LIVRE DOUZIEME
OCTOBRE 1793 FRIMAIRE AS II (dÉCEMIIRE 1793)
Le Nouneau calendrier. — Point de découragement! — Prédiction de la ricloire de Wattignies. — Le Gouvernement révolutionnaire jusqu'à la pair. — Comités de Sûreté générale et de Salut public. — Organisation du comité de Salut public. — luslruction aux communes. — Gens révolutionnaires, gens d’examen, gens de la haute main. — L'espion Senar. — Une note de Carnot. — Mesures diverses. — Maiirailicii et les affaires militaires. — Politique de Robespierre et de ses amis dans les départements. — Augustin Robespierre dans le Midi. — Premières relations avec Bonaparte.— Coutbon à Lyon. — Il est remplacé par Collot d'Herbois et Fouché. — Lettre de Cadillot. — Proscription des étrangers. — Exceptions réclamées par Robespierre.
— Des comités de surveillance. — Discussion au sujet de Julien (de Toulouse).
Hébert et Marie-Antoinette. — Le procès des Girondins. — Hébert et M"» Roland.
— Une page des Mémoires de M™» Roland. — Efforts du eomité de Salut public. — Proclamation à l'armée. — Le général Kellermann. — Prestige des Jacobins. — Les frères Duquesnojr et Hébert. — Jourdan aux Jaeobins. — L'hébertisme. — Adresse
aux sociétés populaires. — Robespierre et André Dumont. — La déprétrisation.
Visite de Clootz au comité de Salut public. — La fête de la déesse Raison. — Les joies du Père Ducliettu. — Consternation de Maximilien. — Exagérations des meneurs de la commune. — Rapport sur la situation politique de la République. — Mal causé par l'hébertisme. — Séance du frimaire nu club des Jacobins. — Danton appuie Robespierre. — Décret concernant la liberté des cultes. — Mécontentement des hébertistes. — L’évêque Massieu. — Discours du 8 frimaire aux Jacobins. — Rétractation d'Hébert. — Réponse au ntanifeste des rois coalisés. — Les sjndics de la paroisse de Saint-Just. — Le comité de Salut public et la Convention. — Le notaire Cbandot. — Défense des ministres. — Les épurations aux Jacobins. — L'ex-marquis de Haribon-BIontaut. — Le cito;en Taschereau. — Robespierre défend de nouveau Barère et Danton. — Ni exagération , ni modérantisme. — Camille Desmoulins; sa lettre à Dillon. — Grande facilité de moeurs de Camille. — Les premiers numéros du Vteuz Cordelier. — Clootz , l'orateur du genre humain. — Il est exclu des Jacobins. — Hérault-Sécbelles dénoncé par Bourdon (de l'Oise). — Prêtres et nobles. — Camille Desmoulins soumis à l'épuration. — Roinme et les suppléants à la Conven-
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lion. — Robe»i>ierre et les généraux. — !'ne lellre de Sergent. — Prise de Toulon.
Belle conduite de Robespierre jeune. — Coup dVeil sur la vie privée de Maximilien. — Charlotte Robespierre et Duplay. — Mariage de Philippe Le Ras. — l^léonore Buplav et Maxiiiiilion Robespierre. — Le salon de Duplav.
