‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 310 sur 314 · LIVRE X. -* CONCLUSION DE CB LIVRE 1»d · texte numérisé non relu

LIVRE X. -* CONCLUSION DE CB LIVRE 1»d

ils n'essaieront de le frapper, pas d'injures qu'ils ne lui jetteront à la face. Membre du comité autrichien, complice de Tétranger, salarié de la liste civile, tels sont les traits perfidement dirigés contre lui. Puis, vienne la dictature girondine, et voici la diifamation érigée en système de gouveniement. Le ministère de l'intérieur tient boutique de calomnies, et les fonds de l'État sont employés à salarier les calomniateurs, à répandre à foison, dans toutes les parties de l'empire, les journaux de la coterie. Que dis-je, toutes les administrations de départements, les curés, sont mis en réquisition pour servir de véhicule au poison. Et Ton s'étonne que, dans ce cœur qui ne battait que pour la patrie, cer* taines fureurs aient fini par s'allumer; qu'à son tour le puissant lutteur, pris de colère, ait tourné contre ses adversaires implacables les armes dont on le frappait si lâchement; qu'il les ait flétris du nom d'intrigants, qui leur restera; que, trompé par des propositions étranges et tout au moins intempestives de Carra, il ait cru sérieusement Brissot attaché au parti de Brunswick? Ah! que je sais de ces modérés d'apparat qui, ne lui pardonnant ni sa foi d'airain, ni sm incorruptibilité, ni sa fière attitude en face de la Gironde, ont dans le cœur plus de fiel, de méchanceté et d'envie que n'en eurent peut-être les hommes de cette faction qu'ils ont prise sous leur garde.

Du volume qu'on vient de lire, il résultera pour tout esprit vraiment impartial que, dans cette longue et regrettable lutte des Girondins contre Robespierre, tous les torts vinrent des premiers; que l'agression partit de leurs rangs; que ce furent eux qui, dès l'ouverture des séances de la Convention, convertirent l'Assemblée en une arène de gladiateurs ; que ce ne fut point leur faute si, poursuivi sans relâche, par les enfants perdus de la coterie, de cette ridicule accusation d'aspirer à la dictature que reprendront plus tard les Thermidoriens, il ne fut point, dès lors, livré au bourreau ou frappé du poignard de quelque fanatique ; qu'enfin, ils subordonnèrent constamment les intérêts de la démocratie, ceux du pays entier, à leurs intérêts propres, à leur ambition, à leurs rancunes et à leurs haines. C'est bien pourquoi les historiens vraiment dignes de ce nom les ont irrémissiblement condamnés. Et je ne parle pas seulement des écrivains qui, dociles aux seules inspirations de la justice, n'ont eu qu'un but en traçant l'histoire de la Révolution, celui de montrer la vérité toute nue, je parle aussi des écrivains qui, séduits par le côté artistique et brillant de la Gironde, l'ont enveloppée d'une sorte d'auréole. C'est M. de Lamartine, qui déclare qu'entre les mains de ces hommes de parole, la France, reconquise par la contre-révolution et dévorée par l'anarchie , eût bientôt cessé d'exister, et comme république, et comme na-

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tion(l); c'est M. Ibiers, qui avoue que par eux la révolutioD, la liberté et la France ont été compromises (2), c'est enfin M. Michelet, qui, après les avoir traités avec une indulgence inouie, finit par s'écrier, vaincu par une inflexible logique : c Nous aurions voté contre eux... La politique girondine, aux premiers mois de 93, était impuissante, aveugle, elle eût perdu la France (3). » C'était bien la peine d'avoir tant calomnié Robespierre à leur profit.

Les Girondins resteront donc condamnés devant l'histoire, parce que le jugement qui les frappe est juste, et, hélas! trop bien motivé. Mais la postérité n'oubliera pas non plus, en le ratifiant, que le talent, le courage et le patriotisme furent aussi l'apanage de la plupart de ces hommes, et elle réconciliera dans la tombe tous les glorieux combattants de la Révolution. Nous même qui , en déciiirant les voiles dont trop de mains complaisantes avaient couvert les fautes des Girondins, avons été forcé de nous montrer sévère à leur égard, nous nous sommes senti pris d'une pitié profonde pour ces grands égarés. Si, d'ailleurs, Robespierre abandonna ceux qu'il crut réellement coupa* blés, il se fit l'avocat intrépide des Girondins demeurés dans le sein de la Convention et qu'on voulut frapper également. Il arriva, en effet, que soixante-treize Conventionnels, de ceux qu'au début Brissot et ses amis avaient adroitement circonvenus, signèrent une protestation courageuse en faveur des vaincus du 31 mai et du 2 juin. Or, cette protestation sera considérée par beaucoup de membres do l'Assemblée comme un crime digne de l'échafaud; des forcenés s'acharneront à réclamer les tètes des signataires. Eh bien ! que fera Robespierre, dont ces députés étaient, pour la plupart, les ennemis personnels, et dont plus d'un, après 'Thermidor, jettera l'insulte et l'anathème à sa mémoire ? il les sauvera.

(i) HitMrô du Qirùndifu, 1" édit., t. VI, p. 155

(2) Hittoindela Révolution françaist, par M. Thiers, édit. do 1839, t. IV, p. 187.

(S) Histoire dt la Bévolufion fronçaiu^ par Michelet, t. V, p. 534 et 642.

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