‹ Histoire de RobespierreChapitre 118 sur 283 · LIVRE II. — LES COMMISSAIRES ROYAUX ET LES MUNICIPALITES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LES COMMISSAIRES ROYAUX ET LES MUNICIPALITES

"abeau dans son journal (1). La nomination de ces commissaires, et tout la nature et Tobjet des instructions dont le pouvoir exécutif vait pas manqué de les munir, devaient être, à son avis, infailliment funestes à la patrie et ë la liberté. Quelques murmures s'étant vés des bancs de la droite, il reprit en ces termes : « Je ne me suis int dissimulé que mon opinion sur cet objet éprouverait de la défair ; mais je me suis peu arrêté à cette considération ; j*ai seulement isulté mon patriotisme, et je me suis dit : ceux qui voudront être res auront les mêmes intérêts que moi et s'uniront à moi pour Tinté- ;de tous. Lorsqu'on voit se préparer une grande et belle révolution 'on n'aime pas, on ne néglige rien pour en suspendre la marche, ar en éteindre les effets. Telle sera constamment la conduite de fk qui, de mauvaise foi ou par erreur, tiennent encore à cet odieux ancien ordre de choses que vous avez si justement aboli. » De l'organisation des municipalités dépendaient, on peut le dire, le xnphe des principes proclamés par l'Assemblée nationale et la solié de son ouvrage. Si l'on parvenait à y introduire des hommes 'oits et perGdes, des adversaires déclarés des institutions nouvelles, n était fait de la constitution. Il était donc nécessaire d'empêàher • tous les moyens possibles le pouvoir exécutif de peser sur les élec- DS. Ici l'orateur, appelant l'attention de l'Assemblée sur quelques-uns s commissaires choisis par les ministres, et dont les noms « ne reniaient rien moins que des idées de patriotisme », dépeignait vivent les dangers de l'influence de ces agents sur les élections, et engeait ses collègues à ne pas regarder comme des chimères les dénonitions dont on les entretenait. Et, poursuivait-il, quels sont les aunes à qui vous avez confié le choix des commissaires ? « Des mistres qui ne vous ont jamais adressé de lettres et de mémoires qui ne ïsent insultants pour le peuple... » Les murmures ayant redoublé : Oui, » continuait-il impassible, a je ne sais ce qui doit m'étonner le 33, ou de l'audace continuelle des ministres ou de votre longue paace à la souffrir. » Alors, élevant la voix pour dominer quelques « qui demandaient son rappel à l'ordre, il prouva combien était illuire le remède proposé par son collègue Le Chapelier, lequel consistà assigner pour terme au pouvoir des commissaires la clôture du rnier procès-verbal de Télection des assemblées de district et de dértement, puisque le péril était précisément dans l'influence pemi- 5use de ces commissaires sur les élections. En conséquence il réclaiit de l'Assemblée, comme unique moyen de conjurer le danger, la

(1) Courrier df Provence, numéro 124, t. VIT, p. 203.

révocation, par un décret formel, des pouvoirs conférés parle gouvernement à ses commissaires (1).

Son système ne prévalut pas. Cependant l'Assemblée, comme assaillie par un remords, et dans Tespoir d'enchaîner la conscience des commissaires royaux, les astreignit à prêter, avant de commencer leurs fonctions, le serment civique entre les mains des officiers municipaux du lieu où se tiendraient les assemblées de département. C'était, il faut l'avouer, une précaution bien peu efficace. Nous qui, par expérience, savons le rôle que jouent dans les élections les agents du pouvoir exécutif, le zèle et l'activité qu'ils y déploient, le poids énorme dont, par la force des choses, ils pèsent sur les masses électorales, dans les campagnes surtout, nous comprenons les appréhensions manifestées par Robespierre, et nous ne saurions trop admirer sa prévoyance et sa perspicacité. Ce qu'il demandait, en définitive, c'est ce que demandent et ne cesseront de demander tous les hommes sincèrement libéraux, la neutralité du gouvernement, quel qull soit, dansce& questions électorales où le peuple, appelé à décider du choix de représentants, doit avoir sa seule conscience pour guide.

Tandis qu'au sein de l'Assemblée nationale certains membres du cfl^^^ droit se déchaînaient contre Robespierre presque chaque fois qiVB-'i/ paraissait à la tribune, au dehors les ultra-royalistes donnaient lil^»- ^^ cours à leur rage et à leur fiel contre lui dans des pamphlets et dL ^es journaux d'un cynisme auprès duquel il est permis de trouver pâK ^s les colères du Père Duchesne, et, comme des bêtes venimeuses, y r* pandaient leur bave à plaisir. Tout ce que la calomnie peut imagi» de plus vil, de plus odieux, de plus inepte, de plus trivial s'étal-;^^^ dans ces sortes de productions, pour la plus grande joie de quelqim^^ aristocrates, se pâmant d'aise à la lecture de ces diatribes et s*ima| nant qu'on allait tuer par le ridicule des hommes investis de la CO" fiance du peuple, et qui portaient en eux les destinées de la RévoL tion.

(1) Voy. le Moniteur du 30 mars 1790 ; le Courrier de Provence, ubi supT&. Ce discoi publié en entier par le journal le Hérault national ^ a été imprimé à part; Ditoours l'organisation des municipalités. Paris, 1790, in-B".

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