‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 62 sur 354 · LIVRE XI VOIX n'OETHE-TOMBE · texte numérisé non relu

LIVRE XI VOIX n'OETHE-TOMBE

la Convention. Mais quand le danger fut passé pour eux, ils ne se souvinrent plus guère de celui qu'ils avaient appelé leur sauveur, sinon pour accabler d’outrages sa mémoire et grossir le nombre de ses calomniateurs. Ils oublièrent alors les lettres qu’au temps de leur captivité ils lui avaient adressées, et dans lesquelles ils ne marchandaio§t pas les expres.sions de leur reconnais.sance. «O toi, » s’écriait l’un d’eux, « qui trois fois nous as garantis de la fureur des hommes cruels qui demandaient nos têtes; toi qui as si bien su distinguer entre les effets de l’erreur et du crime, c’est il toi qu’il appartient aujourd'hui d’achever ton ouvrage et d’accélérer la décision de notre sort que mille et mille incidents peuvent encore reculer d’une manière indéfinie (t). » Ces lettres, en effet, ils les supposaient détruites, car les Thermidoriens, on le comprend, s’étaient bien gardés d’insérer, îtla suite de leur odieux rapport, des lettres si honorables pour leur victime. Mais voici qu’aujourd’hui elles remontent au jour et viennent, comme des voix d’outre-tombe, témoigner en faveur de Maximilien Robespierre et protester contre l’ingratitude de ceux qui lui durent la vie (2).

« Citoyen notre collègue, lui écrivaient, au nom de leurs compagnons d’infortune, les députés Hecquet, Queinec, Ruault, Saint- Prix, Delamarre, Blad et Vincent, nous avons emporté du sein de la Convention et dans notre captivité un sentiment profond de reconnais.sance excité par l’opposition généreuse que tu formas le 3 octo bre à l’accusation proposée contre nous. La mort aura llétri notre cœur avant que cet acte de bienfaisance en soit clfacé (3). »

C’est Dabray, député des Alpes-Maritimes, qui le prie d’appuyer une demande qu’il a faite au comité de Salut public, à l’ettèt d’obtenir la mainlevée de ses scellés. « J’y joinss » dit-il, « un exemplaire de mes adresses, pour vous'prouver que je ne suis point indigne de l’intérêt que le sauveur de la France et de l’humanRé a pris pour mon malheur. Salut et fraternité (4)! » C’est Blanqui, du même département, qai, après lui avoir déclaré que presque toujours il avait conformé son opinion îi la sienne, ajoute, comme la meilleure preuve de sa confiance en lui : « Aujourd’hui, je dois faire quelque chose de plus, je vous appelle è ma défense (S)... » Voici mainte-

(1) Lettre de Girault, député des Côtesnlu-Nord. De la Force, le % prairial an IL

(3) Nous aToos déjà, dans notre précédent Tolume, donné des fragments de ces lettres et dit comment elles aTaient été conservées.

^3) Lettre en date du 39 nivôse an II (de la collection Porlier de l'Oise). Cette lettre a été citée par M. Louis Blanc dans le t. XI de son Bittoire de la Révolution.

(4) De la Force, le 33 floréal an H.

(3) Ibid.f 35 brumaire an IL

mSKIIRE DE HOBEMMEIIHE

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imnl Uoyci', l'évrcjuc di- l’Ain, son ancien collègue à l’Assemblée nationale : « Je vois avec (ilaisir combien tn :u> mérité la confiance de nos collègues. Témoin de ma fermeté dans les ti'mps orageux de rAssemhlée constituante, où mon amour pour la chose publique m’a plus d'une fois expo.sé aux deriders dangers, qui mieux que toi peut attester mon patriotisme?... Li.s dans mon cœtÿ-, et tu y découvriras, ainsi que dans celui de nos collègues, le feu saèré qui dévore ton âme, ramourde la patrie, l’amour des lois, le seul boni- • magequepuisse foffrir un vrai républicain, le seul digne de toi (1). » Puis c’est un de ses anciens adversaires, et non le moins acharné, (îuiter, qui s’adresse également à lui, au moment où la r.onvention est sur le point de ]irononcer sur son sort : « J’ai recours à toi avec contiance, parce que j’ai enlin reconnu (|ue lu n’avais ce.s.sé d'être juste (2). « Ecoutez maintenant Garilhe, député de l’Ardèche à 1a Convention : « I.a loyauté, la justice et l’énergie que vous avez df-veloppées le 3 octobre, en faveur des signataires de la déclaration du (> juin, m’ont prouvé que, de même (pie vous savez, sans autre passion (pie celle du bien public, employer vos talents à déraa.s(pier les traîtr(!s, de même vous savez élever votre voix avec courage en faveur de riiinocent trompé. Cette conduite généreuse m’inspire la contiance de m’adresser à vous, ipioiipie je n’en sois pas connu, pour vous [irier de iiermeltre, dans rimpuis.sance où je suis d’être entendu moi-même, qu’au nom de la justice, de rhumanité et du iieuple, à ipii j’appartiens comme vous, je vous constitue mon défens(uir. Certes, vous avez dit une grande vérité lorsque vous avez avancé (pic la plupart des signataires avaient signé de bonne foi, sans aucune intention criminelle (3)... » Écoutez Salmon, député de la Sarthe : « Vous prendrez, j’en suis d’avance convaincu, depuis les observations (jue vous présentâtes h la Convention le jour de l’arrestaliou des signataires, la défense de l’innocent (]ui croyait bonnement servir la chose publique, et n’avait nulle intention de seconder des projets perlides et contre-révolutiunnaires (A)... » Li.sez entin ces quelques lignes i-criles de la Force à la date du 3 messidor (il juin 17!» l), et signées de trente et un Girondins : « Citoyen, tes coll(‘gties détenus à 1a Force t’invitent à prendre connai.ssance de la lettre dont ils t’envoient copie. Ils espèrent que, conséquemment à les principes, lu l’appuyeras. UtjoniL'E nous te devioks be.vucoup,

(f ) De la Force, le 4 messidor an II.

(2) Celte lellre, dont nous avons déjà cité des pa&sages dans noire précédent ’/olume, ne porte point de date.

(3) Lettre en date du i*' du mois (22 octobre 1793).

(4) De la Force, le 11 brumaire.

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