‹ Histoire de RobespierreChapitre 235 sur 283 · LIVRE V. — DISCOURS SUR LA UBERTE DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — DISCOURS SUR LA UBERTE DE LA PRESSE

personnages , au contraire, enteodalt-on sans cesse réclamer contre la licence des écrits? ceux dont la réputation éphémère, fondée sur des succès de charlatanisme ne pouvait supporter le choc de la moindre contradiction, et qui craignaient sans cesse qu*une voix libre ne vînt révéler leurs transactions honteuses et leurs petites intrigues. Caton, cent fois dénoncé, dédaigna toujours de poursuivre ses accusateurs; mais les décemvirs de Rome édictèrent des lois terribles contre les libelles. C'est sous Tempire du despotisme qu'un écrit calomnieux est principalement dangereux, parce qu'il n'est pas toujours aisé d'y répondre, surtout quand il est favorable à la cause de la tyrannie ; mais, sous le régime de la liberté, la réputation d'un bon citoyen ne saurait être facilement ternie , l'opinion publique étant à même de juger en toute connaissance de cause. Pour lui alors certains éloges pourraient sembler un opprobre, tandis que certains pamphlets seraient de véritables titres de gloire. La liberté de la presse n'inspirait de terreur qu'à ces gens usurpateurs d'un crédit et d'une considération de mauvais aloi, forcés de s'avouer intérieurement combien leur était nécessaire l'ignorance publique.

Caton n'avait jamais poursuivi ses calomniateurs , venait-il de dire. N'y avait-il pas dans ces quelques mots une allusion directe à luimême? En effet, de tous les défenseurs du peuple, de tous les glorieux combattants de la Révolution , en était-il un que l'envie eût maltraité avec autant d'acharnement, sur qui la calomnie se fût exercée avec plus de fureur et de mauvaise foi?. N'était-il pas chaque jour dévoué aux vengeances de la réaction dans les écrits cyniquement diffamatoires des Peltier, des Rivarol, des Royou, des Mallet du Pan et de tant d'autres stipendiés de l'aristocratie, dans ces feuilles monarchiques dont quelques-unes dépassaient de bien loin en exagérations le terrible journal de Marat? Eh bieni avait-il un seul instant songé à poursuivre ses calomniateurs? les avait-il dénoncés à la tribune, traduits à la barre de l'Assemblée nationale , comme avaient fait les Malouet et les Maury ? Loin de là, il combattit toujours toute mesure compressive de la lit>erté de la presse, lui, l'objet de la rage de tous les folliculaires royalistes. Et dans le discours dont nous nous occupons, conmient s'exprimait-il au sujet de ces personnalités odieuses dont il était victime chaque jour, et que, suivant lui, le mépris public seul devait atteindre? Écoutez, écoutez, vous tous qui, persistant à ne voir en lui que l'homme héroïque de la Convention et du Comité de salut public, c'est-à-dire le soldat sur le champ de bataille , semblez ignorer qu'il a été le plus intrépide de ceux qui ont tenté de fonder la liberté en France. Conjurant ses collègues de ne pas déshonorer leur ouvrage en

mettant des entraves à la libre communication de la pensée, il leur disait : « Que tous les libelles répandus autour de vous ne soient pas pour vous une raison de sacrifier aux circonstances du moment les principes sur lesquels doit reposer la liberté des' nations. Songez qu'une loi sur la presse ne réparerait pas le mal, et vous enlèverait le remède. Laissez passer ce torrent fangeux, dont il ne restera bienftôt plus aucune trace , pourvu que vous conserviez cette source immense et éternelle de lumière, qui doit répandre sur le monde politique et moral la chaleur, la force, le bonheur et la vie. N'avez-vous pas déjà remarqué que la plupart des dénonciations qui vous ont été faites étaient dirigées , non contre ces écrits sacrilèges où les droits de l'humanité sont attaqués, où la majesté du peuple est outragée, au nom des despotes, par des esclaves lâchement audacieux, mais contre ceux que Ton accuse de défendre la cause de la liberté avec un zèle exagéré et irrespectueux envers les despotes? N*avez-v6us pas remarqué qu'elles vous ont été faites par des hommes qui réclament amèrement contre des calomnies que la voix publique a mises au rang des vérités , et qui se taisent sur les blasphèmes séditieux que leurs partisans ne cessent de vomir contre la nation et ses représentants ? Que tous mes concitoyens m'accusent et me punissent comme traître k la patrie, si jamais je vous dénonce aucun libelle sans en excepter ceiA où, couvrant mon nom des plus infâmes calomnies, les ennemis 'de la Révolution me désignent à la fureur des factions conimè l'une dès victimes qu'elle doit frapper. Eh ! que nous importent ces méprisables écrits? Ou bien la nation française approuvera les efforts que nous avons faits pour assurer la liberté , ou elle les condamnera. Dans le premier cas, les attaques de nos ennemis ne seront que ridicules; dans le second cas, nous aurons à expier le crime d'avoir pensé que les Français étaient dignes d'êtres libres, et, pour mon compte, je me résigne volontiers à cette destinée. »

Et ce n'était pas seulement l'intérêt de son pays qui lui dictait ces paroles. La Révolution, à ses yeux, avait un caractère universel ; ce n'était pas uniquement pour le temps présent, pour les habitants de la France qu'il fallait faire des lois, c'était pour les siècles, pour, le monde entier; ainsi, dans la Déclaration des droits, l'homnàe passait avant le citoyen. Ah ! ne l'oublions jamais cet ardent amour de notre Révolution pour l'humanité! Sans la liberté indéfinie de la presse» disait Robespierre, point de liberté. Toutefois, en considérant la presse par rapport aux personnes privées, il admettait une restriction; et, tout en préférant, pour sa part, laisser au tribunal de l'opinion publique le soin de féprimer également les calomnies ordinaires,- il per-

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