‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 129 sur 314 · UVRE VIII. NOUVELLE PHILIPPIQUE CONTRE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

UVRE VIII. NOUVELLE PHILIPPIQUE CONTRE LA FAYETTE

déDoiiment. Toutefois, dans les circonstances critiques où Ton se trouvait, et voyant la cour chercher â tourner cet événement contre la liberté, il se garda bien de blâmer hautement ce qu'il appelait la procession armée du 20 juin. Il essaya, au contraire, de la justifier, sacrifiant son opinion personnelle au désir de servir la cause populaire; et, nnpeu plus tard, il put dire à Pétion, sans crainte d'être démenti, en rappelant le souvenir d'un mouvement auquel il s'était opposé pour sa part : « Personne plus que moi ne vous a défendu alors d'une manière plus publique et plus loyale contre toutes les tracasseries qu'il vous auiroit(l). »

Tandis que les partisans de la cour songeaient à tirer profit du mouvement populaire soulevé, en partie, par les rancunes de la Gironde, Robespierre continuait dans son journal la guerre contre le général assez téméraire pour avoir jeté un audacieux défi à la Révolu- &n. Non content d'avoir parlé en maître à l'Assemblée nationale, La Fayette avait écrit au roi pour l'encourager « dans sa résolution généreuse de défendre les principes constitutionnels. » Or on savait trop ce que cela voulait dire dans la bouche des meneurs feuillants. Ces feUres à l'Assemblée et au roi inspirèrent à Robespierre une deuxième philippique dans laquelle, prenant le général ôorps à corps, pour ainsi dire, il discuta chacune de ses phrases^ la constitution à la main. «Sommes-nous déjà arrivés, » s'écriait-il en commençant, « au temps où les chefs d'armée peuvent interposer leur influence ou leur autorité dans nos affaires politiques, agir en modérateurs des pouvoirs constitués, en arbitres de la destinée du peuple? » En était-ce donc fait déjà

[1,1 Voyez la réponse à Jérôme Pétion, dans lo numéro 7 des Lettres de Bobespierre n «I '^ommettans. On sait de Aste maintenant pour quftls motifs pleins de sens Kobes- F«Te se montra opposé à la manifestation du 20 juin. « Soigné, coiffe, poudré, il Beût point compromis dans ces bagarres, ni même dans la rude société de l'émeute, rtocnomie de sa personne, » dit M. Miclielet (Hist. de la Bévohition^ t. III, p. 4()5). Toilà encore une de ces fantaisies contre lesquelles on ne saurait trop protester. Non, Bobespierre n'avait pas cru devoir s'associer h un mouvement qui ne tendait qu'a •tisfaîre d'ambitieuses convoitises. En fait d'insurrection, il n'en voulait qu'une swituse, propre à en finir avec la contre-révolution, à assurer le triomphe de la IToertê. ït dans les terribles journées qui précéderont et suivront le 10 août, nous verrons s'il hésitera à compromettre « l'économie de sa personne. »

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de la liberté» si, renouvelant, avec plus d'autorité, l'usage des remoiH trances parlementaires, un général se permettait de critiquer les actes législatifs, d'adresser une sorte de mercuriale à la représentation nationale, et s'occupait, selon ses intérêts, à créer, à chasser, à louer ou à diffamer des ministres, aux ordres desquels pourtant la loi lui imposait le devoir rigoureux d'obéir ?Séyait-il bien à LaFajelte de traiter d'équivoque et de icandaleuse l'existence d'un de ces ministres à l'élévation desquels il avait travaillé, lui qui, après avoir flatté tous les partis, se mettait audacieusement au-dessus des lois? Il reprochait à l'Assemblée de n'avoir pas assez respecté la prérogative royale, les droits des citoyens, la liberté religieuse, c'est-à-dire qu'il attaquait par là les décrets rendus contre les émigrés et les prêtres réfraciaires.

De quel droit s'arrogeait-il ainsi la mission de régenter les représentants du peuple, donnant aux uns le titre de factieux, décernant aux autres un brevet de patriotisme et de sagesse? Pwjrquoi ne pas le nommer tout de suite le législateur unique du peuple français? « Vous intriguez, vous intriguez, vous intriguez ! » lui disait Robespierre. 0 Vous êtes digne de faire une révolution dans une cour, il est vrai; mais arrêter la révolution du monde, cette œuvre est au-dessus de vos forces. » Montrant la France menacée au dehors et agitée au dedans, La Fayette, dans sa lettre, avait fortement engagé la nation à résister aux rois coalisés contre elle, sous peine d'être la plus vile nation de l'univers, comme si le pays avait un instant doute de son propre courage et de sa propre puissance. Mais cette coalition des rois, cette agitation intérieure n'étaient-elles pas dues aux mêmes causes? N'étaîent-ce pas les mêmes hommes implacables qui poussaient l'étranger à déchirer le sein de la Frarxce en lui cherchant des alliés au dedans, en faisant appel à toutes les mauvaises passions, en soulevant contre la Révolution tous les intérêts 'froissés, toutes les convoitises, toutes les ambitions? Voilà les traîtres, disait Robespierre, les factieux qu'aurait dû dénoncer La Fayette ; loin de là, le général semblait les prendre sous sa protection, car son langage ressemblait fort à celui de la cour d'Autriche. *

Et que signifiait cette affectation de dire : Mes soldats^ ma bram armée ? Était-ce un procédé d'intimidation? Ah ! si les soldats français étaient disposés à le suivre avec empressement pour vaincre les Autrichiens, ils ne le seconderaient jamais dans ses desseins contre la représentation nationale protégée par le peuple d*où sortaient ces soldats an nom desquels il prétendait parler. L'événement prouva, un peu irfos tard, à quel point Robespierre avait raison. La Fayette s*en prenait surtout à ce qu'il appelait la factionjacobite^ désignant ainsi la société

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