‹ Histoire de RobespierreChapitre 71 sur 283 · LIVRE II. IL ACCOMPACNK LOUIS XVI A PARIS · texte numérisé non relu

LIVRE II. IL ACCOMPACNK LOUIS XVI A PARIS

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Cependant des bruits alarmants se répandaient au château. Les Parisiens armés allaient, disait-on, arriver à Versailles pour inviter le roi à venir visiter sa capitale. Louis XVI, inquiet, pria aussitôt, par un message, l'Assemblée d'envoyer des députés au-devant des Parisiens, afin de les engager à retourner sur leurs pas, en leur promettant que le roi lui-même se rendrait le lendemain, de sa personne, dans sa capitale (1).

Les députés partirent vers trois heures au nombre de cent et ne rencontrèrent personne. Ils furent assez étonnés, en entrant dans I^aris, de voir cette ville, d'apparence si paisible d'ordinaire, transforen un vaste camp et comnîe couverte d'une forêt de fusils (2). réception qu'on leur fît fut toute triomphale, depuis la barrière Jvisqu'à l'hôtel de ville. Là le conseil permanent nomma tout d'une -voix La Fayette commandant général de la milice parisienne, et Bailly prévôt des marchands, ou plutôt maire de Paris, nouveau titre donné au premier magistrat de la grande cité. Les députés revinrent d3ns la nuit à Versailles, emportant le vœu des habitants de voir bientôt le roi dans leurs murs et Necker rappelé. Mais quand le nouveau maire, mandé au château pour rendre compte des dispositions de la capitale, transmit à la cour les désirs exprimés par les Parisiens, le royage du roi était déjà une chose convenue; il fut différé d'un jour, roi là tout (3).

Le lendemain 16, vers dix heures, l'Assemblée apprit avec la plus vive satisfaction que le roi, se rendant au vœu populaire, renvoyait ses ministres, rappelait Necker et se disposait à aller visiter sa capi-

<1) Lettre manuscrite de Robespierre, en date du 23 juillet. Jusqu'à ce jour personne, nous le croyons, n'a riHélé cette circonstance, que ce fut sur une demande offici^^nse du roi que PAssemblée envoya dans la soirée du 15 une députaiion à Paris. >»«^is cela ressort assez clairement de la narration de Bailly. Il dit en effet que le rond<îz-yons était aux Écuries de Monsieur, et que les députés partirent tous de là avec UO grand nombre de voitures précédées des gardes à cheval de la prévôté de Thôtèl. (^fnutires, t. Il, p. 11.)

(2) Mémoires de Bailly, t. II, p. 20.

(3) Cela ressort également du récit de Bailly. Après avoir vu le roi, il se retirait q«and il fut rappelé par M. de Breteuil, qui lui dit que le roi allait le lendemain ïiMlin à Paris. « 11 fut étonné que le roi ne me l'eût pas dit. » {3témoires, t. II, p. 43.)

taie. Douze membres partirent aussitôt pour Paris aQn d'annoncer cette bonne nouvelle aux habitants, qui se préparèrent à recevoir dignement le monarque. L*espérance emplissait alors tous les cœurs ; nul ne soupçonnait encore les défaillances, les trahisons futures qui devaient allumer tant d*ardentes colères. On ne songeait qu*à la paix et à la concorde scellées sur les ruines de la Bastille ; Tovation du lendemain allait être en quelque sorte la consécration de la nouvelle royauté constitutionnelle. Une seule chose aurait pu assombrir la joie publique si tout d*abord on y avait attaché quelque importance. Au moment où le roi se préparait à resserrer les liens d'intimité qui doivent unir un chef d!État aux citoyens qu'il a Thonneur de gouverner, le comte d'Artois, les princes de Condé et de Conti, la famille Polignac, le maréchal de Broglie, le prince de Lambesc, Lenoir, de Villedeuil et quelques courtisans quittaient la cour pour se rendre en pays étranger et susciter à la Révolution d'implacables ennemis. C'était le premier convoi de l'émigration.

Cent membres furent désignés pour accompagner le roi (t). Robespierre en était. Mais, en dehors de la députation officielle, une partie de l'Assemblée, entraînée par la curiosité, avide d'un spectacle inouï jusqu'ici, s'unit au cortège royal. On connaît toutes les relations publiées de ce voyage, mais celle de Robespierre, que nous avons manuscrite sous les yeux, est complètement ignorée. Témoin oculaire et acteur lui-même dans cet important événement, il en a minutieusement noté et décrit toutes les scènes; et, séduit par la grandeur du spectacle, il s'est laissé aller à des élans d'enthousiasme que nous ne saurions passer sous silence. Suivons donc avec lui le roi à Paris. Aussi bien ce voyage de Louis XVI, raconté par Robespierre, est assez curieux pour qu'on s'y arrête un instant.

Le roi était monté dans une voilure très-simple où se trouvaient avec lui les.ducs de Villeroi et de Villequier. Elle s'avançait lentement au milieu de deux files de députés, escortée seulement par un détachement de la garde bourgeoise de Versailles. A Sèvres le cortège s'accrut d'une masse considérable de citoyens venus à sa rencontre et faisant partie de la garde nationale. (C'était le nom nouveau, consacré désormais, dont avait été baptisée la milice parisienne.) Arrivé à la porte de la Conférence (barrière de Passy), le roi fut reçu par La Fayette et par Bailly, lequel^ en lui remettant les clefs de la ville, commença sa harangue par cette phrase restée célèbre : « Ce

(1) C'est le chiffre donné par le Moniteur (numéro 19), et par Bailly (J/emoirf*, t. II, p. 45.)

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