LIVRE VI. NOUVEAU DISCOURS DE ROBESPIERRE
r Assemblée nationale? Mais, pour atteindre son but, elle n'avait nullement besoin d'entrer tout de suite en campagne; il lui suffisait d'être autorisée à ordonner actuellement les préparatifs d'une guerre. 11 fallait donc se garder de prêcher la confiance, et surtout de donner des millions au pouvoir exécutif. Lui aussi il voulait bien la guerre, mais il dirait à qui et comment il était utile de la faire.
Après avoir développé avec une puissance nouvelle tous les arguments exposés par lui dans ses précédents discours pour démontrer rintérët qu'avait la cour à être dès à présent investie du droit de diriger les forces de la France; après avoir demandé aux partisans de la guerre ce qu'ils comptaient faire lorsque, selon toute probabilité, les princes étrangers leur auraient prouvé qu'ils avaient pris toutes les mesures nécessaires afin de dissiper les rassemblements d'émigrés, il signalait le danger de mettre la nation tout entière à la merci de la cour disposant à son gré de toute la pui^ance militaire du pays. A quels généraux le pouvoir exécutif avait-il confié le commandement des années? A des chefs dont l'un, Rochambeau, était connu pour avoir persécuté des régiments patriotes ; dont un autre, La Fayette, avait été nommé en violation flagrante de la constitution, qui lui interdisait de recevoir, à l'expiration de ses fonctions législatives, aucune place, faveur ou pension de la cour. Avec quel plaisir le gouvernement n'avait-il pas accueilli cette proposition de guerre contre les petits pnnces allemands sous laquelle semblait enterré le décret contre les émigrés, attestant par cela même la sagesse et l'utilité de ce décret, autrement efficace pour avoir raison des émigrants qu'une guerre qu'ils souhaitaient eux-mêmes! L'Assemblée nationale avait indiqué d'abord le véritable remède, on l'avait repoussé; et maintenant les représentants du peuple, trompés, acceptaient le poison des mains de la cour, qui paraissait se rendre à leur vœu. Il fallait s'en tenir au décret, déclarer le veto contraire au salut de l'État, étonner par ce coup de vigueur les partisans du despotisme et de l'aristocratie, qui n'eussent point osé entrer en lutte avec l'Assemblée nationale; ou, « s'ils l'avaient osé, » poursuivait Robespierre, « le vœu public hautement prononcé, l'intérêt général, l'indignation qu'inspiraient l'audace des rebelles et la protection qui leur était donnée, le génie de la nation enfin éveillé dans cette occasion heureuse par la vertu des représentants autant que par l'intérêt suprême du salut public, auraient assuré Ta victoire à l'Assemblée nationale ; et cette victoire eût été celle de la raison et de la liberté. Cétait là une de ces occasions uniques dans l'histoire des révolutions que la Providence présente aux hommes, et qu'ils ne peuvent négliger impunément ; puisque enfin il faut que tôt ou tard le combat s*engage
entre la cour et rAssemblée nationale, ou plutôt, puisque dès longtemps il s'est engagé entre Tune et l'autre un combat à mort, il fallait saisir ce moment: alors nous n'aurions pas eu à craindre de voir le pouvoir exécutif avilir et maîtriser nos représentants, les condamner à une honteuse inaction, ou ne leur délier les mains que pour augmenter sa puissance et favoriser ses vues secrètes. »
Robespierre ne voulait cependant ni proposer un parti sévère, ni déployer une roideur inflexible. Sans s'occuper davantage d'un veto lancé au nom du roi par des hommes qui se souciaient fort peu du roi, mais qui tenaient à régner sous son nom, il souhaitait seulement que l'Assemblée reprit un caractère imposant, et que, tendre envers le peuple, elle montrât moins de condescendance pour la cour et les ministres; qu'au pouvoir de l'intrigue, de l'or, de la force et de la corruption, elle opposât la puissance de la justice, de l'humanité, de la vertu. Qu'au lieu de généraux propres à ramener l'armée aux sentiments du despotisme, disait-il, on lui donne des chefs populaires décidés à mettre en pratique les principes de la constitution, d'accord avec la discipline militaire; qu'à l'exemple de ses représentants, la naticm montre de nouveau cette attitude devant laqudle tremblaient jadis ses oi^resseurs; que les ennemis du dedans, que les conspirateurs e%le despotisme soient domptés, et ensuite marchons à Lé(^ld, marchons à tous les tyrans de la terre. « C'est à cette condition, i poursuivait-il, « que moi-même je demande à grands cris la guerre. Que dis-je? je vais bien plus loin que mes adversaires eux-mêmes ; car si je demande encore la guerre, je la demande, non comme un acte de sagesse, non comme une résolution raisonnable, mais comme la ressource du désespoir ; je la demande à une autre condition, qui sans doute est commune entre nous, car je ne pense pas que les avocats de la guerre aient voulu nous tromper, je la demande telle qu'ils nous la dépeignent; je la demande telle que le génie de la liberté la déclarerait, telle que le peuple français la ferait lui-même, et non telle que de vils intrigants pourraient la désirer, et telle que des ministres et des généraux, même patriotes, pourraient nous la faire.
« Français, hommes du U juillet, qui sûtes C(Hiquérir la liberté sans guide et sans mattre, venez; formons cette armée qui doit affranchir l'univers. Où est-il, le général qui, imperturbable défenseur des droits du peuple, éternel ennemi des tyrans, ne respira jamais l'air empoisonné des cours, dont la vertu austère est attestée par la haine et par la disgrâce de la cour^ ce général dont les mains pures du sang innocent et des dons honteux du despotisme sont dignes de porter devant nous l'étendard sacré de la liberté? Où est-il, ce nouveau CatoUi ce