‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 30 sur 314 · UVRE VI. — RECLAMATION ET NOUVELLE REPONSE DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

UVRE VI. — RECLAMATION ET NOUVELLE REPONSE DE ROBESPIERRE

chez eux, il était indispensable de comprimer les ennemis de Tintérieur, de remettre Tordre dans nos finances, d*en arrêter la déprédation, d^armer le peuple et les gardes nationales, de faire enfin ce que le gouvernement avait paru prendre à tâche d'empêcher jusqu'ici. N'était-ce pas la tactique ordinaire des despotes de distraire le peuple des délibérations intéressant la liberté par les événements extérieurs, les préoccupations de la guerre, et de prévenir ainsi la crise favorable que les ennemis de la Révolution auraient pu précipiter? Bonne pour les officiers, pour les ambitieux, pour les agioteurs, la guerre devait être également agréable à la cour, puisqu'elle lui permettait de disposer à son gré de Tarmée, de cantonner les soldats, de les isoler des citoyens, et de substituer dans les régiments, au véritable amour de la liberté et de la patrie que la Révolution avait fait fleurir parmi les soldats, Tesprit d'obéissance passive, Tancien esprit militaire. Ceux qui s'imaginaient que par la guerre on imposerait aux ennemis du dedans, qu'on tarirait la source de leurs manœuvres, se trompaient étrangement, selon lui; et nous avons trop appris à nos dépens combien il voyait juste quand il montrait ces implacables ennemis profitant des désordres inévitables de la guerre pour semer la division, le fanatisme et dépraver l'opinion. Ne forcerait-on pas au silence les patriotes assez audacieux pour élever quelque soupçon sur les agents du pouvoir exécutif, ou sur les généraux chargés de la conduite des hostilités? Ne les poursuivrait-on pas comme républicains et factieux, mots perfides inventés par les adversaires hypocrites de la Révolution ? Les généraux, il est vrai, ne nous trahiraient pas, avait-on dit; on avait même été jusqu'à souhaiter de grandes trahisons. Brissot, en effet, avait déclaré qu'elles seraient funestes aux traîtres seulement; mais ce que redoutait Robespierre, ce n'étaient pas des trahisons ouvertes, c'étaient tes perfidies sourdes à l'aide desquelles on endormait le peuple pour l'endiainer plus aisément. On l'avait accusé de décourager la nation. Non, répondait-il, je Téclaire ; et il croyait fermement avoir fait progresser l'esprit public et servi la patrie en contribuant à arrêter les ébnsd'un enthousiasme qui lui paraissait dangereux.

Puis, arrivant au reproche le plus étrange articulé par Brissot contre lui, d'avoir douté du courage des Français et avili le peuple^ il laissait déborder son cœur, et se défendait dans un langage dont la modération et la noblesse contrastent singulièrement, on ne peut le nier, avec l'amertume des paroles de l'orateur girondin : c Vous avez dit que j'avais outragé les Français en doutant de leur courage et de leur amour pour la liberté. Non, ce n'est point le courage des Français dont je me défie, c'est la perfidie de leurs ennemis que je crains. Que la

tyrannie les attaque ouvertement, ils seront invincibles; mais le courage est inutile contre l'intrigue. Vous avez été étonné, avez-vous dit, d'entendre un défenseur du peuple calomnier et avilir le peuple. Certes, je ne m'attendais pas à un pareil reproche. D'abord, apprenez que je ne suis point le défenseur du peuple; jamais je n'ai prétendu à ce titre fastueux; je suis du peuple, je n'ai jamais été que cela, je ne veux être que cela ; je méprise quiconque a la prétention d'être quelque chose de plus... L'amour de la justice, de l'humanité, de la liberté, est une passion comme une autre; quand elle est dominante, on lui sacriPie tout; quand on a ouvert son âme à des passions d'une autre espèce, comme à la soif de l'or et des honneurs, on leur immole tout, et la gloire, et la justice, et l'humanité, et le peuple, et la patrie. Voilà le secret du cœur humain; voilà toute la différence qui existe entre le crime et la probité, entre les tyrans et les bienfaiteurs de leur pays.

tt Que dois-je donc répondre au reproche d'avoir avili et calomnié le peuple I Non, on n'avilit point ce qu'on aime, on ne se calomnie pas > soi-même. J*ai avili le peuple ! Il est vrai que je ne sais point le flatter pour le perdre, que j'ignore Tart de le conduire au précipice par des routes semées de fleurs; mais, en revanche, c'est moi qui sus déplaire à tous ceux qui ne sont pas peuple, en défendant presque seul les droits des citoyens les plus pauvres et les plus malheureux contre la majorité des législateurs; c'est moi qui opposai constamment la Déclaration des droits à toutes ces distinctions calculées sur la quotité des impositions, qui laissaient une distance entre des citoyens et des citoyens; c'est moi qui défendis non-seulement les droits du peuple, mais son caractère et ses vertus; qui soutins contre l'orgueil et les préjugés que les vices ennemis de l'humanité et de l'ordre social allaient toujours en décroissant, avec les besoins factices et I*égoïsme, depuis le trône jusqu'à la chaumière ; c'est moi qui consentis à paraître exagéré, opiniâtre, orgueilleux même pour être juste. »

Le vrai moyen de témoigner son respect au peuple n'était pas, suivant Robespierre, de lui vanter h tout propos sa force, mais de le prémunir contre les défciuts dont il n'était pas exempt. Le peuple est /d, s'était écrié Brissot, pour le cas où la cour et les ministres viendraient à violer la constitution; mais ce mot paraissait à Maximilien très-dangereux. Après avoir prouvé, en s'appuyant de l'opinion de Rousseau, que jamais le peuple ne jpouvait s'endormir impunément, sous peine de devenir la dupe des charlatans politiques, il ajoutait : « Lorsqu'il s'éveille et déploie sa force et sa majesté, ce qui arrive une fois dans des siècles, tout plie devant lui; le despotisme se prosterne contre

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