‹ Histoire de RobespierreChapitre 130 sur 283 · LIVRE III. ADHESSE AU PEUPLE ARTESIEN · texte numérisé non relu

LIVRE III. ADHESSE AU PEUPLE ARTESIEN

L'Assemblée constituante et lui étaient l'objet de leurs récriminations constantes. De concert avec ses collègues de l'Artois, il publia vers cette époque une longue adresse au peuple artésien pour expliquer la conduite de cette Assemblée nationale qui, dit-il, avait fait pour le peuple plus qu'il n'avait osé demander et l'avait débarrassé en quelqueç mois d'une oppression tant de fois séculaire. Les éternels ennemis de la liberté, espérant brouiller les idées du peuple et donner le change à l'opinion publique, avaient beau baptiser la servitude du nom de sagesse et de respect pour les lois, la défense nécessaire contre l'oppression du nom de révolte, les bons citoyens ne se laisseraient pas prendre à ces appréciations mensongères; ils se tiendraient en garde contre tous les pièges de l'aristocratie, et surtout ne se diviseraient pas pour des intérêts locaux ou particuliers; c'était du jnoins son espoir le plus cher. Quant à eux, représentants du peuple, ^aos ce combat à mort entre le despotisme et la liberté, ils vivaient, inflexibles et sans crainte, entre les deux alternatives, également gloieuses, ou de partager le triomphe de la patrie ou de périr en comttant pour elle (1). Puis, afin de déjouer les manœuvres déloyales irigées, contre lui en particulier, par les partisans de l'aristocratie, jeune député adressa un Avis public, en son nom propre alors, non cette multitude de gens « faits pour haïr et pour calomnier éternelleent tous les amis de l'humanité et tous les défenseurs du peuple, » ais aux bons citoyens que la nécessité l'obligeait à entretenir un ornent de sa personne, après leur avoir si souvent parlé de leurs téréts et de leurs droits.

On lui a reproché plus d'une fois, avec une étrange amertume, le soin qu'il prenait de sa réputation ; mais les écrivains de toutes les nuances et de tous les partis qui lui ont intenté ce reproche n'ont pas dît quelle lutte effroyable il avait eu, dès l'origine, à soutenir contre la calomnie. Cela témoigne bien de sa force et de sa puissance morales, car l'envie s'attgque de préférence aux natures d'élite; mais comment s'étonner de le voir avec un soin jaloux sauvegarder sa réputation, son ïttûque fortune? Aux injures, aux libelles, aux sarcasmes lancés contre luipar quelques gazetiers du jour aux gages de l'aristocratie, il répond pv le mépris, par un dédain suprême ; mais quand ses actes publics sont publiquement dénaturés, il se doit à lui-même de protester et d'opposer à de traîtresses insinuations, à d'odieux mensonges, l'arme éUflcelante de la vérité. Pauvre grand homme ! prédestiné aux attaques non-seulement de tous les royalistes, mais de ceux-là même

(]} Adreuê au peuple artésien par ses représentants (in-S* de 34 p., Paris, 1790). T. I 17

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à qui leur amour pour la Rérolution aurait dû faire une loi d*étre les vengeurs de sa mémoire, on lui impute k crime d'avoir usé du droit le plus sacré» celui de la libre et loyale défense ! Ah ! cette destinée mauvaise, comme il semble la pressentir dès le commencement de sa carrière politique, et comme il s'y résout avec la sérénité d'une pure conscience! « Nous saurons toujours, » dit-il en terminant son Avis* au peuple artésien, «^ défendre la justice et l'humanité aux dépens de notre repos, de notre vie et, s'il le faut, de notre réputation même. » Et pourtant combien il était facile de réduire à néant l'amas d'odieuses calomnies sous le poids desquelles, aux yeux de tant de monde, on est parvenu à ternir cette réputation qui devrait rayonner d'un tel éclat !

a II est un moment, » écrivait-il encore dans cet Avis, t où les représentants de la nation doivent regarder comme un devoir indispensable le soin de défendre leur honneur offensé par la calomnie qu'ils méprisent, c'est celui où, arrivée au dernier accès de la rage et de la perfidie, elle lie ses attentats au fatal complot d'anéantir la liberté naissante, en s'efforçant d'irriter le peuple trompé contre ses propres défenseurs et contre l'autorité tutélaire de l'Assemblée nationale. > Car, il n'y avait pas à se le dissimuler, ce .qu'on poursuivait dans les hommes désignés aux coups des calomniateurs par leur notoriété, leurs talents, l'influence dont ils joussaient, c'était la liberté conquise et la constitution elle-même. Après avoir cité plusieurs lettres, les unes anonymes, les autres signées d'un nom d'emprunt, dans le gen de celles dont l'ignoble rapport de Courtois offre plus d'un échantillon lettres d'injures grossières, conjme en reçoivent tous les hommes dévoués à la cause des faibles, et dont ils s'honorent loin d'en être coa

tristes, Robespierre se plaignait de voir le peuple se laisser abuse^zr par les plus méprisables inventions de la haine. Et telle avait été I^sa sinistre puissance de la calomnie qu'un de ses concitoyens lui avam'K écrit que, s'il fût revenu en ce moment à Arras, ses jours n'y auraierft't peut-tHre pas été en sûreté.

Rappelant alors avec quel dévouement il s'était exposé dans sovi pays à toutes les vengeances de l'aristocratie en défendant les intéfèc^ du peuple, il avouait avoir frémi pour ce peuple c qui semble être 1* dupe éternelle de ses tyrans » et qui, séduit par de perfides manoBU-* vres, sait si peu distinguer ses amis véritables de ses ennemis. 11 éiai^ bien facile cependant d'éviter toute confusion. Quels avaient éi^« quant à lui, son caractère et sa conduite bien avant Tépoque ci l'on était loin de prévoir la Révolution? Avait-il été au-devant* la fortune ou s'était-ii dévoie à l'ionocence opprimée? Avait-il i^

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