‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 320 sur 354 · LIVRE XV. — EFFORTS FOUR UI OTER LA PAROLE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — EFFORTS FOUR UI OTER LA PAROLE

ment part à la direction des afl'aires, ce fut précisément à cause de l’horrible usage qu’en dépit de sa- volonté ses collègues des deux comités crurent devoir faire de cette loi.

« Nous mourrons tous avec honneur, » s’écrie ensuite Billaud- Yarenne; «je ne crois pas qu’il y ait ici un seul représentant qui voulût exister sous un tyran. » Non, non! périssent les tyrans! répondent ceux surtout qu’on devait voir plus lard, trente ans durant, se coucher ii plat ventre devant toutes les tyrannies. Dérision ! Quel tyran que celui qui, depuis prés de deux mois, s’était abstenu d’exercer la moindre influence sur les afl'aires du gouvernement, et il qui il n’était même pas permis d’ouvrir la bouche pour repousser d’un mot les abominables calomnies vomies contre lui par des royalistes déguisés, des bandits fiefi'és et quelques patriotes fourvoyés. Continuant .son réquisitoire, Billaud reproche à Maximilien d’avoir fait arrêter le meilleur comité révolutionnaire de Paris, celui de la section de V Indivisibilité. Or, nous avons raconté cette histoire plus haut. Ce comité révolutionnaire, le meilleur de Paris, avait, par des excès de tous genres, jeté l’épouvante dans la section de l'Indivisibilité; i^t voilà pourquoi, d’après l’avis de Robespierre, ou en avait ordonné l’arrestation (1). Billaud-Varenne termine enfin sa diatribe par un trait tout à l’avantage do Robespierre, trait déjà cité, t dont les partisans de Danton n’ont pas assez tenu compte à .Maximilien. Laissons-le parler : « La première fois que je dénonçai Danton au comité, Robespierre se leva comme un furieux, en disant qu’il voyait mes intentions, que je voulais perdre les meilleurs patriotes (2). » Billaud ne soupçonnait donc guère qu’une partie des conjurés songeassent à venger Danton en proscrivant Robespierre.

Maximilien, qui jusqu’alors était resté muet, monte précipitamment à la tribune. On ne le laisse point parler. A bas le tyran ! à bas le tyran ! hurle la troupe des conjurés. Encouragé par la tournure que prenaient les choses, Tallicn prend de nouveau la parole au milieu des applaudissements de ses compères. On l’entend déclarer, en vrai saltimbanque qu’il était, qu’il s’est armé d’un poignard — le poignard de Thérézia Cabarrus, selon les chroniqueurs galants — pour percer le sein du nouveau Cromwell, au cas où l’Assemblée n’aurait pas le courage de le décréter d’accusation. Ah ' .si Robespierre eût été Cromwell, comme Tallien se serait empressé de fléchir les genoux devant lui ! On n’a pas oublié ses lettres à Cou-

(1) Voyez plus haut l’aftaire du comité réToluüonnaire de la secüou de l'InditisibUiti.

(2) Monittur du 11 thermidor (29 juillet 1794).

IIISTOIItE UE ROUESPIERRE

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itifiii Pt il Maximilien, témoignage immortel de la bassesse et de la liicheté de ce plat coquin. Il cherche à ménager h la fois les exagérés de la Montagne et les timides de la droite en se défendant d'être modéré d’une part, et de l'autre en réclamant protection pour l'innocence. 11 ose, lui le cynique proconsul dont le faste criminel avait indigné les patriotes de Bordeaux, accuser Robespierre d'être servi par « des hommes crapuleux et perdus de débauche, » et la Convention indignée ne lui ferme pas la bouche (1)! Loin de là, elle vote, sur la proposition de cet indigne histrion, l'arrestation d'Hanriot et de son kat-major, et elle se déclare en permanence jusqu’à ce que le glaive de la loi ait assuré la Révolution.

Le branle était donné. Billaud-Varenne réclame à son tour l’arrestation de Boulanger, auquel il reproche surtout d’avoir été l’ami de Danton, celle de Dumas, coupable d’avoir la veille, aux Jacobins, traité Collot d’Herbois de conspirateur, celle de La Valette et celle du général Dufraisse, dénoncés jadis l’un et l’autre par Bourdon (de l’Oise) et défendus par Maximilien. L’Assemblée vote en aveugle et .sans discussion la triple arrestation (2). Il est impossible qu’Hanriot ne .se soit pas entouré de suspects, fait observer Delmas, et il demande et obtient l’arrestation en masse des adjudants et aides de camp de ce général. Sont également décrétés d’arrestation, sans autre forme de procès, Prosper Sijas et Vilain d’Aubigny, ce dantoiiiste si souvent persécuté déjà par Bourdon (de l’Oise) dont la satisfaction dut être au comble. C’était du délire et du délire sanglant, car l’échafaud était au bout de ces décrets rendus contre tous ces innocents.

Robespierre s’épuise en efforts pour réclamer en leur faveur; mais la Convention semble avoir perdu toute notion du juste et de l’injuste. A bas le tyran, à bas le tyran! s’écrie le ebreur des conjurés. Et chaque fois que, profitant d’une minute d’apaisement, Maximilien prononce une parole : A bas le tyran, à bas le tyran ! répète comme un lugubre refrain la cohue sinistre.

(1) Moniteur du 11 lliermidor (39 jaillit 1794). Charles Duval se contente de dire ijans son procès-verbal que Tallien compara Robespierre k Catilina, et ceux dont U s'était entouré fa Verrès (p. 9.) — La veille mémo du 9 Thermidor, un de ces Montagnards imprudents qui laissèrent si l&chement sacrilier les plus purs républicains, le représentant Cfaazaud, député de la Charente, écrivait fa Coutbon : « Un collègue de trois ans, qui te chérit et qui t’aime, et qui se glorifie de ne s’élre pas écarté une minute du sentier que tes talens, ton courage et tes vertus ont tracé dans la carrière politique, désireroit épancher dans ton âme une amertume cruelle... s Lettre inédite en date du 8 thermidor (de la collection Portiez (de l’Oise).

(2) Projet de procès-verbal de Charles Duval (p, 9). Plus heureux que La Valette, cet autre protégé de Robespierre, le général Dufraisse échappa fa l'échafaud, et put encore servir glorieusement la France.

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