LIVRE IV. LE COSTUME ECCLESLVSTIQUE 3n
Au reste il voulait être juste envers les prêtres, voilà tout, et, comme le disait très-bien Y Ami du Roi^ il ne pouvaitétre accusé de partialité en leur faveur. Il Tavait prouvé en prenant part, vers le même temps, au débat assez orageux auquel avait donné lieu le costume ecclésiastique. Treilhard, au nom du comité, avait demandé Tabolition des costumes particuliers de tous les ordres. Dans la séance du 14 septembre, Beauharnais, le jeune, proposa une modiflcation profonde à cet article et revendiqua pour tous les prêtres le droit de porter, hors de leurs fonctions, le costume qu'ils jugeraient à propos de prendre. Mais les ecclésiastiques membres de l'Assemblée repoussaient la nouvelle rédaction comme tendant également à détruire le costume du prêtre. Robespierre, quoique en principe ennemi du costume, appuya la motion de Beauharnais. Sa répugnance pour celte espèce d'uniforme dont étaient sans cesse revêtus les ecclésiastiques ne venait pas d'un motif injurieux pour eux ; il tint à le constater formellement. Heureux d'avoir vu la redoutable corporation dii clergé anéantie par la volonté nationale, il considérait désormais les prêtres comme des citoyens ayant des droits égaux à ceux des autres citoyens ; mais, ajoutait- t-il, « il serait injuste et inconséquent de ne les regarder que comme une classe suspecte et en quelque sorte proscrite. »• S'il est partisan de l'abolition du costume, c'est parce que son usage favorise trop l'esprit de corps, de morgue et de despotisme. Les ministres du culte étant, à ses yeux, de véritables fonctionnaires publics, Us devaient, comme les autres fonctionnaires, comme le juge, l'administrateur, le législateur lui-même, s'abstenir de tout costume dislinctif en dehors de leurs fonctions. Toutefois, il pensait que, pour ne pas heurter une habitude invétérée et des préjugés religieux, il n'y avait pas à faire, actuellement du moins, de la défense de porter le costume '^ne loi stricte et impérieuse; il fallait, à son sens, laisser les ecclésiastiques libres d'agir à cet égard comme ils l'entendraient et décréter ^ulement qu'en dehors des pratiques de leur mimstère ils ne seraient ^^treints à revêtir aucun costume particulier.
Aucun historien, jusqu'à ce jour, n'a révélé ces mille détails où se
décèle le caractère intime du personnage, et qui prouvent avec quel
s^în ce révolutionnaire, le plus radical qui se soit produit depuis Jésus,
J^énageait des préjugés antiques, quand ils n'étaient contraires ni au
^^oit, nia l'équité, ni à la justice éternelle. Ils expliquent en même
^ïtîps sa prodigieuse influence morale dans toutes les classes de la
^^ciété, influence dont il est impossible de se rendre parfaitement
^^tupie si l'on s'en tient aux histoires générales, surtout après les stu-
Pides anathèmes dont sa mémoire a été chargée.
Après de tumultueux et interminables débats, l'Assemblée, rayant de l'article le mot ecclésiastique, décréta, au milieu des applaudissements des tribunes, l'abolition immédiate 'des costumes particuliers de tous les ordres, laissant d'ailleurs cbaque religieux libre de se vêtir à sa guise (1).
Quelques jours plus tard (le 23 septembre), Robespierre essayaiten vain de s'opposer à l'adoption d'un décret qui blâmait sévèrement le maire et les ofQciers municipaux de la ville de Boissons pour n'avoir point tenu la main à l'exécution des décrets concernant la libre circulatioa des grains. On sait combien cette question des subsistances contriba^ à jeter d'inquiétude et de terreur dans le sein des populations. Le fantôme de la faim, apparaissant sinistre aux regards effarés des masses, les plongeait dans une sorte d'égarement qui leur ôtait la conscienc^iV des actes déplorables auxquels elles se laissaient trop souvent e traîner.
La ville de Metz avait fait acheter pour nourrir ses habitants quantité considérable de grains à Soissons. Un premier envoi s' effectué sans opposition et sans troubles; mais un second envoi, co posé d'une vingtaine de voitures, ayant excité les défiances du i)eui>le soissonnais, il refusa de le laisser partir, malgré les invitations de la m nicipalité, et remit les blés dans les greniers de la ville. L'Assembl constituante, en blâmant solennellement les magistrats municipaux Soissons de n'avoir pas déployé assez de fermeté, décréta en temps que le roi serait prié de donner des ordres afin que le bailliage de Château-Thierry informât contre les auteurs et instigateurs des troubles survenus à Soissons. Tout cela paraissait à Robespierre beau— coup trop rigoureux : la municipalité de Soissons, disait-il, s'était conduite comme elle le devait, en se bornant à de simples remon— trances. Le peuple, de son côté, voyant tant de grains sortir à lafois, avait été naturellement porté à s'inquiéter sur sa propre situation, H avait pu craindre aussi que ces blés dirigés vers une ville peu éloignée des frontières ne fussent exportés à l'étranger et ne servissent à la nourriture de troupes prêtes à marcher contre la France. 11 fallait d'ailleurs se garder de l'irriter contre l'Assemblée nationale par des décrets d'une telle sévérité. Mais on objecta, non sans quelque raisoo, Ê^^ à l'orateur que, à ce compte, si l'on permettait aux pays producieofs f*^ de grains de s'opposer à la circulation de leurs denrées, les habitaflts £^ de certaines villes, comme Metz par exemple, seraient exposés à mourir ^]^^
(1) Voy. le Point du jotir, numéro 431 ; le Moniteur (numéro du 16 septembre IW) I -• L\ dit à peine quelques mots de ces débats. I »' L"