LIVRE VIIÏ. DISCOURS DE VERCNUUD ET DE BRISSOT
Coblentz. De Taveu d'une femme dont les révélations ne sauraient être SQspectes, puisque ses Mémoires sont un monument d'amour élevé à la famille royale, Marie-Antoinette, indiquant la date où serait entrepris le siège de Lille, et le jour où les Prussiens seraient à Verdun, avait Tassurance qu'avant un mois la Révolution serait terrassée, et la loyauté remise sur, l'ancien pied (1).
Cette confiance de la cour avait nécessairement sa contre-partie dans ktrooble dont était saisie la population. Si d'une part, une adresse jpouverte de près de huit mille signatures obtenues à grand'peine andait la punition des auteurs de la journée du 20 juin, d'autre , des députations des sections de Paris réclamaient avec énergie châtiment de La Fayette, le licenciement de l'état-major de la garde itionale parisienne où dominait l'esprit aristocratique, et des mepropres à assurer le salut de la liberté. Dans la séance du 3 juil- , à l'Assemblée législative, la France entière, on peut le dire, s'était rimée par la bouche de Vergniaud ; il fut l'écho magnifique des timents qui agitaient la patrie. Dans quelle mémoire française n'estpas resté, cet admirable discours où éclata dans toute sa force le e de l'éloquence ? Le côté droit, entraîné, ne put s'empêcher de kr ses applaudissements à ceux de la majorité. Vergniaud demanit, en substance, un prompt rapport sur la conduite du général La jette, que la patrie fût déclarée en danger, et que les ministres t rendus responsables des troubles ayant la religion pour prête (2). Le surlendemain on entendit, dans le même sens, l'ée de Bourges. C'était Anastase Torné , qui , au moment des élecs à l'Assemblée législative, écrivait, on s'en souvient sans doute, Robespierre, dont il était l'admirateur passionné, qu'il s'estimeit trop heureux s'il pouvait mériter le surnom de petit Robespierre. patriote prélat termina son discours eu proposant à ses collègues laire solennellement à la nation la déclaration suivante : « Citoyens, patrie est en danger. » Cette déclaration, elle sera décrétée tout à e; d'un commun élan la France entière se lèvera indignée et use de cet enthousiasme que la mère-patrie excite toujours dans cœur de ses enfants.
Plus èpre, plus incisif, sinon aussi éloquent que son ami Vergniaud,
montra Brissot quand le 9 il prit la parole pour soutenir la même
. Chose singulière 1 cet homme avait, pendant près de six mois,
(1) Voyez les Mémoires de madame Campan, t. II.
(2) Voyez ce magnifique discours de Vergniaud dan^ le t. XV de V Histoire parts ^^^irt, p. 268. Le Moniteur du 4 juillet n'en donne qu^nne partie.
Robespierre, nous Tavons dit assez, n'avait pas approuvé le mouvement du 20 juin ; mais en voyant un directoire contre-révolutionnaire s'en servir comme d'un prétexte pour persécuter les patriotes et suspendre de leurs fonctions le maire et le procureur de la commune, il prit hautement dans son journal la défense des magistrats municipaux, dont le grand tort, aux yeux des membres du directoire, était de n'avoir point proclamé la loi martiale contre le peuple de Paris, cette loi de sang inventée pour assassiner solennellement à coups de fusil ou de canon une multitude de citoyens sans défense, et que sous l'Assemblée constituante, Robespierre avait combattue, mais en vain, avec tant: d'acliarnement. C'était un étrange contraste dans Tordre social, disait*] il avec raison, que de voir, sous l'ère de la liberté naissante, dei magistrats issus du suffrage populaire se montrer altérés du sang da peuple, décerner des couronnes civiques à ceux qui l'avaient répandOi et lancer des anathèmes" contre ceux qui pouvaient se montrer fiers dl ravoir épargné, a Voilà donc les honnêtes gens, » s'écriait-il en ter<^ minant; et après avoir reproché aux membres du directoire de ne pu revêtir de leurs signatures les arrêtés émanés d'eux, aGn sans do de pouvoir au besoin en décliner la responsabilité, il ajoutait : « Voi les religieux adorateurs des lois ! les apôtres ardents de l'ordre et la paix I Voilà les calomniateurs éternels du peuple et les détraclei infatigables de tous les bons citoyens (1)! »
Tout concourait à porter au comble l'irritation des esprits. L'é cuation de la Belgique, les insurrections organisées à l'intérieur la noblesse et les prêtres réfractaires, la suspension du maire de P et du procureur de la commune, les adresses contre-révolutionnai de quelques directoires de département comme ceux de Rouen d'Amiens, adresses qui prouvaient ^l'ententS de ces corps administratî avec le directoire de Paris, la persistance du roi à opposer son v à des décrets populaires, l'imprudente démarche de La Fayette, avaw semé dans l'air des inquiétudes que la moindre alarme un peu (iao pouvait changer en colères terribles. En vain les orateurs dévoués gouvernement essayaient de ramener une confiance trop forte ébranlée, les événements leur donnaient un démenti sanglant. Tout s'enveloppant encore des formes constitutionnelles, les révolutionnai ardents commençaient à comprendre qu'un jour ou l'autre le peu serait réduit à se sauver lui-même. Gomment, en effet, pouvait compter sur la cour ? Là toutes les espérances étaient tournées vers Prusse et vers l'Autriche; pour les défenseurs du trône, la patrie était ï
(1) Voyez le Défenseur de la Constitution, numéro 9, p. 431 à 433.