‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 164 sur 314 · LIVRE VIII. — PÉTItlON EN FAVEUR DES VICTIMES DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — PÉTItlON EN FAVEUR DES VICTIMES DU 10 AOUT

lors Robespierre avait menacé TAssemblée d'un nouveau tocsin; mais il reçut un démenti formel, auquel il ne répondit pas. Loin de là, Maximilien avait blâmé hautement un de ses collègues à qui un mouvement d'humeur avait arraché en effet quelque propos de ce genre, et plusieurs anciens membres de TAssemblée législative ^ devenus députés à la Ck)nvention nationale, attestèrent la vérité de ce fait (1).

Robespierre ne s'était pas trompé sur le sens et sur la portée de ce Imisque changement; il avait bien senti d*oi!i le coup était parti. Étant retourné à la commune pdur y rendre compte de sa mission, il parla deTAssemblée législative dans les termes les plus convenables, mais ne se priva point de s'exprimer avec sa franchise accoutumée sur qoelques-uns des membres de la commission des Vingt-et-un, où dominaient les amis de Brisgbt, qui, au lieu de chercher à rapprocher FAssemblée et la commune et de ménager entre elles une bonne entente, si nécessaire au salut du pays, ne songeaient qu'à jeter dans ces deux corps des ferments de discorde et de désunion (2).

Dans rintervalle de ces deux démarches auprès de l'Assemblée législative, Robespierre s'était présenté à sa barre, non plus cette fois 81 nom de la commune, mais à la tête d'une députation de citoyens «voyée par la section de la place Vendôme. C'était le 14 août. La statue équestre de Louis XIV sur la place Vendôme ayant été renversée par le peuple , les membres de la section eurent l'idée d'élever à l'endroit où était la statue du despote un monument en l'honneur des citoyens morts en combattant pour la liberté. Dès le 11, ils avaient prié Robespierre de vouloir bien exprimer , dans une adresse à TAssemblée nationale, le vœu de la section dont il était membre, et le 43, fls avaient adopté par acclamation la pétition qu'à la prière de ses concitoyens Robespierre avait rédigée (3). De nombreux applaudissements accueillirent à l'Assemblée l'arrivée des commissaires de la section de la place Vendôme (&). Dans une courte harangue, Robespierre s'attacha à établir que la mort la plus méritante était celle qu'on recevait en défendant la cause de la liberté. Jusqu'ici cependant- on n'avait rien fait afin d'honorer la mémoire des citoyens qui avaient péri pour affranchir le pays. Les héros populaires du 10 août étaient-ils inférieurs à ceux de Rome et d'Athènes? Et Marseille, Paris et Brest

(l) Réponse à Louvet. Lettres de M. Robespierre à ses commettons, n" 4| p. 180. Ç) Le procès- verbal de la commune ne dit mot de la réponse de Robespierre, mais I lai-m^me en rend compte dans sa réponse à Louvet, p. 180. Ubi saprà.

(3) Registre des arrêtés et délibérations de la section de la place Vendôme {Archives ^ la Préfecture de police).

(1) Courrier des quatre-vingt-trois départemens^ numéro du jeudi 16 août 1792.

a vaient-ih quelque cbose à envier à Sparte? Trop d'honneurs sacrilèges avaient été jusqu'à ce jour prodigués aux traîtres et aux assassins da peuple; c'était le moment de faire pour les défenseurs des droits de l'humanité ce que les tyrans étaient si empressés de faire pour eux et; pour leurs complices. < Députés du peuple, » ajoutait Robespierre^i « hâtez-vous de consacrer par des hommages solennels la gloire de$ martyrs de la liberté et d'encourager les vertus dont nous aYomr| besoin (!}. » De nouvelles acclamations accueillirent ces paroles; lef] pétitionnaires obtinrent les honneurs de la séance et traversèrent It^ salle au milieu des applaudissements. La pétition fut renvoyée m^ comité d'instruction publique , et je ne sache pas qu'il y ait été jamaij donné suite : la place Vendôme resta veuve de la pyranûde promise] aux mânes des victimes du 10 août. Un ntonument se dresse bien, fie et menaient le ciel, sur cette place élégante et correcte, mais ce n'efltfj pas un souvenir de la liberté ! '

xxu ]

On était au 1 5 août, et le tribunal destiné à juger tous les complicei de la cour n'était pas encore formé; il était à craindre que de piui longs délais n'irritassent l'impatience populaire. La cour martialei décrétée par l'Assemblée législative sur la proposition de LacroiXi était appelée à prononcer sur le sort des Suisses; mais était-il juste d^ s'en prendre seulement à ces instruments passifs du despotisme, à ces

(1) Le Monitevr du 17 août résnme en peu de lignes la harangue de Robespîem, , iDftis on la trouva complète dans le numéro 12 ànDéfenatur de la ConHituthn.

Outre ce discours, un article d'appréciation sur les événements du mois d'août, el d^intéressants détails sur ces événements, ce numéro contient une reproduction dt( diverses pièces trouvées aux Tuileries, plusieurs lettres, Tinterrogatoire de M. de i4*^ lain, employé au bureau de la guerre, et le procès-verbal de la dédaratioo d'un serge» des grenadiers, nonmié Lecomté, de service aux Tuileries dans la nuit du 9 an 10 aoât C'est le dernier numéro du Défenseur de la Constitution» Robespierre le fit suivre de c«i avia à ses souscripteurs :

c Les circonstances actuelles et l'approche de la Convention nationale semblent noai avertir que le titre de Défenseur de la Cor^stitution ne convient plus h cet ouvrage? quoique sous ayons déclaré, dès TorigiDe, que ce n'étoient point ses défauts que ooo' voulions défendre, mais ses principes; quoique notre but n'ait jamais été de U défendre contre le vœu du peuple, qui pouvoit et -qui devoit la perfectionner, m**» contre la cour et contre tous les ennemis de la liberté qui vouloient la détruire on » détériorer. Nous continuerons désormais cet ouvrage sous un titre plus analogue «ux conjonctures oii nous sommes. »

Page 1