LIVRE Ilf. UNE LETTRE I« SAINT-JUST
Toutes ses paroles n'étaient-elles pas comme un lointain écho e éternel qui proclame les hommes égaux et qui, réagissant l'absurde privilège de la naissance, choisit de préférence pour ( de Dieu ceux que le monde dédaigne et repousse? Quand TAs- B nationale s'éloignait des principes du divin livre, n'était-ce qui toujours essayait de la ramener dans les voies de la justice 'équité? Aussi le peuple, par qui s'accomplissent toutes les } choses, ne se trompait pas sur son compte, il se sentait t respirer en lui dans ses meilleures aspirations. )ur, vers le milieu du mois d'août, Robespierre reçut une lettre criture inconnue, il l'ouvrit et lut : « Vous qui soutenez la paancelante contre le torrent du despotisme et de l'intrigue, vous ne connais que comme Dieu, par des merveilles, je m'adresse à [onsieur, pour vous prier de vous réunir à moi pour sauver mon xiys... » Cette lettre était d'un jeune homme dont tout rént le nom avait retenti dans l'enceinte de l'Assemblée natiopropos de la protestation séditieuse des membres de la droite le décret relatif à la religion catholique. Saint-Just (car c'était ait Robespierre d'appuyer de tout son talent une adresse dans 3 il demandait l'annexion de son héritage aux domaines de son à la condition qu'on maintiendrait les marchés francs du bourg ancourt qu'on avait l'intention de transférer à la ville de Coucy. vous connais pas, » disait-il en terminant, » mais vous êtes un lomme. Vous n'êtes point seulement le député d'une province, es celui de l'HUMANirÉ et de la répubuque. » Cette lettre porte du 10 août 1790 (1). On voit quelle était déjà à cette époque nse popularité de Robespierre. Dès ce jour, entre Saint-Just et véritable fraternité s'établit. C'était la rencontre de deux âmes lées d'un même feu patriotique.
yeux du plat rédacteur du rapport de Courtois, les accents es du cœur de Saint-Just ne sont que des flagorneries niaises (2). es froids rhéteurs de Thermidor, qui devaient noyer la Répudans le sang et dans la boue, l'enthousiasme d'un jeune cœur t être une niaiserie ; mais cet enthousiasme, inspiré par le plus désintéressement, le peuple tout entier le partagera. Et quant à âerre, ce qui le toucha profondément dans cette lettre, ce ne Ait naïve et ^cère admiration qu'on y professait pour lui, mais bien
}j, notre Histoire de Saint-Just, t. I, p. 84; édition Melîne et Cans. Uoriginal lettre est aiix Archives, F. 7, 4436.
pport de Courtois, p. 12.
l'ardeur d'un dévouement à la patrie, qui, comme le sien, ne devait pas avoir de bornes. Il sentit en ce jeune homme un frère d'adoption; et celte liaison, née d'un cri de reconnaissance, durera pure, jamais troublée, jusqu'au jour où, pour la même cause et les mêmes principes, ils tomberont tous deux sous le même couteau.
En ce temps-là se discutait la belle institution des bureaux de paix et des tribunaux de famille. Diminuer le plus possible le nombre des procès; forcer les parties à essayer des voies conciliatrices avant de s'engager dans des luttes où s'évanouissent trop souvent le repos et la fortune des familles; fournir aux pauvres dans leurs différends les moyens de s'éclairer et leur donner des défenseurs officieux et gratuits; étouffer sans éclat les contestations de deux époux ou de deux parents entre eux, et leur éviter de se ruiner après avoir été un objet de scandale pour la société; prévenir aussi les écarts des jeunes gens en les^ soumettant à une autorité paternelle : tel était le noble but poursuivL par l'Assemblée constituante. L'art. 11 du décret proposé interdisait à^ toute femme de se pourvoir en justice contre son mari, à tout mari contre sa femme, à tout fils ou petit-fils contre ses parents, au frèr^ contre son frère, au neveu contre son oncle, au pupille contre soi», tuteur, avant d'avoir exposé leurs griefs devant un tribunal arbitral d^ parents, lequel, connaissance prise des faits, devait rendre une dédsiocm motivée. Cet article souleva de la part de Robespierre des objections» sérieuses; il demanda la question préalable, parce que, à son sens. Il était impraticable et contraire aux principes. C'était mettre en dehors du droit commun toute une catégorie de personnes. La femme plaidant contre son mari, le frère contre le frère, ne devaient-ils pas être jugés avec les mêmes garanties d'impartialité dont jouissaient les autres citoyens? Or, cette impartialité, la trouverait-on dans un tribunal uniquement composé de parents? et n'y avait-il pas à redouteY qu'il ne rendît des décisions, non d'après les strictes règles de la justice, «mais suivant l'affection des juges pour les parties? Ces considérations, quelque fortes qu'elles fussent, n'empêchèrent pas l'Assemblée d'adopieJ* l'article proposé (1). Mais ce décret n'était pas destiné à avoir une
(1) Voy. le Moniteur du 6 août 1790.