‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 260 sur 314 · LIVRE X. — LETTRE A VfiRGNUUO, GUADET, £fiNSONNE ET BRISSOT · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LETTRE A VfiRGNUUO, GUADET, £fiNSONNE ET BRISSOT

Barère, et qu'il s'était justement attirées. Puis« dans un langage noble -et grave, mais où perçait le resseatioient involontaire de tant d'injures jpratuites, Torateur flétrit le ministre qui» sous prétexte de former l'esprit public, ne cessait de dépraver l'opinion, en se peignant, lui et ses amis, comme des modèles de modération et de vertu, et il fit entendre en faveur de ia permanence des sections des arguments telleoient forts que la Convention, sans annuler son décret de suppression, en ajourna Texécution jusqu'à nouvel ordre (1). N'est-ce pas ici le cas d'admirer une fois de plus l'inconséquence de ces Girondins? Ils accusaient leurs adversaires de violer la souveraineté populaire en repoussant l'am^l au peuple, et ils voulaient interdire à ce peuple àe ^rester assemblé dans ses sections : ce qui était désarmer la Révolution.

Aux calomnies de Vergniaud, de Guadet, de Gensonné et de Brissat, répétées à Tenvi par toutes les feuilles girondines, Robespierre crut devoir une réponse publique : ce fut l'objet du premier article de la deuxième série de ses lettres à ses commettants. Parmi les journaux dévoués au parti de la Gironde , il en est un dans lequel , chose étrange! il trouva tout à coup un appui indirect, mais inespéré. Les gens du côté droit avaient eu le courage d'applaudir l'adresse du Finistère et celle non moins criminelle du département de la Haute-Loire. Le journal de Brissot, dans un article plein de fiel, d'aigreur et de violence contre Thuriot, Marat et Robespierre, considérait la première comme un acte patriotique, et la seconde lui paraissait «l'organe fidèle de toute la France. » Irrité de tant de, mauvaise foi et surtout des éternelles déclamations de ses amis contre la ville de Paris, le rédacteur des Annales patriotiques leur reprocha vivement d'encourager dans les départements la violation de la loi , tandis qu'ils trouvaient si mauvais qu'elle ne fût pas strictement observée à Paris. « N'est-ce

(1) Les Révolutions de Paris ne manquent pas de faire honneur de cette victoire à Robespierre : « Le décret de suppression fut prononce. La minorité, du bant de la Montagne, 8*éleva contra cette violation de principe, ce renversement des idées... Enfin Kobespierre parla, et la Convention, sans se désister de son systèiàe, sans reconnoltre l'indécence Ue sa conduite, ce qui eût l'ait honneur à sa loyauté, décida qne oe décret seroit suspendu jusqu'à Tépoque du rapport des ministres sur l'état de la France. < Numéro 1B3, p. 111.

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donc que pour Paris que vous voulez faire des lois? » s'écria-t-iL (c Pour que cette ville ne soit pas la cité reine des départemeos, Cautil absolument qu'elle en devienne la conquête?... Vous criez contre les anarchistes, les agitateurs» et vous avouez sans pudeur des projets de tyrannie (1)! » Voilà précisément le thème que, dans une longue épttre adressée à Vergnîaud, à Guadet, à Gensonné et à Brissot, développa Robespierre, en y joignant tout ce qui était nécessaire à sa défense personnelle.

Nous dirons peu de chose de cette lettre, infiniment longue et où d'ailleurs se trouvent répétés la plupart des arguments déjà invoqués dans le discours contre Tappel au peuple. <r Paris ne sera ni déshonoré ni détruit, » s'écriait à son tour Robespierre. « Les Gensonné, les Vergnîaud, les Brissot, les Guadet passeront : Paris restera. Paris sera encore le rempart de la liberté, le fléau des tyrans, le désespoir des intrigans, la gloire de la République et l'ornement du globe longtemps après que vous serez tous émigrés. » Mais, hélas! ce n'était pas l'émigration, comme le croyait Robespierre, c'était l'échafaud qui attendait ces malheureux Girondins , et ils vont y courir tète baissée en voulant y précipiter leurs adversaires. Vergniaud, dans son discours, s'était comparé à Tibérius Gracchus, victime de l'ingratitude populaire. Robespierre ne manqua pas de relever cette comparaison tant soit peu ambitieuse. Ni Vergniaud ni ses amis n'étaient de la trempe des Grac* ques ; ils étaient trop du parti de l'aristocratie bourgeoise.

Où Robespierre insista particulièrement dans sa lettre, ce fut en signalant la perfidie avec laquelle ses adversaires s'obstinaient à accoler son nom à celui de Marat, perfidie qui avait excité tant d'indignation aux Jacobins. Nous avons fait suffisamment connaître son opinion sur Marat, dont il estimait le patriotisme et les vertus, mais dont les idées exagérées, dans la forme surtout, lui étaient antipathiques. Il ne l'avait pas cependant complètement renié, on l'a vu, comme avait fait Danton ; indirectement même, sans le nommer, il n'en avait pas moins appuyé sa candidature au sein de l'assemblée électorale, et Dieu sait si les Girondins le lui avaient imputé à crime. Au reste, Marat, qui avait beaucoup plus de sens politique qu'on ne se l'imagine généralement, eut toujours Maximilien en estime singulière; et, s'il lui refusait les vues et l'audace d'un véritable homme d'État, — on sait pourquoi, — du moins jusqu'à son dernier moment, jusqu'à l'heure où il fut atteint dans son bain par le poignard mis aux mains de Charlotte par les déclamations de la Gironde, il le considéra comme le type du patriote pur et désin-

(1) Annales patriotiques du 7 janvier 1792.

