‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 134 sur 314 · LIVRE Vm. — VIOLENTE SORTIE DES GIRONDINS CONTRE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

LIVRE Vm. — VIOLENTE SORTIE DES GIRONDINS CONTRE LA FAYETTE

le général se trouva en quelque sorte plus maltraité par ses anciens défenseurs que par ceux qui, depuis longtemps étudiant sa marche, l'avaient prudemment dénoncé à l'opinion. Le 25 juin, Sillery-Genlis p'ODonça à la tribune des Jacobins un discours d'une excessive violence « contre l'auteur des massacres du 1 7 juillet. » Intimement lié avec le duc d'Orléans, Sillery pourait paraître servirles rancunes de son ami, dont La Fayette avait été le constant adversaire; mais le 28, ce fut Brissot lui-même qui prit la parole. Indigné de la démarche faite, dans la matinée, parle général en personne auprès de l'Assemblée, il reconnaissait enfin la vérité des accusations lancées par Robespierre contre ce chef d'armée, rendant ainsi un tardif hommage à la perspicacité de son adversaire. La Fayette avait levé le masque, disait-il, et sans doute l'Assemblée nationale aurait le courage de châtier son insolence. Dans lous les cas il prenait l'engagement de prouver à là tribune de l'Assemblée que ce général était Coupable de haute trahison. A l'en croire, La Fayette etaitle chef d'un parti;et le butde ce parti était de l'ériger en modérateur de l'Assemblée législative, de reconstituer, sinon la noblesse, au moins quelque chose qui y ressemblât, qui rétablît l'aristocratie des riches et des propriétaires. C'était bien là, eneffet, le but constamment poursuivi par les Feuillants. On était loin du temps où l'optimiste Brissot faisait tm crime k Robespierre de ses défiances, hélas 1 trop justifiées aujour- ' d'hui, comme un aveugle eût reproché à son voisin clairvoyant d'affirmer la lumière, inaccessible à ses yeux. En terminant son discours, au milieu d'universels applaudissements, le chef de la Gironde eut sans doute conscience de ses torts envers Robespierre, dont à présent il était, pour ainsi dire, l'écho; et, pris de remords, il conjurait la société d'oublier toutes les liaines, déclarant, quant à lui, que dû plus profond de son cœur il jetait un voile sur le passé (1). Cette déclaration était-elle sincère? La conduite ultérieure de Brissot BOUS donne bien le droit d'en douter. Ce noble appel à la concorde, plusieurs fois déjà Robespierre l'avait adressé en vain ; cette fois encore il ne Testa pas sourd à ces paroles de paix.

Et cependant, peu de jours auparavant, on avait vu se produire, au sein même de la société des Amis de la Constitution, un des effets déplorables des calomnies girondines dirigées contre lui. Dans une lettre tenue de Bordeaux, où l'on assimilait la conduite de Robespierre donnant sa démission de ses fonctions d'accusateur public, à celle de Rochambeau abandonnant son commandement en présence de l'ennemi.

(1) Jowmal dês débats et de la corresfxmdance de la Société des Amis de la Constitution, 2nQoéro222.

on exigeait qu*il lui fût demandé compte de cette démission. Comment ne pas reconnaître dans cette lettre insidieuse Tesprit du comité de correspondance où dominaient les créatures de la Gironde? La société, jugeant que cette lettre calomnieuse avait été écrite dans le but de jeterle trouble dans son sein, avait dédaigneusement refusé de l'entendre tool entière (1). Ce n'en était pas moins là pour Robespierre un nouvel indice de racharnement de ses adversaires. Toutefois, mettant les intérêts de la patrie au-dessus des rancunes privées, il ne crut pas devoir repousser la proposition pacifique de Brissot, et, montant à la tribune après lui, il prononça ces belles paroles : « Quand le danger que court la liberté est certain, quand l'ennemi de la liberté est bien connu, il est superflu de parler d'union, car Qe sentiment est dans tous les cœurs. Quant à moi, j'ai éprouvé qu'il était dans le mien au plaisir que m'a faille discours prononcé ce matin à l'Assemblée nationale par M. Guadet, et à celui que je viens d'éprouver en entendant M. Brissot. j> D'unanimes acclamations accueillirent ces généreuses paroles, parties d'un cœur bien franc (2). Mais, hélas! ce traité de paix, dont l'exécution eût sans doute assuré le triomphe définitif de la Révolution, ne devait pas tarder^à être déchiré, et l'on verra encore par qui. Ah ! combien coupables, répéterons-nous, les violateurs du pacte saint, ceux qui ne surent pas étouffer sous l'amour du bien public et de la patrie menacée les rivalités de parti et les jalousies dont ils étaient dévorés !

Robespierre reprit ensuite à son tour l'acte d'accusation de U Fayette. En abandonnant son armée pour paraître à la barre de l'Assemblée, après avoir insulté par écrit à la souveraineté nationale, en se montrant inopinément, comme si sa seule présence eût suffi pour terrasser le patriotisme et la liberté» en insinuant que ceux qu'il affectait d'appeler ses soldats, sa brave armée, marcheraient à sa voix contre la capitale, le général avait mis le comble à ses forfaits. Pour l'écraser, il suffisait du poids de la constitution : un décret d'accusation rendu par l'Assemblée nationale, en le livrant à la vengeance des lois» l'enlèverait aux conspirateurs dont il était l'appui, l'unique espérance; toute autre mesure que le décret d'accusation semblait donc ineiB* cace à Robespierre. En vain redoutait-on quelque tentative de la part de l'armée commandée par La Fayette ; à la voix des représentants du peuple, affirmait l'orateur, les soldats seraient les premiers exécuteurs de la loi; il en avait pour garant leur patriotisme et le respect dont la constitution était entourée dans toutes les parties de l'empire.

(1) Journal des déffats et ds la correspondance de la Société des Amis de la ConjfiftitioA» uuniéro 216, séance du 17 juin.

(2) Ibid.y numéro 222. Vbi suprà.

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