T. 1 * SG
blement inspiré par le curé. C*était une mesure de précaution bien simple, bien légitime, et à laquelle tous les cultivateurs de la commune avaient donné leur acquiescement. Il arriva qu'un jour deux métayers ayant voulu enlever du blé sans en porter au grenier commun, la garde nationale s*opposa au départ de leurs voilures. Aussitôt grande rumeur dans les villages voisins, dont le patriotisme n'était pas à la hauteur de celui des habitants d'Issy-l'Évèque. Ce comité permanent, sorte de conseil municipal, cette garde nationale si rapidement improvisée, choses inconnues encore, jetèrent Talarme dans le cœur des partisans deTancien régime, cl, organe de quelques contre-révolutionnaires du pays, un député de la droite dénonça à l'Assemblée constituante le curé d'Issy-l'Évéque comme un perturbateur du repos public.
Au moment môme où il était l'objet d'une pareille dénonciation, l'humbre prêtre, vrai père de sa commune, était nommé par ses concitoyens chef de la municipalité nouvellement élue. Il homologua en cette qualité les délibérations du comité permanent et du conseil municipal. Plusieurs gros propriétaires, ennemis acharnés de la Révolution, revinrent à la charge quelque temps après; cette fois ils le dénoncèrent au bailliage d'Autun, au lieu de s'adresser à l'Assemblée nationale. Us avaient eu bien raison de compter sur les passions locales, car les magistrats de ce bailliage, dignes magistrats de iWien régime, s'empressèrent de mettre leur ministère au service des rancunes de la contre-révolution. Et telle fut leur animosité qu'ils décrétèrent de prise de corps le curé d'Issy-l'Évéque comme ayant enfreint la loi sur la libre exportation des grains , laquelle n'existait pas à l'époque où avait été résolue par le comité permanent la cr^tion d'un grenier d'abondance, et qu'ils le renvoyèrent devant le Chàtelet comme criminel de lèse-nation. Le digne pasteur, malgré son doSble caractère, également sacré, de maire et de curé, malgré les énergiques protestations de ses administrés et de ses«paroissiens, de qui il était adoré, fut brutalement arraché de son presbytère, conduit à Paris et jeté dans les prisons du Chàtelet. Ce curé patriote, dont le nom mérite d'être conservé par l'histoire, s'appelait Carion.
Les sympathies et les réclamations de ses concitoyens le suivirent à Paris. Mais cet odieux tribunal du Chàtelet, instrument de toutes les passions contre-révolutionnaires, ce tribunal marqué comme d'un fer rouge par la parole brûlante de Mirabeau, et dont l'Assemblée constituante, dans un jour d'indignation, avait, sur la proposition de Robespierre, supprimé la juridiction politique, en attendant qu'elle le supprimât tout a fait, se serait bien gardé de lâcher spontanément, par le