Au mois d‘oclol)re do l’année 1793, la Révolution onlro dans une phase toute nouvelle en quelque sorte. Et d’abord, dès le 5, la Convention nationale substituait à rancieii calendrier grégorien le niaguilique calendrier proposé par Roinnie au nom du comité d'iii.struclioii publique. Par une coïncidence assez singulière, la République avait été proclamée le jour même de l'équinoxe d’aulomne. On fixa doue il ce jour le commeiicoraent de l'année; désormais l’ère des Français dut com])ler de la fondation de la République, c’est-àdire du 22 .septeudu'e I7!t2. Tout le monde connaît le calendrier ré]mblicaiii, si bien aitproprié aux diverses phases de la lune et à la marche des saisons. Les anciens noms ridicules et barbares servant à désigner les jours et les mois ne pouvaient .sub.sister, on se conlenla tout d’abord de les remplacer jiar la dénomination ordinale. Ainsi, le nouveau calendrier ajant été appliqué pour la première fois le dimaiicbe (i octobre, c’est-à-dire quinze jours après ranniversaire de la fondation de la République, ou commença de dater du quinzième jour du premier mois de l’an II de la République française. Mais cette nomenclature toute sèche, purement aritbmèti(|ue, et ne rappelant à l’imagination rien qui fût de nature à la graver dans la mémoire, fut bientôt jugée insuffisante. Le quatrième jour du deuxième mois, correspondant au 2.’> octobre, l’Assemblée, à la voix de Fabre d’Églaiitiiie, adoptait ces dénominations poétiques et charmantes, et on môme temps si rationnelles de Vendémiaire, lintmaire et Frimaire, jioiir désigner la saison des vendanges, de.s brouillards et des frimas; do Mivôxr, Pluviôse et.lV/itôse, pour désigner l’époque de neige, de pluie et de vent, qui dure généralement do décembre à mars; de Germinal, Fiori'ai et Prairial, pour désigner le temps où monte la sève, où s’éiiaiiouissenl les heurs et où se fauchent les prairies; ciirni, de Messidor, Thermidor et Fruelidor, pour désigner les mois des moissons, de la chaleur et des fruits. Impossible de ligurcr dans un langage plus harmonieux et plus sonore les diverses phases de l’année, de mieux peindre les propriétés .spéciales à chacune d’elles.
Mais au milieu du trouble présent, dans la crise terrible où l’on était, et chez un peuple à qui la routine est si chère, était-il oppor-
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lui! dn rompre aussi brusqurment avec de vieilles habitudes? N'y aurait-il point là un nouveau motif de fermentation? Qu’allaient (lire l’innombrable foule des diüvotes et la multitude non moins nombreuse des gens ayant le culte du dimanche? car le nouveau calendrier n’jduisait à trois les jours féiàés dans chaque mois. N’all.rit-on pas soulever inutilement des réclamations bruyantes, et foui^ nir aux malveillants l’occasion de colorer d’un prétexte légitime leurs persistantes hostilités contre la Révolution? Ce fut ce qu’apprehendèrent quelques esprits d’un patriotisme incontestable, comme l'abbé Grégoire. Quelques doutes semblent également s’étre glissés dans l’esprit de Robespierre; il se demanda .s’il ne, faudrait pas ajourner jusqu’à nouvel ordre le décret sur le calendrier. C’est du moins ce qui nous paraît résulter d’une note tracée dans un petit carnet que nous avons sous les yeux, et où il consigna, jour par jour, pendant quelques mois, les observations qu’il se proposait d’adresser soit au comité de .Salut public, soit à la Convention nationale (1). Mais il comprit bien vite l’intérêt puissant qu’il y avait à rattacher à une ère nouvelle les institutions fondées par la Révolution, et d’un trait de plume il biffa la note où se révélaient scs craintes. Aujourd’hui , en reportant notre pensée sur ce calendrier auquel se lient .si intimement une partie de nos institutions modernes, nous sentons combien s.agement furent inspirés nos pères lors- (ju’ils le décrétèrent. C’était une barrière infranchissable entre l’ancien et le nouveau régime; et, en efl'et, quand Napoléon voulut renouer la chaîne du pa.ssé et greffer son despotisme sur le tronc vermoulu du vieil arbre monarchique, il s’empressa de jeter aux orties le calendrier de la démocratie.
