LIVRE III. LE ROI PREMIER COMMIS DE LA NATION
irini les premiers, Malouet insista sur la nécessité d'abandonner au i le droit de décider la paix ou la guerre. Pétion, parmi les seconds, fit principalement remarquer ; et dès lors commença à rejaillir sur i un peu de la popularité dont jouissait Robespierre. Il eut d'admiblés mouvements et une entraînante éloquence. Lui aussi manifesta voeu de voir la France, maîtresse elle-même de retenir ou de lancer foudre, renoncer à toute ambition militaire, à tout esprit de conidte, et considérer ses limites actuelles comme posées par les destiles étemelles. Déléguer au roi le droit de paix ou de guerre, s'écriait labroud, ce serait mettre la constitution à ses pieds en lui disant : Que votre volonté soit faite. »
Deux membres de la droite, de Praslin et du Châtelet, combattirent t leur mieux les arguments des adversaires de la prérogative royale. irès eux (17 mai) Robespierre monta de nouveau à la tribune ; il en- ■prit de résumer le débat et de réduire la question à ses termes les simples. Dans Topinion des préopinants, disait-il, le roi étant le représentant de la nation, autant valait lui déléguer à lui seul ûtoii de déclarer la guerre. Mais, faisait observer Robespierre, il Il impossible de prétendre que le roi est le représentant de la nation, i eo est le commis et le délégué pour exécuter les volontés nationales. A ces mots une formidable tempête s'éleva, et nombre de voix, parties du côté droit, demandèrent à grands cris le rappel à Tordre de .'orateur. Robespierre alors se plaignit d'avoir été mal compris : il ne pouvait entrer dans son esprit de manquer de respect à la majesté *oyale, laquelle n'était autre à ses yeux que la majesté nationale (1). ■ Si mes expressions ont affligé quelqu'un, dit-il, je dois les rétracter : lar commis je n'ai voulu entendre que l'emploi suprême, que la charge sublime d'exécuter la volonté générale; j'ai dit qu'on ne rc- Présente la nation que quand on est spécialement chargé par elle d'ex- Himesc sa volonté. Toute autre puissance, quelque auguste qu'elle soit,
(1) A propos de cet incident, le Moniteur du 29 mai suivant contenait une lettre qui Katla peine d'être reproduite ici. « Je viens de lire. Monsieur, dans le numéro 139 ^MtmUêur, que M. de Robespierre ayant dit, dans la séance du lundi 17, que le roi Ktlecommû de la nation, MAL d^£stourmel, de Murinais, etc., demandèrent qull ^1 rappelé à Tordre. — J'avois vu dans le numéro 139 que^ la veille même, M. de ^ontlosier s^étant le premier servi de cette expresion, et ayant dit expressément à ^i^aemblée : Li roi ut le commis de la fiaa'eii, et non h vôtre, ces Messieurs n^avment •• donné le moindre signe d'improbation. — Expliquez- moi, je vous prie, Monsieur, !>«irqttoi les membres de rAsserablée,^qui ont trouvé cette expression si répréhensible *tii la bonehe de M. Robespierre, Ta voient trouvée fort bonne, la veille, dans la bouche ^ M. de Montloftier? Un mot est-il bon on mauvais, suivant q«*â est prononcé à ^Mte oa à gauche? 11 est nécessaire, ce me semble, pour ToBage de la langue, de ^"voirà quoi s*en tenir à cet égard. — Un Abonné. » Il n^était pas possible de faire ^'cc plus d^esprit et de raison la critique des braillards du côté drait.
252 HISTOIRE DE ROHESPIERRE
n'a pas le caractère de représentant du peuple. Je dis donc que la nation doit confier à ses représentants le droit de la guerre ou de la paix. A toutes ces réflexions j'ajoute qu'il faut déléguer ce pouvoir à qui a le moins d'intérêt à en abuser. Le Corps législatif n'en peut abuser jamais, mais c'est le roi armé d'une puissante dictature qui peut le rendre formidable, qui peut attenter h la liberté, à la constitution. » Impossible de nier, suivant lui, que le roi n'eût plus d'intérêt à déclarer la guerre que les véritables représentants de la nation, qui, citoyens eux-mêmes, allaient rentrer dans la classe des citoyens que la guerre atteint tous indistinctement Et là où le premier pouvait espérer un surcroît de puissance, les autres redoutaient de graves périls pour la liberté et la constitution, qui ne sont jamais h l'abri des coups de main d'un pouvoir trop bien armé. S'associant donc au projet de Pétion, par lequel il n'était permis au pouvoir exécutif de déclarer 1 guerre que du consentement de l'Assemblée législative, il essayait dedémontrer combien futiles étaient la plupart du temps les motifs d gouvernements de se livrer à des entreprises offensives contre d'autr nations. Ainsi, dans l'espèce, qu'invoquait-on pour prendre les en faveur de l'Espagne? un pacte de famille; comme si c'était u
pacte national ; < comme si les querelles des rois pouvaient être celles des peuples. » Il fallait en conséquence prendre le sage parti d( laisser au Corps législatif lui-même le droit de décider la paix ou guerre, si, pour l'avenir, on voulait préserver le pays des plus grand-s dangers (1).
Après lui, Fréteau, dans la séance du lendemain, soutint les mêmes principes. Ce jour-là Mirabeau prit la parole. Les députa patriotes savaient d'avance quelles devaient être ses conclusions, et que, gagné par la cour, encouragé par La Fayette (2), il tenterait de faire invertir le roi du droit absolu de décider la paix ou la guerre. Aussi ne fot*fl pas écouté avec l'attention religieuse et la sympathie qu'on avait oootume de lui accorder; et si quelques applaudissements du côté droit accueillirent ses paroles, les improbations de ses amis lui apprirent combien déjà il avait perdu de la faveur populaire. Dans un discours d'une immense étendue, il s'attacha à prouver que c'était au roi à déclarer la guerre, aux représentants de la nation à la sancUonner oo |^î<i^ a la désapprouver. Il était bien temps, quand le mal était fait!
(1) Moniteur du 19 mars 1790. Ce discours de Robespierre est également troiMIfl^* Le Courrier de Provence se contente de dire que Topinion et les argnments de Robci' pierre rentrent dans ceux de M. Petion de Villeneuve, numéro 145, t. VIII, p. 25**" Le Point du jour n^est pas plus explicite.
(2) Mémoires de Ferrières^ t. Il, liv. VI, p. 19.