‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 32 sur 314 · LIVRE VI. — CARRA ET LA MAISON DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CARRA ET LA MAISON DE BRUNSWICK

iDsistance un membre qui parlait à la tribune contre i^incivisme de certains administrateurs de la ville de Lyon. La Source, un des intimes de Brissot, attachant à cette légère punition parlementaire plus d'importance qu'elle n'en avait, s'était retiré, et bientôt une lettre de lui apprenait à la société toute la peine qu'il ressentait de l'espèce d'inculpation dont il venait d'être l'objet. Aussitôt Robespierre, qui avait cédé le fauteuil à AntoneUe, nommé président dans le cours de la séance, monta à la tribune et rendit pleinement hommage au patriotisme de La Source, à son amour pour le bien et pour la tranquillité publir que. On voit quel empressement il mettait à adoucir un chagrin qu'il avait involontairement causé en faisant son devoir de président. La Source revint dans la salle au milieu des applaudissements (!].

Le même jour, l'Assemblée législative, accomplissant un acte de réparation nationale, avait, sur la proposition de Guadet, adopté un décret dont la rédaction était du feuillant Pastoret, et par lequel la liberté était rendue aux victimes de Bouille, aux quarante soldats de Châteauvieux envoyés aux galères après l'affaire de Nancy ; puis, entrant résolument dans la voie des rigueurs contre l'émigration, elle avait décrété d'accusation le comte de Provence, le prince de Condé, l'ancien contrôleur général de Galonné, et deux membres de l'Assemblée constituante, Laqueille atné et Riquetti cadet, comme prévenus d'attentat et de conspiration contre la sûreté de l'État (2).

Tandis que de sévères mesures étaient votées contre ceux qui tramaient le retour de l'ancien régime, une étrange idée traversait la cervelle du journaliste Carra, Tun des rédacteurs des Annales patriotiques^ feuille dévouée à la Gironde, comme nous l'avons dit. Cette idée, déjà émise par Carra dans son journal, et qu'il développa le 4 janvier à la tribune des Jacobins, consistait à placer un prince de la maison de Brunswick sur le trône constitutionnel de France, si Louis XVI venait à fuir une seconde fois, ou bien si ses ministres pouvaient être soupçonnés de trahison dans la guerre proposée (3). On voit dès à présent d'où naîtront les accusations lancées plus tard contre plusieurs Girondins d'avoir voulu mettre la couronne de France sur la tète d'un prince étranger. Cette malencontreuse proposition fut accueillie par de violents murmures, et Carra rappelé immédiatement à l'ordre. Le patriotisme des Jacobins

(1) Journal des débats de la Société des Amis dé la ConstitutioUj nnxnéro 121. A partir •de ce naméro, ce joamal prend le titre de Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution,

(2) MonUeur du 2 janvier 1792.

(3) Yoyez les explications données par Carra Ini-mdme dans les Annales patrioti» fuet du 9 janvier 1792.

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était prompt à s*alarmer, et ce n^était pas sans cause, à une époque où la Révolution commençait d*étre battue en brèche, au dedans et au dehors, avec une infatigable persévérance.

Aussi refusaient-ils impitoyablement de recevoir ceux de leurs membres qui, les ayant abandonnés afin de s*af&lier à la société des Feuillants (laquelle, on s'en souvient, n'admettait dans son sein que les citoyens actifs], demandaient à revenir parmi eux. 11 en fut ainsi pour le député Girardin, rayé sur la proposition de Ricord parce qu'il était allé aux Feuillants, et qui sollicitait sa réintégration. Un futur membre du comité de Salut public, Collot-d'Herbois, intercéda indirectement en sa faveur, mais il se trouva en face d'un adversaire re* doutable (6 janvier). Les Feuillants, hostiles en réalité aux vrais principes de la Révolution, avaient été fondés en haine de l'égalité, et leurs membres avaient surtout contribué, au milieu de l'Assemblée constituante, 'à altérer la constitution dans un sens tout opposé à la Déclaration des droits. Robespierre, intraitable à leur égard, insista donc fortement afin qu'aucun des membres qui avaient déserté les Jacobins pour les Feuillants ne pût rentrer dans le sein de la société des Amis de la Constitution. La Source ayant proposé une exception en faveur des membres de l'Assemblée législative, Robespierre combattit également cette motion, et la parole de Guadet prêta à la sienne, dans cette circonstance» un appui énergique. Le député girondin critiqua amèrement le rôle des Feuillants dans l'Assemblée : il les montra réclamant l'ajournement quand il s'agissait de rendre la liberté aux Suisses de Châteauvieux, éludant la délibération quand il était question de frapper du glaive de la loi la tète des coupables, et travaillant constamment contre le peuple. Il demanda en conséquence l'adoption pure et simple de la mesure d'exclusion, laquelle, après un assez long tumulte, fut enfin mise aux voix et votée à l'unanimité (1).

Déjà, une dizaine de jours auparavant, le 25 décembre, on avait entendu Robespierre stigmatiser rudement les menées de ces Feuillants qui, tombés pour ainsi dire sous le mépris public, semblaient ressusciter pour recommencer leur croisade contre les sociétés populaires en général, et celle des Jacobins en particulier.. A cette époque, quelques désordres, occasionnés par la cherté de plusieurs denrées, du sucre principalement, avaient éclaté dans Paris; de sourdes menaces gron* daient contre les accapareurs, et parmi ceux-ci, à tort ou à raison, on

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution^ numéro 124.

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