‹ Histoire de RobespierreChapitre 253 sur 283 · LIVRE V. — LES RËPUBUCAINS EN 1791 A · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES RËPUBUCAINS EN 1791 A

égard en conformité d'opinion avec Robespierre. Ajoutons qu'une double considération empêchait encore ce dernier de se prononcer bien nettement, et cela est fort compréhensible : c'était avant tout l'homme des formes légales. Membre de l'Assemblée constituante ou de la Convention nationale, après le 21 juin comme au 9 Thermidor, il ne voulut jamais donner l'exemple de la violation de la loi. Que l'Assemblée prononçât la déchéance , proclamât elle-même la république, il se serait incliné avec bonheur, et il fit tout pour Tentratner dans cette voie. Maisatandonner à la place publique le soin de décider du sort de la France, laisser à la merci des factions cette liberté si laborieusement conquise, lui paraissait la plus dangereuse, sinon la pire des choses. Il savait trop bien que les royalistes poussaient eux-mènjes aux extrêmes, se doutant que les agitations populaires ramèneraient à la monarchie tous les gens timorés. 11 voulait donc, lui, la liberté avec l'ordre, sans lequel elle est exposée sans cesse à sombrer. < Quon m'accuse, si Ton veut, de républicanisme,» disait-il le 14 juillet à la tribune de l'Assemblée constituante, « je déclare que j'abhorre toute espèce de gouvernement où les factieux régnent. » A coup sûr ce n'est point là le langage d'un flatteur de la multitude.

Pour beaucoup d'individus, avait-il dit la veille aux Jacobins, où l'on avait traité la question de l'inviolabilité pendante à l'Assemblée constituante , les mots république et monarchie étaient entièrement vides de sens. Si l'Assemblée nationale avait hésité jusqu'ici à aborder cette question de la responsabilité royale, c était grâce à l'accusation de républicanisme dirigée contre les amis de la liberté. Mais ce mot république, à ses yeux, ne signifiait aucune forme particulière de gouvernement; il appartenait à tout gouvernement d'hommes libres ayant une patrie. On pouvait être libre avec une monarchie comme avec un sénat. La constitution actuelle de la France était-elle autre chose qu'une république avec un roi? Elle n'était, à ses yeux, ni monarchie ni république, elle était à la fois l'une et l'autre. Aussi pouvait-il dire : « On m'a accusé au sein de l'Assemblée d'être républicain, on m'a fait trop d'honneur, je ne le suis pas. Si l'on m'eût accusé d'être monarchiste, on m'eût déshonoré, je ne le suis pas non plus. » 11 est fort clair que Robespierre inclinait dès lors vers la république; mais, membre d'une assemblée souveraine, il ne voulait pas prendre devant le pays la responsabilité d'entraîner ses concitoyens dans des voies illégales, et prévoyait trop Lien que ses collègues, les membres des comités principalement, s'empresseraient de saisir l'occasion de raffermir, même par la force , le principe de l'autorité royale considérablement ébranlé ! Maintenant, pour bien apprécier la port^ çt jig yr^r

sens des paroles de Robespierre, en admettant leur parfaite exactitude, il aurait fallu connaître les développements qu'il donna à sa pensée. Par malheur, Tunique journal dans lequel nous ayons pu puiser ces renseignements se contente de dire, après avoir cité son exorde, qu'il exposa des sentiments dignes de son patriotisme et relevés par Téloquence qui lui était particulière (1).

Il était tard, la séance allait être levée, quand un jeune homme, nommé Sigaud , fils d*un médecin distingué , entra et donna lecture d*une lettre rédigée au Palais-Royal au nom de trois cents personnes, lettre dans laquelle, après avoir voté des remerctments à Robespierre et à Pétion pour le courage qu'ils ne cessaient de déployer en défend^uît la cause du peuple, les signataires disaient : « On vous menace des poignards, de la mort; ne craignez rien, leurs poignards ne pourront pénétrer jusqu'à vous qu'à travers le rempart de nos corps; nos bras, nos cœurs, nos vies, tout est à vous. » L'enthousiasme des signataires se communiqua à toute la salle frémissante. Un évèque constitutionnel, membre de l'Assemblée constituante, monta à la tribune pour déclarer que lui aussi combattrait de tout son pouvoir Topinion des comités, et le jeune délégué du Palais-Royal se jeta tout ému dans ses bras. Scènes touchantes que peuvent railler les sceptiques de notre époque, mais qui prouvent avec quelle ardeur, quelle sincérité celte génération de 1789 avait la passion de la liberté!

Dans la matinée même, Muguet de Nanthou, au nom des divers comités réunis, avait lu, à l'Assemblée nationale, un long rapport oii tous les faits de l'événement du 21 juin étaient indignement travestis. Toujours le même système : le roi avait cédé à la contrainte; d'ailleurs son voyage n'était pas une fuite; il lui était permis de s'éloigner de vingt lieues au moins de la capitale ; enfin son inviolabilité était inscrite dans la constitution. Mais avait-on pu prévoir le cas où il se mettrait lui-même hors des termes de cette constitution? Le rapporteur avait conclu à la mise de Louis XVI et des siens hors de cause; et, par compensation, réservant ses sévérités pour les coupables subal-

: ;• ^^) ypyl lô Journal des débaU de la Société det Amis de la Constitution, numéro 26.

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