangers au-devant desquels il courait. « La masse de la Convention est pure ; ressure-toi ; je n’ai rien à craindre, » répondit Maximilien (i). Déplorable confiance, qui le livra sans défense

(I) Mémûiret de Durand-HaiUaiu, p. 199, ubiniprà.

(î) Ibid.

(3) • Je te porte dens mon cœur arec la même énergie que je t'ai porté dam niea bras pour combattre les scélérats qui déchiroient naguère le sein de notre obère patrie...» écrivait Maure h Couthon, b la date du 28 messidor. (Lettre inédite, de la collection Portiez [de rOisel.)

(4) Détails transmis b MU. Bûchez et Roux par Buonaroti, qui les tenait de Dopla; lui-méme. {HUloire parlementaire, t. XXXIV, p. 3.)

à SCS ennemis ! On s'attendait bien dans Paris à un effroyable orage parlementaire, mais c’était tout ; et il y avait si peu d’entente entre Robespierre et ceux dont le concours lui était assuré d’avance, que le général de la garde nationale, Hanriot, s’en était allé tranquillement déjeuner au faubourg Saint-Antoine cher, un de ses parents (t).

Comme d’habitude, la séance du 9 Thermidor commença par la lecture de la correspondance. Cette lecture à peine achevée, Saint- Just, qui attendait au bas de la tribune, demanda la parole. Collol d'Herbois occupait le fauteuil. Pour cette séance, nous devons prévenir le lecteur, ainsi que nous l’avons fait pour les séances de la Convention et des Jacobins de la veille, qu’il n’existe pas d'autres renseignements que ceux qu’il a plu aux vainqueurs de fournir euxmémes; comme les historiens qui nous ont devancé, nous sommes réduit ici à écrire d’après des documents longuement médités et arrangés pour les besoins de leur cause par les Thermidoriens euxmémes (3].

« Je ne suis d'aucune faction, je les combattrai toutes. Elles ne s'éteindront jamais que par les institutions qui produiront les garanties, qui poseront la borne de l'autorité, et feront ployer sans retour l’orgueil humain sous le joug des libertés publiques. » Ces paroles ne sont assurément ni d'un triumvir ni d'un aspirant à la dictature; c'était le début du discours de Saint-Just. On sait comment, dès les premiers mots, le jeune orateur fut interrompu par Tailien. Il fallait empêcher à tout prix la lumière de se produire; car si Saint-Just avait pu aller jusqu'au bout, nul doute que la Convention, éclairée et cédant à la force de la vérité, n'eût écrasé la conjuration. En effet, de quoi se plaignait Saint-Just? De ce que dans les quatre dernières décades, c’est-à-dire durant l’époque où il avait été commis le plus d'actes oppressifs et arbitraires, l'autorité du comité de Salut public avait été en réalité exercée par quelques-uns de ses membres seulemçnt; et ces membres étaient

(i) Nous empruntons ce détail à Léonard Getlois qui parait avoir été fort bien io* formé. (Voj. son HUtoire dt la Convention t. Vil, p. 25t .)

(i) tl y a deux relations quasi officielles de la séance du 9 Thermidor, celle du Moniteur et le projet de procès-verbal de Charles Doval, imprimé par ordre de la Convention. Charles Duval ôtait de la conjuration. On peut juger par là si son procèsverbal est bien digne de foi ! Nous ne parlons pas de la version donnée par le /oumal des débats et des décrets de la Convention, c‘est presque absolument la même que celle du Jfoftifeur.

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