LIVRE VIII. — LA COMMUNE DU 10 AOUT
I rendus par elle, il en est quelques-uns qu'on peut, regretter au point ^ Yue de la modération, combien sont marqués au cachet du patriotisme et de rhumanité ! Sans doute elle parait impitoyable cette prodamation dans laquelle on lit : « Peuple, suspens ta vengeance, tous les coupables vont périr sur l'échafaud. » Mais l'impression d'épouvante s'efface tout de suite, si l'on vous dit que cette proclamation, lédigée à l'heure où l'Assemblée nationale créait une cour martiale, fat bite uniquement afin d'empêcher le peuple de se jeter sur les Suisses et de les égorger. Sans doute on regrette l'arrêté en vertu
Aiquel lurent confisquées les presses d'un certain nombre de feuilles loyalistes ; mais il faut se rappeler les excès commis contre les jourttlistes patriotes après la journée du 47 juillet 1791, et se dire que, lî le parti de la cour eût été victorieux, la plupart des écrivains roya- Istes, dont les exagérations étaient au moins égales à celles d'Hébert et de Marat, eussent poussé le gouvernement à user des dernières rigueurs envers les vaincus, et applaudi aux vengeances les plus sanguinaires. N*avons-nous pas vu,' il n'y a pas si longtemps, les gens modérés Kjeter comme des Vandales sur les presses d'un journal démocratique? La coaimune du 10 août, on peut l'affirmer hardiment, se montra jours animée des plus pures, des meilleures intentions. Ayant ippris qu'une multitude égarée se portait sur le Louvre, où demeunient alors plusieurs artistes, entre autres le grand David, elUe lançait iounédiatement une proclamation où il était dit : « Les logemens ' bbités par les artistes, récompense des talents et des services qu'ils OQt rendus à la patrie, n*ont aucune communication avec la galerie inspecte d'où les ennemis du peuple ont fait feu sur lui. La commune fc Paris regarde comme un devoir de préserver le peuple d'une telle wrcur et de manifester l'estime qu'elle porte à ces citoyens (1). » Un sitre jour, un de ses membres lui ayant annoncé que deux femmes se touvaient détenues dans les prisons de la Force sans qu'il y eût contre des aucune preuve de délit, elle chargeait les conseillers Roussel et tonaudri d'aller tout de suite s'assurer des faits, de mettre ces deux fanmes en liberté si elles n'étaient coupables, et de leur faire donner to les secours nécessaires (2). Quelle férocité I Et comme en temps ordinaire on a soin de prendre de telles précautions!
Robespierre parut à la commune dès le 12. Il se montra assez assidu ^ séances du conseil général jusqu'au 26 du mois d'août, époque à
(1) ^oe du 14 août. Procès-verbaux du conseil général. Archive» de la Ville. Y. 22.^ ^^*rton 0.7.0.
Pi Séance du 23 août. Ubi sujtrà.
laquelle, choisi comme président par rassemblée primaire de sa section, puis appelé par les électeurs de Paris à siéger au sein de l'assemblée électorale chargée de nommer les députés à la ConveotioD nationale, il ne vint plus au conseil général qu*à des intervalles assez éloignés. Nous allons le suivre jour par joiur, heure par heure pour ainsi dire, les documents originaux sous les yeux, et nos lecteurs sauront de la façon la plus précise dans quelle mesure il s'assoda aux travaux du conseil général de la commune, depuis le 11 août, jour où il fut nommé commissaire par la section de la place Vendôme, ja&qu*à l'ouverture des séances de la Convention.
Le premier acte de Robespierre au sein du conseil général de la commune fut de rendre compte (séance du 12 août) d'un décret volé dans la matinée par l'Assemblée législative et portant réorganisatioQ du directoire du département de Paris. On n'a pas oublié ce qu'était l'ancien directoire : composé de membres dévoués à la cour, et dootla plupart s'étaient démis de leurs fonctions peu de jours avant lesérénements du 10 août, il avait été souvent en lutte avec l'ancienne moii^ cipalité, et la suspension de Pétion et de Manuel avait achevé de le perdre dans l'esprit du peuple. L'Assemblée législative avait dooc décidé, sur le rapport de Guyton-Morveau, que chacune des sectiODS de Paris nommerait un de ses membres pour remplir provisoirement les fonctions d'administrateur du département ; mais elle avait laissé la porte ouverte à un nouvel antagonisme entre le directoire et la commune, en ne modifiant pas les fonctions du directoire et ^i loi laissai par conséquent sur le conseil général une prépondérance dont ses anciens membres s'étaient constamment prévalus.
Robespierre vit là un danger. Une récente expérience lui avait appris combien était périlleuse pour la bonne administration de la ville de Paris^ et aussi pour la liberté, la rivalité existant forcément, pour aios dire, entre deux corps administratifs qui se jalousaient nécessairement l'un l'autre. En conséquence, il proposa à ses collègues de soliicitff de l'Assemblée nationale le rapport de son décret. Le conseil général, entrant sans discussion dans ses vues, arrêta immédiatement qu'ose députation serait envoyée à l'Assemblée pour la prier de revenir sur sa décision.