‹ Histoire de RobespierreChapitre 31 sur 283 · LIVRE I. — PROMESSES d'ëLOQUENGE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROMESSES d'ëLOQUENGE

La liberté du barreau, comme plus tard celle de la tribune, convenait mieux à son tempérament. Là il pouvait plus à Taise battjre en brèche les vices et les préjugés de l'ancien régime. Au lieu d*être le défenseur obligé de lois mauvaises, engendrées en des temps d'arbitraire et de despotisme, suivant le bon plaisir de gouvernements sans contrôle, il lui était permis de réclamer hautement, publiquement des réformes devenues indispensables, de travailler activement à la ruine d'un édifice social vermoulu et justement condamné à disparaître.

Il s'était fait un auditoire sympathique; la plupart des magistrats accoutumés à l'entendre étaient devenus ses amis. Plusieurs, il est vrai, dans la suite, ne restèrent pas fidèles à cette amitié; platoniques adorateurs de la liberté, ils en vinrent à l'abhorrer dès qu'ils furent en possession de la déesse, et ne pardonnèrent pas à ceux qui demeurèrent attachés à son culte ; mais Robespierre, lui, ne changea point.

Son éloquence avait quelque chose d'entraînant. Sans douie il ne se montra pas tout de suite ce qu'on le vit plus tard à la Constituante, quand il fut parvenu à rompre la glace, ou à la Convention ; mais il était facile de deviner, dès ses débuts au barreau, l'irrésistible orateur; d'autant plus irrésistible que ses accents étaient l'écho profond de sa foi, que ses élans parlaient du cœur et que, suivant l'expression de Mirabeau, « il croyait tout ce qu'il disait. j>

Après sa mort on l'a défiguré au physique comme au moral. S*il faut en croire quelques-uns de ses calomniateurs, il avait la voix en fausset,, aigre, criarde et discordante, cet homme qui si longtemps, sous le charme de sa parole, sut tenir attentives la Convention nationale et les assemblées populaires. Nous pouvons affirmer, au contraire, d'après des témoignages non suspects, que sa voix était sonore et pénétrante. S'il n'eut ni l'ampleur de Mirabeau, ni la fougue de Danton, il posséda plus qu'eux l'art de convaincre; c'est ce dont le lecteur se rendra parfaitement compte lui-même en le suivant avec nous pas à pas dans les phases diverses de son orageuse existence. Tour à tour froid et ardent, doux et terrible, nerveux, concis quand il le fallait, abondant à l'occasion, maniant d'une main également sûre l'arme de la raison ^t celle de l'ironie, toujours convaincu, toujours maître de lui-même, le geste merveilleusement approprié au discours, il possédait au suprême

degré tout ce qui constitue le véritable orateur. Un de ses plus acharnés détracteurs, Merlin (de Thionville), dans une lâche et ridicule brochure sur laquelle nous aurons l'occasion de nous étendre plus longuement en temps et lieux, veut bien accorder qu il a montré a des talents oratoires (1) ; » c'est ce dont on ne peut douter à moins de nier la clarté du jour. Nous reviendrons sur ce sujet; mais nous tenions à constater dès à présent la réputation d'éloquence dont, jeune avocat, il jouissait à ses débuts. On ne le comparait à rien moins qu'au fils d'Antiope et de Jupiter, dont les touchants accords attendrissaient les pierres elles-mêmes. En faisant la part de l'exagération, il n'en reste pas moins établi que Maximilien Robespierre n'avait la voix ni aigre ni discordante. Voici en quels termes le dépeignait un de ses confrères de la société des Rosati :

Ah! redoublez d'attention !

J'entends la voix de Kobespierrc.

Ce jeune émule d'Amphion Attendrirait une panthère (2).

Parmi les causes dont il fut chargé tout jeune encore et qui lui valurent d'éclatants triomphes, il en est une dont nous devons entretenir le lecteur avec quelques détails, parce qu'elle représentait un véritable intérêt social et qu'elle eut un immense retentissement, nonseulement dans la province d'Artois, mais aussi à Paris, en France, et dans toute l'Europe : nous voulons parler de la fameuse affaire du Paratonnerre.

Depuis plus de vingt ans la précieuse découverte de l'immortel Franklin était adoptée par toutes les nations, quand, pour Tétonnement du inonde et l'indignation de tous les hommes éclairés, éclata, iion loin d'Arras, le procès le plus singulier. Un avocat de Saiot-Omer, nommé

(1) Portrait dt Robêtpierrt, par Merlin de Thionville. In-8 de 12 pages, de Timprimeriede laveuve Marat. Merlin, du reste, nVst que le signataire de ce plat libelle.

Défenseur ardent de la mémoire de VAtni du peupU, Merlin reproche vivement à Robespierre, obligé de préiider à êon apothéose, d'avoir eu plutôt l'air de le traîner à la 90iri9 quÊ de le porter au Panthéon. Yoj. p. 5. Ceci au figuré, car ce ne fut qn^aprèa le 9 Thermidor que le ooips de Marat fut tnuuporté au Panthéon par les Theanidoriens.

(2) USocUtéi^M homUd^Àrrat, par M. Arthur Dinaux, p. 25.

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