‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 3 sur 314 · LIVRK VI. — PREMIERS ACTES DE L* ASSEMBLÉE LE'GISLATIVE · texte numérisé non relu

LIVRK VI. — PREMIERS ACTES DE L* ASSEMBLÉE LE'GISLATIVE

< fatapporté en triomphe par des vieillards, comme un livre sacré(l).» Puis tous jurèrent de rester fidèles à ce contrat national, dont cepeDdant, à moins d'un an de là, ils devaient ratifier la destruction. «

Toutefois, dès les premiers jours, on put voir de quels sentiments étaient animés à l'égard de la royauté ces députés inconnus pour la plupart, et combien peu considérable déjà était la distance qui séparait la monarchie de la république. Parmi les nouveaux venus, il en était un bien reconnaissable à une grave infirmité des jambes et à la douceur de sa physionomie ; il s'appelait Georges Couthon. Né au Grand- Orcet, en Auvergne, il exerçait la profession d*avocat à Clermont au moment où éclata la Révolution, dont il avait embrassé avec ardeur les principes. Élu président du tribunal de Clermont lors de la réorganisation du pouvoir judiciaire, il avait été nommé député à l'Assemblée législative pa^r le collège électoral du Puy-de-Dôme.

Pénétré d'admiration pour Robespierre, il s'était fait présenter à lui en arrivant à Paris, peu de jours avant la clôture de l'Assemblée constituante; il n'avait pas tardé à se lier étroitement avec lui, et était devenu tout de suite un des hôtes assidus delà maison Duplay. Présent à la séance d'adieux dans laquelle Louis XVI était venu prendre congé de l'Assemblée nationale, il n'avait pas trouvé le cérémonial usité pour la réception du chef de TÉtat en rapport avec la dignité des représentants d'un peuple libre. Aussi, lorsque, dans la séance du mercredi 5 octobre 1791, on annonça que le roi devait se rendre à l'Assemblée législative le vendredi suivant, il se leva aussitôt et demanda qu'il fût interdit au président de se servir de termes proscrits en s'adressant au monarque. Pourquoi, dit-il, employer de telles expressions : Majesté, Sire? Y avait-il donc d'autre majesté que la majesté divine et celle du peuple! Quant au mot sire, il signifiait seigneur, et le roi n'était que le premier fonctionnaire public. Il fallait donc se borner à lui donner le titre de roi des Français, prescrit par la constitution (2). Interrompue à diverses reprises par des applaudissements, la motion de Couthon fut immédiatement convertie en décret. L'Assemblée, il est vrai , à l'instigation des Constitutionnels, qui se voyaient, avec terreur, singulièrement distancés par leurs successeurs, revint le lendemain sur son décret, et malgré les efforts de Vergniaud, de Bazire, de Chabot, noms destinés à une prochaine célébrité, ajourna la ques-

il) Voyez le Dêfemnàrde la Constitution^ numéro 1, p. 3.

(2) Voyez le Moniteur dn 6 octobre 1791, et surtout les Be'volutious de Parit^ numéro 117, p. 12.

HISTOIRE DE ROBESPIEKRK

lion. Mais on n'en jugea pas moins tout de suite combien la nouvelle Assemblée était, plus que sa devancière, disposée à se montrer hostile à la royauté.

Cependant, après tant de fatigues, de luttes et d'efforts, Robespierre, lui aussi, éprouva le besoin de se reposer, de se recueillir, de se retremper dans le silence et dans Tisolement pour d'autres combats, trop prévus, hélas! Il résolut donc, après avoir assisté aux débuts de l'Assemblée législative, et pu apprécier le degré de patriotisme des nouveaux élus du peuple, d'aller passer quelques semaines dans sa ville natale, qu'il n'avait pas revue depuis plus de deux ans, et où l'appelaient les vœux ardents de ses amis.

Dans les premiers jours d'octobre, nous le voyons occuper quelquefois encore la tribune des Jacobins. Chargé, avec Pétion, de rédiger une adresse destinée à expliquer à toutes les sociétés affiliées le sens du décret rendu le 29 septembre par l'Assemblée constituante au sujet des sociétés populaires, il en donna lecture dans la séance du 5. « Frères et amis, continuons notre sainte entreprise, » y était -il dit, tt montrons-nous toujours les fermes soutiens de la constitution, laissons l'intrigue serpenter, la calomnie s'agiter. Restons fermes, inébranlables, nous serons invincibles, et la postérité nous vengera des tracasseries et des persécutions des mauvais citoyens de notre temps (1). > Le même jour, une importante discussion s'ouvrit à propos d'une pétition qu'on était dans l'intention d'adresser à l'Assemblée législative pour lui demander d'exclure de son sein la foule d'hommes à épaulettes dont elle était inondée , de réformer les abus des places privilégiées, occupées durant ses séances par une foule de personnes contraires à la Révolution, et d'ordonner qu'à l'avenir les actes législatifs fussent datés de l'année de la liberté française. CoroUer, Rœderer et Robespierre prirent successivement la parole. Ce dernier s'éleva surtout contre l'usage adopté par les Constituants, à qui l'on avait réservé une tribune particulière, défaire passer des billets aux députés pendant la discussion, afin d'influencor leurs votes (2).

(1) Journal des (Uhittx de la Société des Amis de la Constitution^ numéros 71 ot 72. Cette adresse était do la rédaction de Pétlou, comme lîohcspicrre avait en soin de le dire. Au moment de partir lul-mOmc, son ami la lui avait envoyée pour en donner lectun» aux Jacobins.

(2) /6iV/., numéro 72.

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