‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 261 sur 314 · LIVRE X. TRIW-E APPEL MMLNAL • 5W · texte numérisé non relu

LIVRE X. TRIW-E APPEL MMLNAL • 5W

série beaucoup trop eomfrfiquée ; il y en arait , on peut le dire, pour tous les goûts, et chaque parti y pouvait trouver satisfaction. Un célèbre historien de nos jours, qui a pris ici Danitm pour Daunou^ s'est empressé cFimaginer que le farouche Montagnard, mettant une planche sur rabime où menaçait de s'enfoncer la Gironde, lui tendait nne main qu'elle repoussa, et il nous montre Robespierre regardant froidement si Danton aidait se perdre en avançant vers cette Gironde (1). Fantasmagorie! qu'un mot suffit à faire évanouir : ce jour-là, Danton n'était pas encore de retour de Belgique, où il était allé en mission avec Lacroix (2), et quand le surlendemain il bondit au milieu de la Convention, ce fut pour s'écrier, comme on perdait soi) temps à s'occuper d'une mauvaise comédie contre -révolutionnaire de Laya, dont la com-mune avait eu le tort de suspendre les représentations : c H s'agît de la tragédie que vous devez donner aune nations, il s'agit de faire tomiber sous la hache des lois la tète d*un tyran, et non de misérables comédies (3]. »

Pour en revenir aux questions relatives à raecosë, l'Assemblée les réduisit au nombre de trois, dans l'ordre suivant : !• Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attentat contre la sûreté général de l'État? 2* Le jugement de la Convention nationale contre Louis Gapet sera-t-il soumis à la ratification du peuple? 3» Quelle peine sera infligée à Louis? Le lendemain, . 15 janvier, à la presque unanimité, l'Assemblée répondit affirmative^ ment sur la première question. Le même jour, sur la seconde, &23 mem^-bres, contre 281, adoptèrent Tavis de Robespierre et se prononcèrent contre Tappel au peuple. Le 16 janvier, à huit heures du soir, cornmença l'appel nominal pour le vote sur la troisième question. Tout lemonde connatt les détails de cette funèbre et imposante séance, de cette nuit solennelle où les représentants de la nation décidèrent de la destinée du monarque déchu. Beaucoup d'entre eux motivèrent leurs votes. On en vit, comme Pétion, BrissoC, Vergniaud, Guadet et autres, se diviser en deux personnes, celle du juge et celle de l'homme d'État, prononçant la nnort comme juges, et comme hommes d'État demandant &tla Convention de discuter le point de savoir s'il conviendrait à Tinté-

(1) Michelet, IHêtoire de la Rétoîutien, t. V, p. 242. L'éminent historien a été trompe par le Moniteur qui porte Dawnon au liea de Daunou. Maia cette aériô de questions «tait si peu confornie au génie révolutionnaire de Dauton, que cela seul eftt dû le prémunir contre une erreur, et s*il eût ouvert le Journal des débats et des décrets de la Conr«fifion, il 7 eût trouvé le nom de Daunoa, en tontes lettres, numéro 120, p. 194^

(3) Voyez le procès-verbal de la séance du 15, lequel constate que Danton était absent par commission. T. V des procès- verbaux, p. 193.

(3) Yoyss le Moniteur du samedi 19 janvier.

rét public que F^écution eût lieu saas retard ou qu'elle fût différée; proposition d'ailleurs indépendabte de leur vote.

Appelé par son rang à voter le premier des membres de la députation de Paris, Robespierre s'exprima en ces termes : « Je n'aime point les longs discours dans les questions évidentes ; ils sont d'un sinistre présage pour la liberté... Je me pique de ne rien comprendre aux distinclions logomachiques imaginées pour éluder la conséquence d'ua principe reconnu. Je n'ai jamais su décomposer mon existence politique pour trouver en moi deux qualités disparates, celle de juge et celle d'homme d'État... Je ne sais pas outrager la raison et la justice en regardant la vie d'un despote comme d'un plus grand prix que celle des simples citoyens , et en me mettant l'esprit à la torture pour soustraire le plus grand des coupables à la peine que la loi prononce contre des délits beaucoup moins graves et qu'elle a déjà infligée à ses complices. Je suis inflexible pour les oppresseurs , parce que je suis compatissant pour les opprimés ; je ne connois point l'humanité qui égorge les peuples et qui pardonne aux despotes. Le sentiment qui m'a porté à demander, mais en vain, à l'Assemblée constituante l'abolition de la peine de mort, est le même qui me force aujourd'hui à demander qu'elle soit appliquée au tyran de ma patrie et à la royauté elle-même dans sa personne. Je ne sais point prédire ou imaginer des tyrans futurs ou inconnus pour me dispenser de frapper celui que j'ai déclaré convaincu avec la presque unanimité de cette Assemblée... Je vote pour la mort (1). »

Tandis que les secrétaires s'occupaient du recensement des suffrages, deux lettres parvinrent à l'Assemblée, Tune, des avocats de Louis XVI, l'autre, de je ne sais quel agent du roi d'Espagne, qui, faiblement et tardivement, venait intercéder en faveur de son parent. Passant a Tordre du jour sur celle-ci, la Convention délibéra immédiatement sur la première, par laquelle les défenseurs du roi demandaient à être entendus. Mais, disait Robespierre, il faut, dans tous les cas, qu'avant tout i'arrét soit rendu et prononcé. Et même, après cela, l'audition et les réclamations des avocats de Louis seraient, selon lui, contraires aux principes. En adoptant le système des défenseurs ne s'exposerait-on pas à voir chaque jour, sur le moindre prétexte, les plus minutieuses chicanes s'élever contre un décret de l'Assemblée? Il concluait donc à ce que, dès à présent, le président prononçât le résultat du scrutin et à ce qu'ensuite on passât à l'ordre du jour sur la demande des défenseurs de Louis. L'Assemblée se contenta d*a-

(1) Voyez le vote motivé de Robespierre dans le Moniteur du 20 janvier 1793.

Page 1