UVRE V. — LES REPUBLICAINS EN
Tandis que rAssemblée nationale confinait Louis XVI prisonnier au fond de son château, tout en couvrant sa captivité d*une sorte de manteau doré, et en dirigeant de sombres menaces contre quiconque attenterait à Tautorité ou à la dignité royale, les questions les plus menaçantes s'agitaient au dehors et remuaient profondément les esprits.
En voyant le chef héréditaire du pouvoir exécutif déserter son poste, sans se soucier du trouble dans lequel il allait plonger peut-être le pays dont Tadministration lui était confiée, beaucoup de personnes distinguées s'étaient posé cette question : Est-il nécessaire de conserver à la tète de TÉtat un personnage inamovible, d'entretien coûteux, et dont la présence n'était nullement indispensable à la marche des affaires? Le mot de République fut prononcé. Ce n'était pas la première fois. Déjà, plus de deux mois auparavant, le journal les Révolutions de Paris avait essayé de démontrer les avantages du gouvernement républicain sur le gouvernement monarchique (1) ; la fuite de Louis XVI fut une occasion toute naturelle de raviver le débat. Cependant l'idée républicaine était loin d'être populaire alors; et quand pour la première fois, aux Jacobins, un homme dont le nom reviendra plus d'une fois sous notre plume, Billaud-Varennes, posa publiquement la question, des murmures improbateurs étouffèrent sa voix.
Il y avait dans ce mot, mal défini encore, un vague dont s'effrayaient certains esprits pratiques. Bonneville, dans la Bouche de fer, arborait bien en principe le drapeau de la République, mais il ne suffisait pas, suivant lui , de dire république^ car l'aristocratique Venise avait été une république. Brissot aussi penchait pour ce mode de gouvernement; mais on ne pouvait s'empêcher de se rappeler que, dans les premiers mois de l'année 1790, — il n'y avait pas si longtemps, — il avait attaqué la permanence des districts et défendu ce fameux conseil des Trois-Cents, dont il avait été membre, et qui par ses tendances arbitraires avait contristé au début de la Révolution tous les amis de la liberté. Mais il s'était plié à l'opinion publique, et la devançait même à présent, au moins par les mots; il contribuait à la fondation
(1) lie'colvtions de Paris^ numéro 90, p. 613.
4f8 HISTOIRE DE ROBESMERIŒ
du journal le Républicain ^ dont quelques numéros parurent alors, et prononçait à la tribune des Jacobins un discours dans lequel il demandait à la fois et la déchéance et le jugement de Louis XVI. L'année prochaine, en revanche, nous Tentendrons, à TAssemblée législative, menacer les véritables républicains ^ du glaive de la loi. *
Robespierre ne se prononça pas tout d'abord , et plus d'une fois on lui a reproché d'avoir tardivement abandonné ses opinions royalistes. C'est là, à coup sûr, une simple querelle de mots, ou bien ceux qui lui ont adressé ce reproche n'ont jamais pris la peine d'étudier de près l'histoire de l'Assemblée constituante. Si, en effet, les opinions qu'il y a énoncées en toutes choses ne constituent pas le républicanisme le plus pur, le plus radical, tel que nous le comprenons aujourd'hui, il faut renoncer à s'entendre , et déclarer que la langue française est inintelligible. Qui donc, dans l'Assemblée ou ailleurs, avait défendu avec autant de courage et d'acharnement la cause de l'égalité et de la liberté? Était-ce à Brissot ou au marquis de Condorcet que depuis deux ans les royalistes jetaient comme une injure l'épithète de républicain? Que répondait alors Robespierre à ceux qui l'accusaient de vouloir introduire dans la constitution le gouvernement de la République? « Je ne suis pas épouvanté des mots de roi, de monarcliie; la liberté n'a rien à craindre pourvu que la loi règne, et non pas les hommes (I).» N'est-ce pas là le rêve ardent de tous les esprits sincèrement dévoués à la liberté?
Que disait, en cette année 1791, Camille, à qui l'on a fait à tort l'honneur de l'initiative républicaine : « Si les chefs de 89, pour isoler Barnave, s'étoient d'abord serrés autour de Robespierre dans l'affaire des colonies, ils n'ont pas tardé à se repentir d'avoir accrédité le système de celui-ci, qui est mieux conçu qu'ils ne veulent le faire croire, dont toutes les parties se tiennent, et qui nous mène, non pas à la république, mot insignifiant dont se servoit François 1", qui disoitla République de France dans ses ordonnances, aussi bien que Charlemagne dans ses Capitulaires , mot auquel personne de nous ne tient, mais à la liberté h laquelle nous marchons tous, et vers laquelle, tout vu et considéré, nous venons de faire un grand paff, à mon avis, par les décrets sur la non-rééligibilité. » Et plus loin : « Par république, j'entends un État libre avec un roi ou un stathouder, ou un gouverneur général ou un empereur, le nom n'y fait rien (2). » On voit à quel point le pétulant auteur des Révolutions de France se trouvait à cet
(1) Bnolulintis de Paris^ num«iro 92, p. 7. : 4^ BJvaiutions de France et des Royaumety etc., numéro 78*