‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 309 sur 314 · MVRE X. — CONCLUSION DE CE LITRE · texte numérisé non relu

MVRE X. — CONCLUSION DE CE LITRE

tion. Ce ne fut point un coup d'État exécuté dans l'intérêt de quelques honunes, ce fut une révolution faite au profit de la Révolution. Jamais insurrection, d'ailleurs, ne coûta moins cher à l'humanité : pas un coup de fusil ne fut tiré, pas une goutte de sang répandue, et ces féroces vainqueurs si noircis par la calomnie se montrèrent, dès qu'ils eurent obtenu satisfaction, pleins de respect pour les vaincus. On peut même affirmer qu'il n'eût pas été toudié à la vie des Girondins si, profitant du peu de surveillance dont ils étaient l'objet dans leur captivité illusoire, ils ne se fussent pas échappés pour aller mettre aux quatre coins de la France le feu de la guerre civile.

Ah i certes, le cœur saigne d'une blessure cruelle quand on songe à tant de beaux talents prématurément éteints par la mort ; mais com* bien d'autres, parmi les hommes de la Montagne, tombèrent sur ce champ de bataille de la Révolution sans avoir démérité de la patrie et qu'aucun reproche sérieux ne saurait atteindre. Les Girondins , il faut bien le dire, furent le fléau de la Révolution. Ambitieux, intrigants, jaloux et vindicatifs, ils ne surent rien pardonner, et devant leur inté* rét personnel disparut le grand intérêt de la patrie. Révolutionnaires quand il s'agissait de monter à l'assaut du pouvoir, tout leur semblait pour le mieux dès qu'ils occupaient les Imutes fonctions de l'État. Malheur à quiconque, voyant les hommes changés, mais non l'esprit du gouvernement, se constituait en état d'opposition à leur égard, il était impitoyablement traité en ennemi. Durant six mois, ils donnèrent au monde le spectacle navrant de la dictature de la calomnie exercée comme elle ne Pavait jamais été, comme elle ne le sera jamais ; et, pris de vertige, leurs orateurs ne cessèrent de vomir des torrents de blaspbèmes contre la capitale, en récompense, sans doute, du dévouement absolu de Paris à la cause de la Révolution et de la liberté. Cependant, de complaisants écrivains leur ont dressé des autels, comme cela devait être, puisqu'on définitive ils sont restés vainqueurs et ont surnagé sur les ruines de la Révolution. Nous les avons vus à l'œuvre jusqu'au 31 mai; nous les reverrons à l'œuvre après le 9 Thermidor.

Qu'on cesse donc de les représenter comme des héros de modération et de mansuétude, opposés aux lois de sang et aux mesures terribles. Ce vieux mensonge historique ne supporte plus l'examen. Sur la nécessité indispensable de défendre la Révolution par des lois d'une inflexible sévérité, ils se trouvèrent toujours d'accord avec leurs adversaires, et, nous l'avons démontre de reste, les premiers décrets de proscription et de vengeance vinrent d'eux, d'eux seuls. Mais, où ils déployèrent des fureurs dont rien n'approche , ce fut contre les

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hommes qui, se méfiant de leur ambition et n'ayant dans leur patriotisme qu'une confiance médiocre, ne subirent pas l'ascendant de leurs talents et de leur éloquence. Oh! contre ceux-là, que de colères, que de haines, que de violences! Nulle trêve, nulle pitié! La guerre, la guerre à mort. Ils la veulent, ils Tauront. On a vu Teffroyable déchat* nement de ces fureurs dans la lutte gigantesque qu'ils contraignirent Robespierre de soutenir contre eux. Pleins d'admiration tout d'abord pour le grand patriote, alors qu'il combattait seul ou presque seul pour les doctrines de la démocratie pure, ils n'ont pour lui ni assez d'encens, ni assez de louanges ; c'est à qui du Patriote français, de la Chronique de Paris j du Courrier des quatre-vingt-trois départemens et des Annales patriotiques y lui tressera le plus de couronnes. L'héroïne du parti, madame Roland, n'a pas assez d'expressions pour lui peindre son estime et son attachement, cet attachement qu'elle ne vouait, disait-elle alors, qu'à ceux qui plaçaient au-dessus de tout la f^oire d'être juste et le bonheur d'être sensible (1). Par quel hasard étrange, par quelle brusque transformation, le citoyen illustre qui, au mois de septembre 4791, « confond la bienveillance universelle avec Tardent amour de la liberté, » devient-il « l'homme au sourire amer, » que, dans ses Mémoires envenimés, nous a dépeint la citoyenne ministre? Et par quelles singulières vicissitudes les journaux girondins couvrent-ils d'injures et de boue le législateur immortel qu'ils portaient aux nues quelques mois auparavant? Est-ce que Robespierre a changé de principes? Est-ce que, cédant aux sollicitations dont il a été si souvent l'objet, il s'est laissé aller à quelque honteuse capitulation de conscience? Est-ce qu'éclairé tout à coup par un rayon divin, il en est venu à reconnaître que les libertés publiques, au lieu d'être un droit primordial, antérieur et supérieur à tout, ne devaient exister qu'en vertu d'une sorte de concession du pouvoir? Au contraire, il s'est plus que jamais affirmé dans l'idée démocratique. Quel est donc son crime ? — C'est d'avoir soutenu, contre l'opinion girondine, que la guerre offensive xlirigée par la cour et par des généraux aristocrates ne pouvait être que funeste à la Révolution. — Et puis encore? C'est d'avoir un jour, en plein club des Jacobins, osé invoquer le nom de la Providence. — Et encore? — De n'avoir pas cru le ministère girondin à la hauteur des principes de la Révolution. — Et enfin? — D'avoir précipité la chute de la monarchie et provoqué la convocation d'une Convention nationale au moment où les Girondins se flattaient de ressaisir le pouvoir et de gouverner sans conteste à l'ombre de la royauté. Pour cela, il n'est pas de coups dont

(1) Lettre de madame Roland à Robespierre, en date du 27 septembre 1791 .

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