LIVRE m. MIRABEAU VAINCU
la raison et Téloquence (1). En revanche, ni tant d'efforts tentés pour le triomphe de la cause populaire, ni tant de gages de patriotisme déjà donnés, ni les incessantes calomnies dont le poursuivaient les partisans de la cour, ne le mirent à Tabri des plus injustes et des plus violentes attaques. Camille Desmoulins, lui, comprit bien le sentiment auquel avait obéi son ancien condisciple en combattant la motion dirigée contre le prince de Condé. « Comme il est toujours à Tavantgarde des patriotes, » écrivit-il, « croyant reconnaître une manœuvre savante du général Mirabeau, il fut le premier à crier : « Ce sont les ennemis, à moi Auvergne 1 » Cependant il ne peut s'empêcher de lui reprocher d'avoir, par Tinfluence de sa parole, épargné un décret sévère à l'un des plus irréconciliables ennemis de la Révolution. Malgré tout, s'écrie-t-il, « Robespierre sera toujours pour moi, en fait de principes, primus anU omnes (2). » Mais combien fut amer le. langage de certains écrivains. Dans une brochure anonyme dirigée contre Robespierre et Charles de Lameth, on traite le premier en véritable suppôt du parti aristocratique : « Vous qui n'avez pas voulu que votre pairie fût préservée, rassurée... tremblez (3). » Ailleurs, c'est censément l'abbé Maury qui lui écrit pour le féliciter d'avoir embrassé la bonne cause, de s'être porté le défenseur, non-seulement du prince de Condé, mais encore de tous les ministres, et qui le considère déjà comme un des plus spirituels orateurs de l'aristocratie (i). Tristes libelles oJi semble complètement effacé le souvenir des services rendus, et qui prouvent à quel point sont défiants, soupçonneux et jaloux les partis. Mais un flambeau l'éclairait, plus sûr que toutes les incitations et les injures, c'était sa conscience; guidé par elle, il s'avançait calme, inébranlable et serein, sans se laisser décourager par les menaces des uns ou les calomnies des autres. Les occasions n'allaient pas manquer pour lui, d'ailleurs, de donner la mesure de son patriotisme et de son <lévouement aux intérêts démocratiques. L'homme qui sert la cause de la liberté, et s'y dévoue tout entier dans les vues les plus désintéressées, doit s'attendre à voir ses meilleures intentions travesties. La d^alomnie, l'outrage, l'exil, la ciguë, la croix ou l'échafaud seront X^ut-étre son partage; trop heureux si la justice tardive de la postérité s'éveille enfin, et tresse pour sa mémoire ces couronnes civiques x^efusées à son tombeau par ses contemporains.
(1) VÀmi du foi, numéro 60.
(2) Rêrolutiong de France et de Brabanty numéro 36, p. 582 et suiv.
(3) Le Prince de Condé généreusement protégé pur MM. de Lameth et Robespierre ^ in-8», ^i.« 8 p., 1790.
(4) Lettre de M. l'abbé Maury à M. de Robespierre^ défenseur du prince de Condé et des inistresj in-8«, 4 p., derimprimerie de Charapiguy.
UYBE QUATRIÈME