‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 203 sur 314 · LIVRE IX. — DANTON ET MADAME ROUND · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — DANTON ET MADAME ROUND

para être du goût de la Convention, on mit en avant le nom de Pache. Le ministre de rinténeur le désigna luî-méme comme son successeur. C'était alors c le brave et modeste Pache, seul digne de bien remplacer Boland (1). ^ Les Girondins le croyaient acquis à leur faction ; mais dès qu'il refusera de se laisser mener par eux, ce ne sera plus qu'un monstre (2). Son élection s'étant trouvée contestée, Roland se décida à opter pour le ministère, et, dans mie lettre toute saturée des calomoies de la Gironde contre la députation de Paris, il annonça à la Convention qu'en vertu de son vœu tacite, qu'il regardait comme l'expression de la volonté des quatre-vingt-trois départements, tandis que sa nomination de député n'était que le vœu d'un seul département, il se décidait à demeurer ministre. Cette interprétation d'un vœu tacite parut excessive à Robespierre et contraire aux principes. Selon lui, le choix qui donnait à chaque député le titre de représentant de la République devait être regardé comme le vœu du peuple français et approchait un peu plus de ce caractère que le simple vœu de l'Assemblée des représentants (3). Et cela est vrai : toute doctrine contraire est subversive de l'unité politique du pays.

Combien plus noble et plus digne fut la conduite de Danton ! Invité, lui aussi, à rester au ministère, il persista dans la démission qu'il avait donnée dès les premiers jours de la Convention. D'ailleurs, à son avis, il n'était pas de la dignité de l'Assemblée d'inviter des citoyens à conserver une place. Ce fut à cette occasion qu'il se permit une saillie que Robespierre, toujours grave, trouva peu convenable (4) : « Si vous faites une invitation à Roland, » dit Danton, c faites-la donc aussi à madame Roland, car tout le monde sait que Roland n'était pas seul dans son département. i> Cette plaisanterie remplit d'amertume le cœur des Girondins : c'était, en effet, leur dire assez publiquement que leur faction était gouvernée par une femme. Quant à madame Roland, elle en garda une rancune implacable, et les calomnies que ses Mémoires contiennent à l'adresse de Danton peuvent donner la mesure de son ressentiment (5).

La Gironde crut trouver dans la retraite de Danton un accrois-

(1) Voyez le Patriote françois^ nnmëro 1144.

(2) Voyez le portrait de Pache dans les Mémoires de madame Roland (édit. Barrière, t. II, p. 144). La républicaine Roland affecte quelquefois de singuliers mépris. Pache ^t d'origine suisse; « en vertu de quoi, » écrit-eUe, < son père gardait à Paris la porte d'un grand seigneur, > p. 152.

(3) Lettres de Mas^imilien Robespierre à ses commetlans, numéro 3, p. 144.

(4) Jbid,i p. 138.

(5) Voyez notamment la seconde partie des notices historiques dans les Mémoires^ t. II, p. 15 et suivantes (édit. Barrière et Berville).

sèment de poissance, parce qu'il eut pour successeur le littérateur Garât, qtii, sans être Tennemi de Robespierre, était alors au mieux avec Brissot. Or, il n'était pas téméraire d'espérer qu'une fois en possession d'une part du pouvoir, le nouveau ministre ferait cause commune avec ses collègues, et se mettrait, lui aussi, à la dévotion du parti. Mais, cette fois, l'espoir des Girondins se trouva déçu, Garât refusa net de sarvir d'instrument à leurs haines ; il s'efforça au c<xitraire de les calmer, de les ramener dans la voie de la justice et de la modération, c Combien de fois, » a-t-il écrit, a j'ai conjuré Brissot, dont le talent se fortifiait dans ces combats, de modérer l'usage de sa force pour irriter moins ses ennemis! Combien de fois j'ai conjuré Guadet de renonce, quelquefois au moins, aux triomphes de cette éloquence qu'on puise dans les passions, mais qui les nourrit et les enflamme (1)! » Peines inutiles! les Girondins étaient devenus les esclaves aveugles d'une sorte de passion sauvage, et bientôt Garât indigné s'éloignera d'eux avec dégoût. Mais pour le moment, croyant avoir fait une recrue, ils se sentaient encore d'humeur plus belliqueuse.

Maîtres de toutes les positions ministérielles, ou du moins se le figurant, ils voulurent avoir ]a mairie entre leurs mains. 11 y avait à remplacer Pétion. Plusieurs candidats furent proposés. Un membre de la société des Jacobins, nommé Moras, engagea ses concitoyens à voter pour Robespierre; mais celui-ci n'était pas bonune à accepter, on le savait bien. Étant monté à la tribune aussitôt après avoir été désigné, il dit : « Je ne fais à cette proposition qu'une simple objection, c'est que, pour un tel choix, il faudrait au moins avoir le consentement delà personne sur qui il tomberait, et pour nM)i, je ne connais aucune force humaine qui puisse me faire consentir à abandonner la place de représentant du peuple contre toute autre, quelque importante qu'elle pût paraître (2). » A la place de maire était affecté alors un traitement de soixante-quinze mille livres. Après une déclaration si nette et si tranchée, on comprend aisément que Robespierre n'ait obtenu que quelques voix. Pétion ayant paru d'abord disposé à reprendre ses fonctions, on ne lui opposa pas de compétiteur sérieux, et il fut réélu k une majorité fort considérable. Mais ce ne^ful pas là, comme l'a écrit un historien de nos jours (3), une défaite du parti violent Le parti violent d'ailleurs, c'était celui de la Gironde ; on l'a vu déjà , on le verra bien davantage

(1) Mémoires de Garât, édit. de 1862, p. 136.

(2) Journal des débats et ée la correspondance de la SéewM... numéro 276.

(3) Michelet (t. IV, p. 485). Impossible d'avoir plus complètement dëiurtnréquo M. Michelet l'histoire de tons les commencements ^e la Convention, relativcmcDt ^ Kobespierre. Il semble qu'il y ait parti pris de twi part.

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