‹ Histoire de RobespierreChapitre 135 sur 283 · LIVRE III. LETTRE A CAMILLE DESMOULINS · texte numérisé non relu

LIVRE III. LETTRE A CAMILLE DESMOULINS

Cet article, édiappé à Tétourderie de Camille, avait le tort grave de )ser Robespierre comme s*insurgeant contre un décret de l'Assemblée nstimante, pour laquelle il professa toujours un respect absolu pen- Bt toute la durée de sa session. Homme de droit avant tout, il n*en- Bdak. point transporter sur la place publique les orages dont cette asmMëe était quekjfuefois le théâtre; et ce qu'il croyait pouvoir dire au îa de la représentation nationale, parlant à ses collègues, ou au club s Jacobins, il ne se serait pas cru permis de le prononcer dans la e, ou dans un jardin public, en présence delà foule. Fort mécontent la plaisanterie de l'auteur des Révolutions de France et de Brani^ il prit la plume, et lui adressa une lettre assez sèche : « Je dois, insieur, relever l'erreur où vous avez été induit, » écrit-il après oir cité le passage qui le concernait. « Tai dit à l'Assemblée nationale >n opinion sur les principes et sur les conséquences du décret qui gle l'exercice du droit de paix et de guerre ; mais je me suis borné , Je n'ai point tenu dans le jardin des Tuileries le propos que vous ke^ Je n*ai pas même parlé à la foule des citoyens qui se sont assemés sur mon passage au moment où je le traversois. Je crois devoir SsaTOuer ce fait : !• parce qu'il n'est pas vrai; 2* parce que, quelque iposé que je sois à déployer toujours dans TAssemblée nationale le Hractère de franchise qui doit distinguer les représentants de la itioa, je n'ignore pas qu'ailleurs il est une certaine réserve qui leur nmnt. J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien rendre ma déclailiMi publique par la voie de votre journal, d'autant plus que votre èe magnanime pour la cause de la liberté vous fera une loi de ne pas ieter aux mauvais citoyens le plus léger prétexte de calomnier âocrgie des défenseurs du peuple. »

Cette lettre peint à merveille ce soin de sa dignité péronnelle dont lobespterre se montra toujours excessivement jaloux. Jamais il ne la Krifia à une vaine popularité, et, pour la sauvegarder, il s'exposera liDs les circonstances les plus difficiles aux ressentiments des révoluiouudres exaltés. Quant à Camille, il s'empressa d*insérer la lettre h son cher camarade de collège, mais non sans se pèaindre de son ton un peu solennel, et sans maugréer un peu contre la leçon (1). Son admiration et son amitié pour Robespierre n'en parurent, du reste, iMrées en rien. Quelques écrivains ont prétendu que Camille avait M le constant adulateur de Robe^»erre; mettons admirateur au lieu '«Wtfletcr, et nous serons dans le vrai. Dans tous les cas, son adula-

Il) Voj. dans le numéiQ 30 de aoa journal (p. 300) les réflexions que lui suggère la

tion aurait été bien désintéressée ; car, au moment où nous sommes, l'ancien condisciple de Desmoulins n'était investi d'aucun pouvoir, et c'est en général aux puissants que s'adressent les adulations. Cet aduU était même désigné d'avance aux vengeances de la cour, dont beaucoup de gens alors espéraient encore et présageaient le triomphe. Si l'auteur du Vieux Cordelicr ne varia jamais d'opinion sur Robespierre, c'est que celui-ci, sous la royauté constitutionnelle comme sous la République, demeura immuable dans ses principes.

Les discussions de l'Assemblée constituante, on Ta vu, étaient souvent interrompues par des propositions incidentes dont il était urgent de s'occuper tout de suite, par des nouvelles alarmantes venues des provinces, par des récits d'événements fâcheux auxquels il était indispensable d'apporter un prompt remède. Ainsi le 19 mai, au milieu des débats relatifs à l'exercice du droit de paix et de guerre, on apprit que de graves troubles avaient éclaté à Montauban et que plusieurs gardes nationaux, défenseurs des décrets de l'Assemblée, avaient succombé dans cette ville sous les coups du fanatisme. Quatre ou cinq cents femmes, les uneâ armées d'épées, les autres ayant un pistolet à la ceinture, avaient envahi un couvent de la ville pour s'opposer à ce que les officiers municipaux dressassent, conformément à la loi, l'inventaire des titres des moines, tandis que des enragés parcouraient la ville, demandant des fusils afin de tirer sur les protestants. Dans régUse des Cordeliers, un homme était monté en chaire pour exciter le peuple au massacre des dragons qui, animés d'un sincère patriotisme, essayaient d'apaiser le désordre; après quoi, ayant arraché de son chapeau la cocarde nationale, il l'avait déchirée et foulée aux pieds. %

Telles étaient les fureurs des partisans de l'ancien régime, que la Révolution, clémente d'abord, devait plus tard, pressée par la nécessité, réprimer par d'horribles moyens. Tout le Midi semblait s'embraser des lueurs sanglantes du seizième siècle. Car ce n'était pas à Montauban seulement que des réactionnaires en délire s'acharnaient à pousser aux armes des populations superstitieuses, en leur montrant la religion menacée. Une motion de dom Gerle, à ce que laissa entendre

Page 1