LIVRE SIXIÈME
OCTOBRE 1701 — FÉVRIETR 1792
Premiers actes de PAssemblée législative. — Voyage triomphal de Robespierre à Ams. — Lettre à Duplay. — Travaux de l'Assemblée. — La Gironde. — Premiers pas vers la Terreur. — Les émigrés et les prêtres réfractaîres. — Robespierre et 1» Chronique de Paris, — Voyage & Béthune. — " Retour à Paris. — Souper avec Pétion. — Enthousiasme causé par sa présence au sein de la société des Amis de la Constitution. — La question de la guerre. — Liberté électorale. — Sur la permanence des sections. — Le directoire du département de Paris jugé par Robespierre. — Adresse à l'Assemblée législative. — Contre-pétition de Camille Desmoulins. — État des partis. — Les partisans de la guerre. — Enthousiasme belliqueux. — Résistance de Robespierre à l'entraînement général. — Critique historique. — Séances des 11 et 12 décembre aux Jacobins. — Le roi à l'Assemblée nationale. — Réponse à Biauzat. — Narbonne et les Girondins. — Premier discours de Brissot sur la guerre. — F(^te aux Jacobins. — Réponse modérée de Robespierre.
— Opinion de Réal et de Carra. — U recommande Ajithoine et Buzot aux électeurs de Paris. — Second discours de Brissot. — Réclamation et nouvelle réponse de Robespierre. — Une lettre de madame de Chalabre. — La Source et Robespierre. — Carra et la maison de Bruns-wick. — Les Feuillants. — Robespierre défenseur de Pétion. — Observations sur la nécessité de la réunion des hommes de bonne foi contre les intrigants. — L'auteur de Faublas. — Nouveau discours do Robespierre.
— Son prodigieux succès. — Modération de Robespierre h l'égard dn Brissot. — Coup d'œil sur PAssemblée législative. — Menaces de Guadet. — Incident cvx Jacobins. — Encore Louvct. — Vive émotion de Brissot. — Le traducteur de Juvénal. — Accolade fraternelle. — Réser\'es de Robespierre. — Sa lettre au Coi rrierdes quatre-vingt-trois départemens. — Dernier discours sur la guerre. — Querelle entre Brissot et Camille Desmoulins. — Violence des Girondins contre Camille. — Pierre- Jean Britsot démarqué. — Critique historique. — Robespierre et ses admirateurs, le vicaire Simond, l^^nglaise Shepen, Deschamps. — Les gardes françaises. ~ Contributions publiques. — Le patriote Cérutti. — Peuple et bourgeoisie. — 3foyens de sauver la patrie développés par Max. Robespierre au club des Jacol>in5. — Le droit de grâce. — Installation du tribunal criminel.
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L 'Assemblée nationale, en se retirant, laissait à ses successeurs un bien lourd héritage. Ses derniers actes, on Ta vu, avaient été des tentatives de réaction au profit du pouvoir exécutif. Législateurs inconséquents, ses membres, après avoir, dans la Déclaration des droits, proclamé le principe de la souveraineté nationale, et garanti au peuple l'exercice de toutes les libertés qu'elle implique, portant sur leur œuvre une main sacrilège, on peut le dire, avaient, malgré les efforts de Robespierre, frappé d'incapacité politique une partie de la nation et porté atteinte aux droits les plus précieux des citoyens. Et à quels hommes était confiée la garde de cette constitution si laborieusement enfantée, qui semblait consacrer d'une façon définitive les conquêtes de la Révolution échappées aux attentats des réacteurs ? A la tôte de l'armée étaient des chefs dont les sentiments purement royalistes n'étaient un mystère pour personne, et dont les amis, les parents, allaient incessamment rejoindre les bandes d'émigrés réunies à quelques lieues de nos frontières. L'acceptation de Tacte constitutionnel par le roi avait été en effet le signal d'une recrudescence d'émigration; toutes les routes étaient sillonnées de fuyards, de conspirateurs, de traîtres, impatients de voir l'étranger déchirer le sein de la patrie.
Tandis qu'au dehors l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse se préoccupaient de mettre à exécution les mesures convenues entre eux et les comtes d'Artois et de Provence, dès le mois d'août précédent, à Pilnitz, pour arrêter l'essor de la Révolution française, les partisans de la cour à l'intérieur, les prêtres non assermentés, répondaient aux tolérances de cette Révolution par de continuelles agressions. Sur tous les points de la France ils cherchaient à exciter des troubles, à fomenter le désordre, et à la perspective de l'invasion étrangère se joignait la menace d'une guerre civile. Mais, ô chère patrie I combien la conscience de votre droit vous donna de force pour conjurer ce double âéau, et quelle reconnaissance ne devons-nous pas aux citoyens immortels dont le patriotisme indomptable et l'énergie suprême vous firent sortir triomphante de tant de combats et de périls !
Voilà sous quels sombres auspices l'Assemblée législative ouvrît ses séances. Son premier soin fut de rendre un éclatant hommage à la constitution, qu'elle était chargée de compléter par des lois organiques. C'est Robespierre lui-même qui nous l'apprend : a Ce code, * dit-il,