‹ Histoire de RobespierreChapitre 127 sur 283 · LIVRE III. POLEMIQUE CONTRE BEAUMETZ · texte numérisé non relu

LIVRE III. POLEMIQUE CONTRE BEAUMETZ

propriétaires, c'est-à-dire des seigneurs et du clergé (1). tnce levée, Beaumetz aborda Robespierre dans la salle même emblée, en présence de plusieurs députés, lui parla très- ; de l'objet de leur discussion, et, plus irrité encore par le d, Findifférence avec lesquels lui répondait son collègue, pba dans les termes les plus grossiers. « Vous trahissez les le votre pays, » se contenta de répliquer Robespierre, et il I le dos. L'irritation de Beaumetz ne connut plus de bornes ; liez lui, il écrivit à son père une inconcevable diatribe contre gne en lui recommandant de la faire circuler partout (2). ileure manière de ternir la réputation d'un homme, c'est de se ses propres actes et de ses propres discours, d'en dénaturer de les présenter sous un faux jour, de falsifier au besoin ses Jt ses écrits et d'employer à sa perte tout ce qui, au contraire, onorer sa mémoire et lui attirer le respect. Voilà cependant t l'ignoble manœuvre à laquelle ne craignit pas de s'abaisser bre de l'Assemblée nationale, donnant ainsi l'exemple aux «•iens, dont les fraudes, si complaisamment acceptées par rivains qui ne se sont pas livrés au pénible travail de critique îstigations couronnées de succès auquel nous nous sommes ent assujettis, ont eu de si déplorables résultats, de sensible chez la plupart des hommes est et sera éternelle- Je de l'intérêt. Accusez le plus grand citoyen d'être l'auteur oposition tendant à l'augmentation des impôts, et vous êtes neuter contre lui la masse des contribuables avant qu'ils se la peine d'examiner si l'accusation est fondée. Robespierre, de Beaumetz, jouit dans notre pays d'une popularité immense; jardé comme l'ancre de salut de la Révolution ; si je parviens trer qu'au lieu d'être l'assidu défenseur du peuple, il cherche lire à le grever d'impôts, je détruirai d'un coup la prodigieuse tachée à son nom; j'élèverai ma gloire sur la sienne éclipsée, i satisfait ma vengeance.

XMnment il s'y prit. Deux fois dans l'Assemblée nationale rre avait parlé des impositions auxquelles était soumise la d'Artois en demandant la réformation de ce décret du marc qui faisait dépendre la qualité de citoyen actif du payement rtaine quantité de contributions directes. Or, cette sorte n'étant guère en usage dans sa province, il s'ensuivait que le

•e à M. de Beaumetz, p. 11. Le Moniteur ne dit pas un mot du discours de

ametz.

corps électoral y eût été complètement illusoire, et composé presque uniquement d*anciens privilégiés. Et, sur son insistance, l'Assemblée avait fini par suspendre, jusqu'à nouvel ordre, Texécution du décret du marc d'argent dans TArtois et dans les quelques provinces qui, tout en payant peu d'impôts directs, étaient soumises à d'énormes contributions indirectes. M. de Beaumetz imagina d'écrire que, par deux fois, Robespierre s'était plaint à la tribune de l'Assemblée nationale que la province d'Artois ne supportait presque pas d'impositions directes, mais que lui, Beaumetz, avait aussitôt combattu et réfuté cette assertion. Cela assaisonné de ces misérables calomnies répandues par les libelles aristocratiques contre les députés dévoués à la cause populaire.

Comme l'avait expressément recommandé Beaumetz à son père, sa lettre fut immédiatement colportée partout. On la lisait au palais, avant l'audience, dans les salons, dans les endroits publics. L'avocat général au conseil d'Artois, un ancien ami de Robespierre, M. de Ruzé, se chargea de la répandre; il en donna lui-même lecture à qui voulut l'entendre (1). On fît mieux. 11 était difficile de livrer à l'impression la lettre même du fils à son père, on en publia la substance sous ce titre: Adresse d*un Artésien à ses compatriotes^ en surenchérissant sur les calomnies du principal auteur, et l'on distribua à profusion dans les campagnes ce libelle anonyme. A Beaumetz, où se tenait l'Assemblée électorale du canton, un curé en offrait de sa propre main des exemplaires en public, et y joignait verbalement les plus grossières déclamations. La calomnie va vite en France. Cela semble si bon à certaines gens de prendre en défaut un homme environné de l'estime et de Taffection publiques. Les uns crurent, les autres affectèrent d'ajouter foi aux assertions calomnieuses de Beaumetz, qui put croire son but complètement atteint. Il y eut en effet, au premier moment, un déchaînement général en Artois contre Robespierre.

Une lettre de son frère lui apprit les clameurs soulevées contre loi. ft J'ai fait tout ce que j'ai pu, mon cher frère, i» lui écrivait Augustin» « pour me procurer la lettre monstrueuse de l'infâme Beaumetz; mes efforts ont été inutiles. L'original de cette œuvre infernale court toutes les sociétés... » Puis, avec cette tendresse ardente dont il lui donna te preuve en mourant volontairement de sa mort, il terminait par ces lignes mélancoliques : c Je tremble lorsque je réfléchis aux dangers qui t'environnent. Donne-nous de tes nouvelles; rends compte àu public de ta motion et de la scène scandaleuse que tu as essuyée de 1^

(1) Lettre A M. de Beaumetz^ p. 3.

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