LIVRE VIII. NOUVELLR PHILIPPIQUC COÎITRE LA FAYETTE
des Amis de la Constitution à laquelle il avait appartenu ; et, dans cette même épttre où il enjoignait à TAssemblée nationale de maintenir scrupuleusement les principes constitutionnels, il l'invitait à décréter la destruction des sociétés patriotiques, oubliant que Texis» tËOcedeces sociétés était Têxercice d*un droit formellement reconnu par la constitution. Il avait sans cesse dans la bouche ces mots de liberté et de constitution; mais ce langage était un jargon insignifiant oa insidieux dicté par Tintérét personnel, puisque La Fayette semblait Be reconnaître dans la constitution que tout ce qui pouvait servir la tjraonie. Il reprochait aux sociétés patriotiques la publicité de leurs séances, comme si ce n'était pas là au contraire une garantie de sécunté, comme si Ton pouvait conspirer contre les intérêts généraux sous faeil même du public.
Ab! lui disait avec raison Robespierre, en faisant allusion aux cq- Bités mystérieux où s'élaboraient les lettres de la nature de celle (ne le général avait adressée à l'Assemblée législative , oseriez-vous feùâre le peup\|e pour confident de vos sentiments et de vos penlées? Sans doute des intrigants avaient pu se faufiler au sein des iociélés patriotiques, et Robespierre ne prétendait pas que jamais Vée absurde n'y eût été émise ; mais chez un peuple dont l'éducation irait été celle du despotisme, était-il possible d'exiger que toutes les iKemblées de citoyens fussent composées de Socrates et de Gâtons? El comment, à Paris, séjour de toutes les intrigues, empêcher la cour « ses partisans d'y introduire des émissaires chargés de semer le touble et la discorde, d'énoncer de ces propositions ridicules qui SBn-ent de prétexte à calomnier le patriotisme? « Personne, je l'avoue,» (ODtinuait Robespierre, « n'est blessé plus que moi de ces difformités ; jersonne n'est moins porté, par goût, à fréquenter les nombreuses assemblées. Mais qu'en général l'amour du bien ptiblic y domine; fie la grande majorité soit pure, également ennemie du désordre et de la tyrannie ; qu'elle applaudisse avec transport à toutes les maximes kooêtes, à tous les projets utiles ; qu*elle repousse avec indignation tontes les manœuvres coupables; que, depuis le commencement de la dévolution, les sociétés patriotiques aient été recueil de toutes les conspirations tramées contre le peuple, les plus fermes appuis de la Sbertéetdela tranquillité publique, ce sont des vérités qui ne furent jnnais contestées que par l'extravagance aristocratique ou par la perfidie ambitieuse. Elil s'il en était autrement, si les ennemis cachés ou 'édarés de la patrie pouvoient régner au milieu d'elles, loin de les poursuivre, ils les protégeroient, et toutes les calomnies absurdes àoDi elles sont l'objet se changerotent en im concert de louanges. »
Était-il loyal d'attribuer à tous les bons citoyens les erreurs de quelques individus? N'était-ce point là le fait d'un ennemi de la patrie?
On reproche aux sociétés patriotiques d'avoir fomenté tous les désordres, poursuivait Robespierre. Étaient-ce elles qui avaient déchaîné les prêtres séditieux, les émigrés armés contre la patrie, les conspirateurs, les fripons et les traîtres? On leur reproche d'être une secte à part dans l'État, d'usurper les pouvoirs du peuple,' de tyranniser l'opinion : banale et éternelle accusation de tous les fonctionnaires, de tous les partisans du despotisme contre les citoyens investis de la confiance populaire. Mais que dire des généraux qui parlaient en maîtres à l'Assemblée nationale? Là, s'était écrié emphatiquement La Fayette, sans doute en souvenir de la couronne civique décernée, sur sa motion, à son cousin Bouille, là, les assassins de Desilles reçoivent des triomphes. Non, répondait Robespierre, réfutant une calomnie encore ressassée de nos jours, « mais là, les assassins des soldats de Châteauvieux et de tant d'autres défenseurs de la patrie ont été appréciés. Là on a pensé que l'humanité et la reconnoissance publique dévoient expier, par des hommages rendus à l'innocence et au patriotisme opprimés, les crimes du despotisme, de l'aristocratie, les aimes de Bouille et les vôtres. Là on sait que ce que vous appelez l'assassinat de Desilles est un événement fortuit, étranger aux soldats immolés par la rage liberticide des ennemis du peuple, qui ne peut être imputé qu'aux chefs perfides qui venoient les massacrer de sangfroid, une calomnie inventée pour faire oublier l'assassinat plus réel de tant de victimes intéressantes... Non pas à vos yeux, ni à ceux de vos pareils, mais à ceux des hommes justes et sensibles... Vous, on vous permet de gémir sur les héros de l'aristocratie, laissez-nous pleurer sur les héros de l'infortune et du civisme. » Il continuait ainsi à discuter avec une logique inflexible chacune des phrases de la lettre de La Fayette, et, après avoir insisté sur la singulière conformité existant entre le langage de ce dernier et celui de Léopold, d'où l'on pouvait conclure, à n'en plus douter, que le manifeste impérial avait été fabriqué dans le cabinet des Tuileries, il engageait le général à dissiper l'armée autrichienne au lieu d'attaquer les patriotes et de s'essayer au rôle de dictateur avant d'avoir vaincu. Puis, s'adressant aux membres de l'Assemblée nationale, il leur demandait s'ils voulaient devenir les jouets de l'ambition ou du despotisme en faisant imprimer la lettre d'un factieux, ou rester les représentants de la nation française. En vain craignait-on de se priver d'un général ; mille autres, à la place de celui-ci, auraient déjà vaincu, non pour la cour, mais pour la patrie et la libertés L'Assemblée n'avait qu'un mot à prononcer,