Quel mois fécond que ce premier mois de l’an II de la République ! S’il est signalé par des exécutions que l’on comprend en les déplorant, de quelle gloire ne resplendit-il pas, qui voile de .son éclat prodigieux les sacrifices sanglants faits aux terribles nécessités du moment! C’est l’heure où la République haletante, pressée entre l'ennemi du dedans et celui du dehors, comnu'iice à lirendre le dc.ssus. Victoires dans le Midi, au Nord, datis la Vendée. Lyon est emporté de vive force, Maubeuge débloque', l’armée autrichienne écrasée à Waltignies. Non, il n’y a pas as.sez do couronnes pour ces rudes jouteurs qui, dans la situation la plus critique, n’ont pas
(1) Ce carnet existe aux 4rcAiüet. C’est un petit cahier de foriuai in-3â. recouvert d’une couverture en papier marbré. Les anuoialious vont de la page 1 h la page 17. Il a servi à Uubespierre du uiois d’octobre au mois de nivôse ^(iii décemhre}. Les Tlier> luidoriens ont extrait de ce carnet quelques passages sur lesquels nous aurons à nous expliquer.
IIISTOinE PE nOIIESPIElIRE
dfisfîspôi-6 (lu salut de la patrie, et qui ont vaincu parce qu’il fallait vaincre, à tel prix que ce fût, comme disait Robespierre. Déscspiîrcr, c’était presque trahir, aux yeux de Maximilien. Aussi le 7 octobre 1793 (16* jour du 1" mois), aux Jacobins, l’cntendit-on qualilier avec sévérité une lettre annonçant un échec partiel des troupes républicaines, et où perçait un extrême découragement. Le malheur n’était que trop vrai; mais il y avait, selon lui, perfidie îi l’exagérer. Il y avait perfidie surtout à en rejeter la responsabilité sur la Convention, comme le faisaient les signataires de la lettre, au lieu de s’en prendre à l’impéritie ou même ;i la trahison de, certains officiers. Et il cita Houchard, coupable de n’avoir pas profité de la victoire d’Hondschoote. Il donna alors les renseignements les plus satisfaisants sur Dunkerque, dont la prise par les Anglais n’avait été empêchée que par la destitution du tommandant de la place, de l’état-major et des autorités conslituées. Ces renseignements, il les tenait.... de Lazare Hoche, riicemment appelé au grade d’adjudaiitgénéral, non point par Carnot, mais par Bouchotte, et dont Maximilien recevait fréquemment des lettres, comme plus tard nous le prouverons d’utie façon irréfragable (1). Hoche, c’était un de ces chefs patriotes sous lesquels, disait Robespierre, les armées républicaines finiraient par demeurer victorieuses. 11 ne pouvait s’empêcher de montrer de l’humeur contre ces prétendus républicains ((ui, au moindre échec, allaient semant partout l’alarme et le di'-couragemeut. Pour lui, il se faisait fort d’indiquer le remède, et s’écriait alors : «Les efforts de vos ennemis contre vous, leurs cris, leur rage impuissante et leurs petits succès ne doivent pas vous cfl'rayer, ce ne sont que des (■gratiguures sur les épaules d’Hercule; le peuple français s’en est à peine aperçu.... Rassurez-vous, je vous promets des victoires; et vos espérances ne seront ]ias d(V jouées, et mes promesses ne seront pas démenties (2). » Si de tels
(1) Ces lettres de Hoche k Robespierre, sapprimées par les Thermidoriens, que sont* elles devenues? Ont-elles été détruites? 11 en existe probablement dans des collections particulières. C'est évidemment une de ces lettres dont nous avons un extrait sous les yeux, lettre écrite de Dunkerque, à la date du 33 septembre 1793, et dans laquelle lo jeune ofbcier, après s'élre vanté d'avoir éclairé quelques personnes sur la trahison du général Duuiouricz, ajoute : « Je retrouvai mes anciennes connaissances k la Convention et elles me firent obtenir du patriote Bouchotte le grade d'adjudant- général... u Cette lettre, citée pur extrait dans l'isographiet faisait partie de la coIlecUon de Portiez (de l’Oise).
(3) tournai des débats et de la correspondance de la société des Jacobins, numéro 511 , et Jfomtéur du 11 octobre 1793. Permis après cela h Proudbon d'écrire, avec sa parfaite ignorance des choses de la Révolution, des niaiseries dans le genre de celle-ci : • Ce rhéteur pusillanime..., qui en 93 combattait la levée en masse, qui en 94 recommandait