LIVRE VUL MANIFESTATION DU 20 JUIN
arféler quelques instants sur un événement que Robespierre avait improuvé d'avance; nous voulons parler de la fameuse manifestation du 20 juin.
Le lendemain du jour où la lettre de La Fayette était arrivée comme QQ déG jeté à la Révolution, l'Assemblée nationale apprit avec indignation, par une lettre du ministre de la justice, que les décrets relatifs à h déportation des prêtres perturbateurs et à la formation du camp de vingt mille hommes sous Paris, étaient frappés du veto royal. Celte nesare coïncidait d'une manière fâcheuse avec les déclamations du directoire du département et de La Fayette contf e les sociétés populaires, i déclamations qui semblaient un écho du manifeste de l'Autriche contre ; il Révolution française ; elle adieva d'irriter le peuple, travaillé depuis init jours déjà par les meneurs girondins, impatients de faire repentir la cour du renvoi des ministres patriotes. On ne pouvait d'ailleurs choijfir une meilleure date pour déterminer un mouvement populaire. I^gt juin! c'était le troisième anniversaire du serment du Jeu de jhume, et pareil jour était bien propre à exciter l'enthousiasme et lescolâres des citoyens.
Que la population parisienne fût toute disposée à se lever afin de Idonoer une leçon à la cour, et même, au besoin, de renverser un IMoe sur lequel on désespérait désormais d'asseoir la liberté, cela est krs de doute. Les faubourgs s'agitèrent, remués par des hommes inients, et il y eut dans la maison du brasseur Santerre des concilîaliules où fut décidée la manifestation. Plusieurs historiens ont imaginé, trts-légèrement, d'y faire figurer Robespierre, sur la foi d'un certain luvjmie, soldat volontaire du bataillon de l'île Saint-Louis, lequel, en déposant dans l'enquête ouverte au sujet des événements du 20 juin, dédara que des témoins lui avaient assuré avoir vu Robespierre, avec Ntion, Manuel et Sillery chez le brasseur patriote (1). Mais quand ntee, ce qui est fort douteux, Robespierre aurait assisté à une conféni&ce tenue chez Santerre, rien n'indique qu'il se soit montré partisan
G) Voyez dans le t. XV de VHittoin parlementaire (p. 116) la déposition de La- Kput, Cest sur cette pièce que, quarante ans après Tévénement, l'ancien proooxeur fôéxal syndic Rœderer, dans sa Chronique de cinquante j<wr«, a écrit sa relation de la j«ainée du 20 juin.
de la manifestation projetée, à laquelle il fut eotièrement opposé, comme tout concourt à le démontrer. Au contraire, la participation des Girondins à cette journée du 20 juin est évidente, et elle s'espliqoe admirablement. Uq mouvement populaire pouvait leur rendre le ministère, ou tout au moins les venger ; ils s'attachèrent donc à donner à ce mouvement une direction de nature à contenter leur ambition et leurs rancunes.
Ils avaient essayé de circonvenir Chabot (1), et, durant huit jours, leurs émissaires avaient parcouru les faubourgs. Tandis que la démocratie tenait ses assises cliez le brasseur Saaterre, la Gironde tenailles siennes dans le salon de madame Roland, où s'étaient rassemblés Guadet, Brissot et leurs amis. Rappel des ministres, telle était, à leais yeux, la signification du mouvement, et tel fut le mot d'ordre donné par eux (2). Voilà bien pourquoi Robespierre refusa de prêter les mains à une manifestation dont une coterie prétendait tirer partL Voilà pourquoi, averti par Chabot, il s'était élevé, aux Jac(d)ins,€GQtre une insurrection partielle dont les conséquences lui paraissaient poavoir être dangereuses i)our la liberté. 11 craignait qu'on ne fournit n gouvernement le prétexte de calomnier la cause du peuple. Nous Terrons, en effet, quel admirable parti la cour aurait pu tiràr de cette insurrection avortée, si elle n'en avait pas, comme à plaisir, comproiûs ^ bénéfice par ses fautes. Robespierre prévoyait bien que, dans l'état de crise où l'on se trouvait, une insurrection éclaterait d'un moment à l'autre; mais il la voulait formidable, décisive, de nature à amener le triomphe complet de la Révolution, dût le Irône voler en éclats, et non pas seulement propre à satisfaire quelques vanités froissées, et a permettre à quelques ambitieux de reprendre possession du pouvoir. Ayant rencontré Chabot dans la journée du 1 9, il l'engagea fortement à se rendre au faubourg Saint- Antoine pour éclairer les habitants stf le but de la démarche à laquelle on les conviait. Chabot courut au£n^ bourg, harangua le peuple dans l'église des Quinze-Vingts; mais iiétatf trop tard : sa harangue n'eut aucun succès. On disait de toutes parts: Nous sommes suivis de Pétion; Pétion le veut, Pétion est avec nous (3/.
La popularité du maire de Paris aida à merveille les Girondins. Noos
(1) Ce fat da moins ce ^e Ohftbot affirma en déposant dans la procès des Ginir dlns.yoyoE sa déposition , Hùiotre parlementaire ^ t. XXX, p. 28 et auiv.
(2) Cest ce que Sergent, alors administrateur de police, affirme dans udc w^ insérée dans la 2« série de la Bévue rétrospective. Cela d'ailleurs se trouve pleiDemeadi confirmé par ime appiéciatwn da Pmrioie frmiçoû sor la joomée du 20. (Vojitf ^ nnméni du 21 jnîn^
(i^ Voyoi la dépontioD de Chabot, «K smprà, et la i^ponse de RobesiûeRai ^'■^ Pétion , dans le numéro 7 des Lettrée de Robespierre à ses commeUoiu, p. 315.