‹ Histoire de RobespierreChapitre 195 sur 283 · LIVRE IV. — LE TRESOR PUBLIC ET SES ADMINISTRATEURS · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE TRESOR PUBLIC ET SES ADMINISTRATEURS

uatre jours après se présentait à rAssemblée, dans la discussion tive à Torganisation du trésor public, une question non moins imante, celle de savoir qui nommerait les administrateurs de la caisse )nale. Au roi seul, d'après Tavis du comité des finances, devait apenir le choix de ces fonctionnaires. Le roi, objectait Pétion, a son >r particulier, il en nomme les régisseurs, c'est justice; mais le )r public étant la propriété de la nation, il est juste aussi que ses iseurs soient nommés par elle. M. de Jessé ayant répondu dans un conforme à Topinion du comité des finances, de nombreuses voix maèrent la clôture. Mirabeau s'y opposa vivement, s'étonnant ne des plus graves questions de l'organisation financière du pays tclairée par d'aussi minces débats. Quant à lui, il hésitait encore s les divers systèmes proposés. Dans son esprit il y avait peut-être en de tout accorder en laissant au roi le soin de désigner un orlateur et à la nation celui de choisir un conseil d'administration; pourquoi il réclamait la continuation des débats. 3rës quelques observations de Dupont de Nemours en faveur de nion du comité, Robespierre intervint dans la discussion, cr Les 5ts, » dit-il, a n'étant autre chose qu'une partie du bien de tous mise ommun pour subvenir aux besoins de la société, il fallait d'abord l n'en existât pas d'autres que ceux librement établis par la nation, lite que les précautions les plus efficaces fussent prises afin d'en irer la conservation et l'emploi fidèle, j» Mais le principe salutaire de iblissement de l'impôt par la nation elle-même ou par ses repréants ne risquerait-il pas de devenir illusoire, si le droit d'en surfer l'emploi n'appartenait pas au peuple ? Deux systèmes étaient nis à l'Assemblée : l'un d'abandonner au pouvoir exécutif, l'autre émettre entre les mains de la nation l'administration des finances, vait-on hésiter? Les ministres méritaient-ils plus de confiance que nembres de la représentation nationale? Qui donc avait jusqu'ici, eut temps, dilapidé les richesses de l'État, dévoré la substance du pie ? N'élaient-ce pas la cour et les ministres ? N*étaieht-ce pas au raireles représentants de la nation qui avaient arrêté le mal et, par lois sages, prévenu le retour des anciens désordres? C'était donc

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une proposition au moins illogique que celle de confier au roi le soin d'administrer nos finances.

En vain présentait-on le chef de Tl^.tat comme étant également le représentant de la nation ; c'était là un pur sophisme,- car il n*avait pas été choisi par elle et ne se retrempait pas à certains jours dans le baptême des élections populaires. Les seuls et véritables mandataires du peuple étaient ceux que, pour un temps déterminé, il chargeait d'être les organes de sa volonté souveraine, de contrôler les actes de radministration et de défendre, au besoin, ses droits contre les tentatives d'empiétement possibles de la part du pouvoir exécutif. Autrement, continuait Robespierre, si une confusion venait à s'établir entre les représentants réels et le gouvernement, suivant les prétentions de certaines persoimes, « il n'y aurait plus qu'un pouvoir royal ou ministériel immense , destiné à tout engloutir ; il n'y aurait plus de nation. » Ce qui arriverait infailliblement si on remettait entre les mains du chef de l'État les finances et l'armée. Il fallait donc décider, par respect pour les droits de la nation, qu'elle nommerait par ellemême ou par ses représentants les administrateurs du trésor public (1).

Cette solide argumentation fut appuyée par Rœderer, qui parla en vrai Jacobin, suivant l'expression de Camille (2), et demanda, lui aussi, la nomination des administrateurs et du trésorier général de la caisse publiqueparle peuple; elle fut, malgré cela, impuissante à entraîner l'Assemblée nationale ; l'avis du comité des finances, soutenu en dernier lieu par d'André, obtint gain de cause. Mais à combien de récriminations donna lieu dans le public la décision de l'Assemblée! Il faut, pour s'en rendre compte, lire la polémique qui s'engagea à ce sujet dans les journaux du temps, et surtout les appréciations malveillantes dirigées contre les administrateurs du trésor nommés par le gouvernement, contre Lavoisier, entre autres, pour lequel Brissot se montra impi- 1 toyable.

On a vu avec quel soin jaloux Robespierre défendait les intérêts po — pulaires et la cause de la liberté en général ; on a vu quel empresse-

(1) Voy. le Point du jour, numéro 607.

(2) Révolutions de France et de Brabantj numéro 68, p. 123.

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lent il mettait surtout à se montrer le champion de la justice en lissant de côté tout espritde parti, comme dans l'affaire de Toulouseaulrec, dans celle du prince de Condé et récemment à propos de la )i contre les émigrations. On a vu aussi qu'il n'hésitait pas à parler ti faveur des ecclésiastiques, des simples prêtres principalement, Duvent victimes des caprices et de la tyrannie de leurs supérieurs, t à leur prêter son appui contre les préventions quelquefois injustes e ses collègues. Beaucoup d'ecclésiastiques, il est vrai, s'étaient fait smarquer par leur ardeur à combattre les idées nouvelles, par leur aine de la Révolution, par leurs résistances opiniâtres aux décrets; îs agitations auxquelles le pays se trouvait en proie étaient en partie îur ouvrage ; il n'y avait donc pas trop à s'étonner si quelquefois Assemblée nationale était disposée à se montrer sévère à leur égard.

Mais Robespierre inclinait à la douceur plutôt qu'à la violence envers js membres du clergé; avant tout, il conseillait l'emploi de la persuaon. Combien ne devait-il pas se sentir disposé à accorder l'appui B sa parole influente aux simples prêtres , aux pauvres curés de impagne, que leur amour pour la Révolution exposait aux rancunes, jx persécutions d'un parti resté puissant malgré sa défaite, puisa'une foule de royalistes purs, partisans de l'ancien régime, s'étaient lissés dans presque toutes les administrations! L'exemple suivant lontre bien à quel point l'aristocratie avait encore de force, comlent elle parvenait à persécuter les meilleurs patriotes.

Parmi ces membres du clergé inférieur qui virent dans la Révolution 'ançaise comme Taccomplissement des paroles de Jésus, comme la éalisation de ses rêves, aucun ne montra plus d'enthousiasme, plus e zèle p*our les nouveaux principes que le curé d'Issy-l'Évèque, petite Dmmune des environs d'Autun. Dès le mois d'octobre 1789, les habiints de (^tte commune avaient, pour maintenir le bon ordre, formé n comité permanent, institué une milice nationale, et, voulant donner leur curé, qui avait adopté les«nouveaux principes avec enthousiasme, K éclatant témoignage d'affection et d'estime, ils l'avaient nommé ^mbre de ce comité et de l'état-major de la milice. Ils avaient de Lis, d'un consentement unanime, rédigé une espèce de règlement * police composé de soixante articles, dont beaucoup étaient Xrès- S^s, très-utiles, d'après l'aveu même d'un membre du comité des i>ports. Merle, peu suspect d'une bien vive ardeur révolutionnaire. *rmi ceux que ce déput^ trouvait, je ne sais en vérité pourquoi, ^xitraires aux vrais principes (le l'administration, il en était un qui ^ligeait les fermiers à déposer à la maison commune tant de boisseaux i^ grains pour former un grenier d'abondance. Tout cela vraisembla-

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