‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 138 sur 314 · LIVRE Vm. — DISCOURS DE VERGNIAUD ET DE BRISSOT · texte numérisé non relu

LIVRE Vm. — DISCOURS DE VERGNIAUD ET DE BRISSOT

Coblentz. De Faveu d'une femme dont les révélations ne sauraient être suspectes, puisque ses Mémoires sont un monument d'amour élevé à la famille royale, Marie-Antoinette, indiquant la date où serait entrepris le siège de Lille, et le jour où les Prussiens seraient à Verdun, avait Tassurance qu'avant un mois la Révolution serait terrassée, et la royauté remise sur.rancien pied (1).

Cette confiance de la cour avait nécessairement sa contre-partie dans le trouble dont était saisie la population. Si d'une part, une adresse , couverte de près de huit mille signatures obtenues à grand'peine i demandait la punition des auteurs de la journée du 20 juin, d'autre ipart, des députations des sections de Paris réclamaient avec énergie Je châtiment de La Fayette, le licenciement de Tétat-major de la garde BatioDale parisienne où dominait Tesprit aristocratique, et des mesures propres à assurer le salut de la liberté. Dans la séance du 3 juillet, à l'Assemblée législative, la France entière, on peut le dire, s'était escrimée par la bouche de Vergniaud ; il fut l'écho magnifique des jRntiraents qui agitaient la patrie. Dans quelle mémoire française n'estpas resté, cet admirable discours où éclata dans toute sa force le înie de l'éloquence ? Le côté droit, entraîné, ne put s'empêcher de 1er ses applaudissements à ceux de la majorité. Vergniaud demanit, en substance, un prompt rapport sur la conduite du général La fayette, que la patrie fût déclarée en danger, et que les ministres ent rendus responsables des troubles ayant la religion pour prête (2). Le surlendemain on entendit, dans le même sens, l'ée de Bourges. C'était Anastase Torné , qui , au moment des élecns à l'Assemblée législative, écrivait, on s'en souvient sans doute, Robespierre, dont il était l'admirateur passionné, qu'il s'estimepittrop heureux s'il pouvait mériter le surnom de petit Robespierre. |Ui patriote prélat termina son discours en proposant à ses collègues * faire solennellement à la nation la déclaration suivante : « Citoyens, patrie est en danger. » Cette déclaration, elle sera décrétée tout à ure; d'un commun élan la France entière se lèvera indignée et ieuse de cet enthousiasme que la mère-patrie excite toujours dans cœur de ses enfants.

I Plus âpre, plus incisif, sinon aussi éloquent que son ami Vergniaud, pe montra Brissot quand le 9 il prit la parole pour soutenir la même Ifcèse. Chose singulière ! cet homme avait, pendant près de six mois,

(1) Voyez les Mémoires de madame Campan, t. II.

(2) Voyez ce magnifique disconrs de Vergniaud dan^ le t. XV de VHistoire parle ■«/airç, p. 268. Le Moniteur du 4 juillet n'en donne qu'une partie.

reproché aigrement à Robespierre ses défianœs à l'égard du pouYoir exécutif, et aujourd'hui, comme Vergniaud et Condorcet d'ailleurs ravalent fait récemment, il répétait à la tribune tout ce que Robespierre n'avait cessé de dire. Seulement, et cela ne pouvait manquer d'être remarqué, ce qui, chez celui-ci, était le résultat de l'observation patiente et tout à fait désintéressée au point de vue personnel, semblait plutôt provenir, chez celui-là, de l'irritation qu'il avait ressentie du renvoi des ministres dont l'élévation avait été son ouvrage. Le véritable ennemi maintenant n'était plus à Coblentz, comme il le soutenait peu de mois auparavant, mais bien à la cour des Tuileries. C'était là, disait-il à présent, qu'il fallait frapper d'un seul coup tous les traîtres. Cette cour, il la peignait comme le point où aboutissaient tous les fils de la conspiration, où se tramaient toutes les manœuvres, d'où partaient toutes les impulsions. « Comment changer une cour qui, depuis quatre ans, ne respire que vengeance et discorde? » s'écriait-il; € vous qui croyez à ce miracle d'un jour, osez répondre à la nation, sur votre tête, osez lui répondre que, dans cette cour, on veut sincèrement la constitution, qu'on aime le peuple, qu'on déteste la ligue des rois... osez répondre, et sachez que l'échafaud est là tout prêt. » Il concluait à l'examen de la conduite du roi et à la punition sévère de La Fayette (1). Ce discours de Brissot était certainement rempli de vérités frappantes ; mais tant d'emportement de la part d'un orateur qui avait si bien prêché la confiance quand ses amis étaient atf pouvoir, ne cachait-il pas des vues ui^peu intéressées? Un certain nombre de patriotes le craignaient. Dans tous les cas, la consistanctl du caractère étant un des grands moyens d'influence sur l'opinion, h( patriotisme de Brissot était loin d'être apprécié à l'égal de celui tf Robespierre, qui du reste, on l'a vu, n'avait pas hésité un instant k ensevelir dans Voubli les calomnies sanglantes que sa prévoyance M avait attirées de la part des Girondins.

Pour lui^ en considérant la marche et le système du gouvernement,] en examinant la conduite des fonctionnaire:) élus par le peuple, il avail cru la liberté perdue; toutefois il s'était rassuré en jetant ensuite les yeux

(1) Voyez ce discours de Brissot, reproduit en grande partie parle Moniteur àa 10 juiUct 1792, et le Patriote frangois, numéro 1067.

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