LIVRE Ylll. — LA COMMUNE DU 10 AOUT 87S
TOUS envoyer la médaille des hommes du 40 août, et je me félicite d'avoir à rendre cet hommage à Tiacorruptible Robespierre (1). »
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Lorsque après de longues hésitations, et après avoir tenté vamement de sauvegarder par les voies légales sa liberté menacée, une nation en est venue à ce parti extrême de changer violemment la forme de son gouvernement, elle est tenue, sous peine de voir lui échapper bientôt les fruits de ses efforts et de sa victoire, de pourvoir ellemême aux exigences du moment, et de ne pas abandonner l'exercice du pouvoir à des mains qui n'avaient pas su garder de toute atteinte les libertés publiques. Ce fut ce que comprirent admirablement nos pères en 1792 quand ils nommèrent le nouveau conseil général qui fut celle fameuse commune du 10 août, tant calomniée par les plumes royalistes et par certains écrivains réputés démocrates. Les sections de Paris sentirent très-bien qu'elles ne pouvaient laisser la direction de la révolution nouvelle à des administrateurs dont un certain nombre étaient attachés au parti de la cour, contre lequel s'était faite celte Révolution.
De tous les gouvernements issus d'une insurrection populaire, la commune du 10 août fut incontestablement le plus légitime, plus légitime que celui qu'en 1 830 organisèrent, en fraude du droit national, quelques députés et quelques journalistes sans mandat, plus légitime que le gouvernement provisoire de 1848. Lorsqu'en cette dernière année le peuple de Paris eut détruit la royauté de Juillet, il ne vint à personne Tidée de permettre à la chambre des députés de continuer Texercice de son mandat, lequel avait été logiquement brisé en même temps que la charte en vertu de laquelle cette chambre avait été nommée. Les révolutionnaires de 1792 montrèrent plus de condescendance pour l'Assemblée législative, seulement ils ne pouvaient oublier qu'elle venait d'innocenter La Fayette , qu'elle avait éludé la question de la déchéance, et qu'en réalité elle était en grande partie feuillantine ; ils firent donc sagement, en lui maintenant l'exercice du pouvoir exécutif, d'établir à côté d'elle une sorte de gouvernement destiné à lui servir de contre-poids, un corps énergique,
(l) Uorigiiud de cette lettre d'envoi a plusieurs fois figuré dans les veiltea d'anto- ^hes. Elle a été reproduite dans les Papitrt méditt^ etc. t. Il, p. 179.
enthousiaste, sorti des entrailles mêmes de la Révolution, et décidé cette îoisi à ne pas la laisser compromettre. L'Assemblée nationale comprit bien elle-même que, pour regagner la faveur populaire dont elle avait joui au début de sa session, elle devait s'élever à la hauteur des circonstances. Dès le 11, se rendant à un vœu bien souvent exprimé par Robespierre, elle effaça cette inique et impolitique dia* tinction de citoyens actifs et de citoyens passifs, établie par l'As^ semblée constituante, et Robespierre ne manqua pas de lui en rendre un public hommage (1). Il regretta toutefois que, sacrifiant les prin-cipes à la routine, elle n'eût pas supprimé l'intermédiaire inutile et dangereux de ces collèges électoraux sortis du sein des assemblées prihiaires, et assuré au peuple la faculté de choisir lui-même ses représentants (2). Ce qu'il voulait, nous l'avons déjà dit, c'était le suffrage universel, dans toute sa plénitude, c'est-à-dire le mode d'élection le plus simple, le plus rationnel et le plus juste.
Nommé , comme on l'a vu, député au conseil général de la commune par la section de la place Vendôme, Robespierre se rendit sans relard à son poste. Les commissaires élus les premiers avaient commencé par faire enlever de la maison commune les bustes de Louis XVI, de Bailly et de La Fayette précieusement conservés par l'ancienne municipalité. C'était le 10. Dans la soirée, la nouvelle commune vota l'établissentent d'un tribunal destiné à juger tous ceux qui avaient conspiré la ruine de la Révolution et préparé le massacre du peuple. Cette mesure, provoquée par la commune dans le but de prévenir les excès auxquels on savait trop disposée à se livrer une population irritée, si les coupables n'étaient pas déférés à la justice, l'Assemblée nationale aussi la crut indispensable. Dans la matinée du lendemain, elle décréta la formation d'une cour martiale chargée de juger tous les Suisses, sans désemparer, et dont les membres devaient être nommés par le commandant général provisoire de la garde nationale (3) . Les écrivains hostiles à la Révolution ont soigneusement mis en relief toutes les dispositions sévères prises par cette commune du 10 août, et exigées par la situation, mais ils se sont bien gardés de révéler les actes qui Ja recommandent à notre reconnaissance, ses efforts pour apaiser la fermentation, sa prodigieuse activité pour mettre le pays en état de défense et pousser aux frontières les volontaires dont elle pressait l'enrôlement. Nous avons sous les yeux les registres mêmes des procès-verbaux de la commune, et si dans les milliers d'arrêtés
(1) Défenseur de la Conêtitution^ numéro 12, p. 576.
(2) ïbid,, p. 579.
(3) Voy. le Moniteur du 13 août 1792.