‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 68 sur 314 · LIVRE VII. — DOMOURIEZ AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — DOMOURIEZ AUX JACOBINS

SOUS lequel nous nous sommes formés, nom qui nous rappelle à jamais le but de notre institution, et qui le rappelle également à nos ennemis; » ensuite le nom seul de Jacobins faisait naître sur-le-champ l'idée de corporation, et même de faction, grâce aux calomnies dont la société ne cessait d*étre honorée par les ennemis de la Révolution ; il avait donc donandé que, malgré sa longueur, ce nom de Société des Amis de la Constitution^ séante aux Jacobins^ fût religieusement conservé. Combattue par Collot-d'Herbois et par Real, sa proposition ne parait pas avoir eu de succès, et le nom de Jacobins prévalut par la suite, comme plus tard reparurent les bonnets rouges, après qu'ils se furent un moment éclipsés sous sa motion, comme on va le voir (1). Un journal populaire appuya néanmoins énergiquement les raisons données par Maximilien, en ayant soin d'énumérer toutes les allusions, tous les rapprochements auxquels le nom de Jacobins pouvait donner lieu de la part des aristocrates. Mais le pli était pris, il le sentait bien. « Les dioses en sont venues au point qu'il n'est peut-être plus possible que les Amis de la Constitution renoncent à ce nom de Jacobins, sous lequel ils sont si connus, et contre lequel Robespierre lui-même a réclamé en vain (2). » Restait à présent, ajoutait le journaliste, à rendre ce nom respectable à force de civisme, de prudence et de lumières.

D'immenses acclamations accueillirent le nouveau ministre des afiaires étrangères, Dumouriez, quand, le 19 mars, il parut à la tribune des Jacobins la tête couverte d'un bonnet rouge , selon l'usage adopté depuis quelques jours par la plupart des membres de la société. C'était là faire appel à une popularité grossière , puisque , à ce que prétend Dumouriez lui-même, ce bonnet était un signe de ralliement arboré par les factieux. Dans ses Mémoires, il est vrai, l'ancien ministre de Louis XVI, cherchant à expliquer comment il avait pu sacrifier un instant à cette mode du jour, a écrit qu'il aurait couru mal à propos les plus grands dangers et compromis inutilement le ministère du roi, s'il ne se fût pas coiffé du bonnet rouge (3). Mais alors ce Dumouriez, si brave sur le champ de bataille, manquait donc complètement de ce courage civil, beaucoup plus rare d'ailleurs que la bravoure militaire, et dont Robespierre allait lui donner un éclatant exemple î La courte^^alloculion qu'avait prononcée Dumouriez, très-chaude, très-

(1) Journal deê débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitvtiùn, vaaéro 150.

(2) RéwlutiMis de Paris, numéro 139, p. 476.

(3) Mévurires de Dumourieg, t. II, p. 147. — Ces Mémoires sont, comme on sait, remplii d'errenn, les unes intentionneUes, les autres involontaires. Dumouriez a été mal *"! par ses souvenirs en plaçant au lendemain de son installation au ministère cette ™*«nwibl« scène aux Jacobins. Voy. p. 146.

patriotique, et par laquelle il promettait en quelque sorte aux Jacobins. d*agir d'après leur seule direction, lui avait pourtant valu de nouveaux applaudissements, et ils avaient redoublé quand, sur Tobservation de CoUot-d'Herbois que la conduite du ministre devait être conforme k ses paroles, il avait levé la main comme s'il eût prêté serment.

Au même instant Robespierre montait les degrés de la tribune. D'une tenue irréprochable, suivant son habitude, et les cheveux soigneusement poudrés alors que tous les patriotes avaient renoncé à Tusage de la poudre, il se disposait à parler, quand un membre de la société, s'apercevant qu'il ne portait point la coiffure de rigueur et croyant peut-être à un oubli de sa part, prit un bonnet rouge et le lui plaça sans façon sur la tête. Incapable de s'abaisser à une basse flagornerie, de se soumettre à un usage qu'il croyait contraire à sa dignité personnelle, Robespierre, sans s'inquiéter de l'effet qu'allait produire son action, jeta à terre le bonnet sacré (1). Puis, au milieu de l'étonnement général, il commença par déclarer qu'il acceptait avec plaisir les présages heureux offerts à la sodété par Dumouriez, n'étant point de ceux qui regardaient comme absolument impossible qu'un minisire fût patriote; mais comme un membre de la sodété avait été accueilli par des huées pour s'être opposé à l'impression du discours du nouveau ministre, Robespierre rappela ses collègues au respect de leurs prindpes, en vertu ' desquels les hochets des puissances ministérielles devaient s'évanouir devant la liberté des opinions. Que^des ministres vinssent au sein de la société demander des conseils, en recevoir et les pratiquer; qu'ils méritassent ainsi l'amour de la nation, c'était bien; à ces conditions, leur présence au milieu de la sodëtépouvait être utile, et, pour sa part, il ne manquerait pas de leur donner des avis avantageux pour eux et pour la chose publique. « D'après cela, » ajoutait-il, «je dédare à M. Dumouriez qu'il ne trouvera aucun ennemi parmi les membres de cette sodété, mais bien des appuis et des défenseurs aussi longtemps que, par des preuves éclatantes de pa- ^ triotisme et surtout par des services réels rendus au peuple et à la patrie, il prouvera, comme il l'a annoncé par des pronostics heureux, qtf il est le frère des bons citoyens et le défenseur zélé du peuple. » Robespierre ne redoutait nullement, du reste, de voir des mi-

(l) Le Journal dei iébati H deU comspondanct de ia Sociêié ne dit mot de oet ^isodé si honorable pour Robespierre ; mais il ne faut pas oublier que ce joamai, tri» imparfaitement rédigé d*ailleurs, était tiès-fayonible aux Girondins, qni «vmiontprfifeié le bonnel rooge. Ce fait, qoe M. Louis Blanc tenait dn docteur SouberbieUs, préMnt àoetteséwioe des Jacobins (ffiifMr« ileto Jteoo/irfion, t. yi,p.299|,a\iûid(^é(éxebit6 daiM la réfutation de VMiHQirê de Frmoe de Tabbé Montg^Uard, par M. Lanzvnt fè». rArdèebe), & qui il avait été raconté par des témoins ocakiiw. ÇÛ'lettn, p.

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