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téressé. Mais enfin, comme il est de règle absolue que chacun réponde de ses propres paroles et de ses propres actes et non de ceux d'autrui, il était bien naturel que Robespierre cherchât à prémunir le public contre une confusion établie avec une mauvaise foi digne des mépris de tous les cœurs honnêtes. C'est ce qu'il fit d'ailleurs en des termes qu'il convient de mettre sous les yeux du lecteur : « Vouloir m'identifier avec Marat, y a-t-il conscience? J'en appelle à votre jugement, monsieur de Warville I Quelle obstination de vouloir que je sois un autre que moi-même! Il ne tient pas même à vous que tout le monde croie que je me nomme Marat : n'ayant pu y réussir, vous avez pris le parti de répéter si souvent mon nom avec le sien, que l'on me prit au moins pour un accessoire de ce grand personnage, tant célébré dans vos feuilles, comme si je n'avois pas une existence propre plusieurs années avant que vous vous fussiez avisés de m'en dépouiller... Jadis, il m'en souvient encore, Brissot et quelques autres étoient entrés dans je ne ^ais quelle conspiration pour rendre mon nom presque synonyme de Jérôme Pétion, tant ils prenoient à tâche de les accoler ensemble. Je ne sais si c'étoit pour l'amour de moi ou de Pétion ; mais ils sembloient avoir comploté de m'envoyer à l'immortalité avec le grand Jérôme. J'ai été ingrat, et pour me punir, ils ont dit : Puisque tu ne veux pas être Pétion, tu seras Marat. Eh bien, je vous déclare, moi, messieurs, que je ne veux être ni l'un ni l'autre. J'ai le droit, je pense, d'être consulté là-dessus , et vous ne disposerez peut-être pas de mon être malgré moi-même. Ce n'est pas que je veuille refuser à Marat la justice qui lui est due. Dans ses feuilles, qui ne sont point toujours des modèles de style ni de sagesse, il a dit pourtant des vérités utiles et fait une guerre ouverte à tous les conspirateurs puissants, quoiqu'il ait pu se tromper sur quelques individus. » Et, ajoutait non sans raison Robespierre, pour deux ou trois phrases absurdes et sanguinaires de l'Ami du peuple, répétées sur tous les tons et commentées à satiété par les Girondins, on poursuivait tous les patriotes et l'on compromettait l'œuvre de la Révolution (1). Mais Robespierre, après avoir réfuté un à un tous les mensonges de ses adversaires, avait beau les rappeler aux principes, ils étaient dans une sorte de démence, sourds et aveugles. Tout à l'heure, nous allons voir la colère des Girondins monter à un degré d'exaltation incroyable. Quand, par la force des choses, le pouvoir leur tombera des mains,

(1) Lettre de Maxixnilien Robespierre à MM. Yergniaud, Gensonné, Brissot et Guadet, sur la souveraineté du peuple et sur leur système de Tappel du jugement de Louis Capet (Lettres de M. Robespierre à ses commettanSf numéro de la 2» série, p. 1 à 44). On trouve aussi cette lettre dans les ûi?uorM, réimprimées par laponneraye, t. III, p. 15è.

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quand la majorité dé la GonrentiDn, mieux renseignée et lasse h la fin de tant de luttes stériles, leur échappera pour passer dtai cdté deshommes d'action, ils crieront à leur tour à l'oppresBion, oubliant à quel point, pendant quatre mois, ils s'étaient montrés oppresseurs; et, au lieu de se rallier franchement à cette majorité, de trayaîtier de ooih cert à Tœuvre laborieuse du salut de la Révolution, impérissable si Montagnards et Girondins s'étaient unis, ils aboutiront de résistance en résistance à l'abtme où ils seront engloutis. Plus de trére, plus ée pitié, plus de merci f Cen est fait, le sort eii est jeté f

Nous voici dans le cercle de feu. Je ne sais quel sombre pressentH ment s'était emparé de la plupart des âmes; mais ciiacun présageait des choses terribles. Un ancien ami de Robespierre, qui, vnmeilf doué du don de prophétie, lui écrivait avant la Révolution :

• Ttt.ne veciz.d» vengeur que la pottérité (1), »

Dubois de Fosseux, devenu président de l'administration ,de la vBIe d'Arras, prononçait ces lugubres paroles au sein #\ine réunion des administrateurs de la ville, après avoir gourmande les hommes faftfes qui s'apitoyaient sur le sort de l'ex-roi menacé de la hache nationale : « Une lutte effroyable va s'établir ; l'année 1 793 est destinée à faire époque dans les fastes de l'univers. Le combat à outrance aura, lieu entre la liberté et le despotisme dans les angoisses de Tagonie ; celui-cifait un dernier effort : il faudra, que Tun ou l'autre soit écrasé, et des flots de sang décideront si l'espèce humaine appartiendra, comme de vils troupeaux, à une poignée de tyrans; si Dieu a donné à Thommc une âme fière, libre et indépendante, pour qu'il rampe sous le poids de l'esclavage... (2). » On voit comme déjà la Terreur était d^ns les esprits, avant de se formuler en lois et de se tradliire en faits.

Le premier acte sanglant de cette sanglante année fut la mort de Louis XVL Dans sa séance du 14 janvier, la Convention s'occupa des questions à résoudre relativement à l'accusé. Daunou en proposa une

(1) ÉpUre de M. Dabois de Fosseux à Robespierre, citée dans les Mémoires de Char^ I0U9, p. 155.

(2) Extrait du rapport fait par M". Ferdinand Duboik, U 13fjamviêr IfFSB, ewqvaiitéd^ président de l'administration du département du Pas-de-Calais, rar te stnic» départe mental, (Communiqué par M. Billet, avocat à Axras.)

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