UTRE VIII. — FUREUR DES JOURNAUX GIRONDINS CONTRE LA FAYETTE
La posillanimité seule de l'Assemblée nationale serait à craindre, joais il avait confiance en la majorité; et, se reposant sur elle, il engageait encore ses concitoyens à se garder de toute insurrection partielle : c'était par la légalité qu'il fallait vaincre La Fayette et léprimer les complots dont la cessation amènerait l'établissement définitif de la liberté. « La Fayette est un traître, un conspiratçur, > J^écria ensuite La Source; a La Fayette est un scélérat, voilà mon opi- Bi(m(i). 1»
Aa moment où ces rudes paroles sortaient, de la bouche d'un des [nembres influents de la Gironde,' le général se disposait à retourner lers son armée, un peu confus sans doute du résultat de sa démarche, iémarche imprudente autant que coupable, on peut le dire ; car, loin de iovir la cause royale, elle contribua, d'une part, à pousser le gouverlement de Louis XVI dans le chemin de réaction qui devait le conduire Isa chute ; de l'autre, à aigrir les patriotes, à les porter aux partis externes. Le jour même où La Fayette quitta Paps, il fut brûlé en effigie au Mais-Royal, et le journal de Brissot considéra comme une exécution ôviqae ce simulacre d'auto-da-fé. En même temps cette feuille insérait on article intitulé La Fayette, tiré de& Révolutions de jPam;. c'était Qoe longue, amère et violente censure de la conduite du général depuis le commencement de la Révolution, et l'on put s'étonner de le trouver leproduit dans un journal qui, durant si longtemps, s'était montré trèsfrodigue d'éloges pour l'ancien commandant en chef de la garde natio- >ale (2).
Avant de partir, La Fayette adressa à l'Assemblée législative une Mconde lettre , dans laquelle il exprimait le regret de ne pouvoir éprendre à ses troupes qu'on eût déjà statué sur sa pétition. C'était fane maladresse insigne; de nombreux murmures de réprobation scQieillirent la lecture de cette nouvelle lettre, mais ce fut tout ; et buurd, avec son impétuosité naturelle, se plaignit en quelque sorte Ve l'Assemblée n'eût pas envoyé de sa barre à Orléans ce soldat factieux (3). Déplorable fut l'effet produit au dehors. Les plus sincères ^s da général, dans le parti de la Gironde, rompirent tout à fait svec lui. Condorcet lui-même jugea impossible de le soutenir plus longtemps, et la Chronique de PariSy muette depuis dix jours sur le cwûpte de La Fayette, se décida enfin à l'attaquer avec fureur, et poblia ces lignes : « M. La Fayette a paru s'étonner de ce qu'à sa voix
(1) Journal des débats et de la corresjKmdance de la Société des Amis de la Constitution, innDéxo222.
^) Patriote françois^ numéro 1059.
(3; Moniteur du !•' jniUet 1792.
les sociétés populaires osoient eijcore subsister, et de ce que l'Asseï blée nationale n'en avoit pas encore prononcé 'la dissolution, diront donc les honnêtes gens du royaume et rétat-major de armée, dont il s'est déclaré Torgane? Celui qui a voulu imiter Cror well sera-t-îl jugé digne d'en être tout au plus le valet de chambre? murmures, p'our ne pas dire les huées qui ont accompagné cette let dont, pour cette fois, M. de La Fayette semble s'être fait le rédaclei l'ont déjà mis à la juste place qu'il doit avoir, et l'opinion puLFu fera facilement le reste.(l). » Et le lendemain, dans un article intitulé] Question à faire aux honnêtes gens^ la même feuille se demanda comme si elle se fût inspirée des derniers numéros du journal de ^ bespierre, quel était celui du roi de Hongrie ou du général La Faye qui attaquait ou défendait la constitution quand tous deux se me traient également ennemis des sociétés populaires (2)?
De son côté, Brissot, dans le Patriote françois^ ne demeurait pas reste. A la nouvelle de l'évacuation du Brabant par nos troupes,^ n'hésitait pas à écrire qu'il faudrait que l'Assemblée nationale fût bij faible si les traîtres qui avaient conseillé la retraite ne payaient de leurs têtes cette trahison (3). Quelques jours après, comme le bi courait que La Fayette était sur le point de revenir à Paris, il s'écria] « Tant mieux, il sera plus près d'Orléans. » Enfin, empruntant au niteur lui-même une appréciation très-malveillanle dirigée contre général, la feuille de Brissot rappelait que Mirabeau avait pronostic qu'incapable d'être le valet de chambre de Cromwell, La Fayei finirait par être celui du général Monck; elle alla jusqu'à le traiter Gilles César, nom sous lequel, paraît-il, le désignaient les plaisants l la cour (4). Nous voici loin, bien loin du temps oîi, prenant le génél sous leur égide, Brissot et Gondorcet ne pardonnaient pas à Roi pierre de le dénoncer aux Jacobins, de suivre d'un œil attentif marche tortueuse, de deviner ses desseins perfides. Quel pas frani en quelques jours! A présent on les voyait, comme pour racheter 1< long aveuglement, animés de fureurs qui contrastaient fort avec 1< quiétude passée; mais de tout cela il résultait, pour les obsér?at< sérieux, qu'en attaquant Robespierre avec tant de violence et en poursuivant de si noires calomnies, ils avaient cédé aux moins nol passions, celles de la haine et de l'envie; et la comparaison entre! conduite et la leur n'était pas à leur avantage. Eux-mêmes aujourd'htu
(1) Chronique de Paria, dn !•' juillet 1792.
(2) Ibid; naméro du 2 juillet.
(3) Patriote françoisj numéro 1056.
\i) /bid., numéros 1060 et 1062.