‹ Histoire de RobespierreChapitre 263 sur 283 · LIVRE V. CHANGEMENT DANS SA VIE · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHANGEMENT DANS SA VIE

pas de rAssemblée nîitionale, du club des Jacobins, où chaque jour il était obligé de se rendre. Robespierre savait peu résister à une prière, il céda à de si affectueuses instances, à la condition toutefois de payer pension, et s'installa, comme dans la sienne propre, au milieu de cette famille qu'il devait associer à sa gloire et à ses malheurs (1).

On voit comme Robespierre se déroba en effet à la vue et aux recherches de ses ennemis. Au lieu de se confiner au fond du Marais, dans sa rue de Saintonge, si déserte, si abandonnée, et où, plus sûrement que partout ailleurs, il eût pu trouver un abri, il vient se loger rue Saint- Honoré, à Theure où retentissaient encore les vociférations de la garde nationale, dans un quartier aristocratique assez peu favorable à la Révolution, à deux pas de l'Assemblée où siégeaient ses plus acharnés adversaires, non loin du château des Tuileries, où veillaient des troupes dont les Constitutionnels, par La Fayette, avaient la disposition ; et, pour toute garde dans la maison dont il était devenu l'hôte, il avait qui? un patriote sincère, une femme dévouée et trois jeunes filles, garde invincible à coup sûr, si ses moyens eussent été à la hauteur de . son affection (2).

(1) Tous ces renseignements, dont nous pouvons garantir Pexactitude, nous ont été donnés par le regrettable M. Le Bas (de l'Institut), petit-fils de DupUy, ancien précepteur de Tempereur Napoléon III. Ils se trouvent également dans le manuscrit de madame Le Bas, que nous avons sous les yeux. Voyez aussi le Dictionnaire encyclopé' dique (le la France. (Article Duplay, écrit par M. Le Bas.)

(2) Charlotte Robespierre suppose que son frère fut recueilli chez Duplay au moment où il revenait lui-même du Champ de Mars, et où, reconnu dans la rue Saint- Honoré, il était acclamé devant la porte du menuisier. Tout son récit est erroné. Elle n*était pas d^aillcurs à Paris en ce moment, et elle a écrit de mémoire longtemps après. (Voy. ses Mémoires^ p. 84.) M. Michelet n'est pas plus exact. Dans sa narration pittoresque, mais toute fantastique, il suit, en partie, Charlotte Robespierre, et aveuglément madame Roland, sans s'inquiéter de savoir si Tune a été bien renseignée et si Pautre s'est inspirée de la vérité. {Hist, de la Révolution, t. III, p. 162.) Que dire du récit de madame Roland? Elle prOte à Buzot ce propos absurde : c Je ferai tout pour sauver ce malheureux jeune homme. » {Mémoires de madame Roland^ t. I, p. 304.) Or Buzot, né en 1760, était de deux ans plus jeune ^ue Robespierre, et beaucoup plus jeune surtout relativement à l'importance politique des deux personnages. Buzot, à cette époque, était du reste, pour ainsi dire, Valter egoàe Robespierre^. II jouissait aussi d*une grande popularité, et, par contre, était également Pobjet de la haine des partisans de la cour. Avant donc de songer à sauver ce malheureux jeune homme, il aurait eu très-probablement, si le péril avait été si grand, à pourvoir à sa propre sûreté.

Cependant Tinquiélude était vive aux Jacobins : la désertion de la plus grande partie des membres appartenant à TAssemblée nationale, l'organisation d'un club rival dans le couvent des Feuillants, n'étaient pas sans causer certaines appréhensions, et les craintes ne diminuèrent point, quand, le 18 juillet, Feydel vint réclamer le local et la correspondance des Jacobins au nom des Feuillants, qui se prétendaient lesfondateurs de la société. Robespierre, en cette circonstance, montra une habileté consommée ; il rendit cœur aux plus effrayés, et si sa conduite fat empreinte d'une extrême modération, il mit dans sa prudence une dignité à laquelle il est impossible de ne pas rendre hommage.

Au lieu de solliciter humblement les Feuillants d'opérer une fusion, comme le conseillaient quelques membres, il proposa l'envoi à l'Assemblée nationale d'une adresse où seraient nettement expliqués la conduite et les sentiments des Jacobins. Cette adresse, il l'avait d'avance rédigée, et il en donna lecture ciussitôt. Ceux qui ont prétendu qu'elle respirait « une étonnante humilité {!) » l'ont certainement bien mal lue, car, dans la situation présente, on ne pouvait faire entendre un plus noble, un plus fier langage. C'était en définitive un appel à la conciliation et à la paix en des termes dont l'urbanité n'excluait pas l'énergie. Les Jacobins, y était-il dit, ont toujours eu pour règle l'obéissance aux lois; s'ils aspirent à la perfection de ces lois, c'est par des moyens conformes à la constitution. Le décret du 15, relatif à la fuite du roi, ne décidant rien quant à la réintégration de Louis XVI dans ses fonctions, ils étaient parfaitement dans leur droit en rédigeant une pétition sur cet objet et en invitant tous les citoyens à formuler leurs vœux, «t Ils ont pensé que, dans des conjonctures si importantes, un rassemblement de citoyens paisibles, sans armes, réunis par le plus pur sentiment de patriotisme (après avoir rempli la formalité de prévenir la municipalité) pour vous adresser une pétition légitime en soi, n'avait rien qui pût mériter la censure des bons citoyens ni la vôtre: voilà tout leur crime. » Jusque-là nous ne voyons rien de bien humble. Puis, après avoir rappelé qu'aussitôt le décret du 16 connu, les condi-

(1) Comme, par exemple, M. Michelet, qui affirme sans citer. {HUtoire de la Rétoiih <ion, t. m, p. 167.)

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