UVUE II. IL COMBAT UNE MOTION DE LALLY-TOLENDAL
Soutenue par de Gleizen et Buzot, son opinion triompha ce jour-là, et la motion de Lally-Tolendal fut renvoyée à l'examen des bureaux. Si, quelques jours après, le 23, TAssemblée constituante- se décida à la voter, ce fut avec de profondes modifications, et sous l'impression d'un double meurtre accompli la veille en place de Grève.
« Foulon a été pendu hier par arrêt du peuple ; » tels sont les derniers mots de la longue lettre de Robespierre, qui nous a permis de préciser son rôle pendant les quelques jours antérieurs et postérieurs à la prise de la Bastille. Affreuses sans doute ont été les exécutions pcpulaires dont Foulon et Berlhier furent les victimes ; mais il s'en faut de beaucoup qu'elles aient excité à cette époque les répugnances avec lesquelles nous les envisageons aujourd'hui. « Le sang qui coule est-il donc si pur? > n'avait pas craint de s'écrier Barnave. C'est qu'en effet de bouche en bouche circulaient ces mots féroces attribués à Foulon par presque tous les écrits du temps : « Si j'étais ministre, je ferais manger du foin aux Français! » et il avait été ministre. La Fayette luimême, en essayant de le sauver, déclarait hautement qu'il le considérait comme un ^ranot scélérat (1). Enfin, lorsque Lally-Tolendal reproduisait sa motion, il avait soin de dire que les coups terribles portés par un ministère coupable avaient amené ces catastrophes effrayantes (2). Pour, nous qui, profitant de l'œuvre de nos pères, avons le bonheur de vivre dans un temps oi!i les mœurs plus douces ne permettraient sans doute pas le retour de pareilles scènes, nous avons raison de déplorer ces immolations inutiles ; mais n'oublions jamais qu'à l'heure où elles se commettaient, sous le règne même de l'Assemblée nationale, la torture et le supplice de la roue étaient encore usités pour des faits moins graves que ceux reprochés à Foulon; n'oublions pas surtout que quelques jours auparavant, en comparant les soudaines vengeances de la multitude avec les méprises et les sangui- Dûres maximes des tribunaux d'alors, Mirabeau venait d'écrire : « Si la colère du peuple est terrible, c'est le sang-froid du despotisme qui ^ atroce ; ses cruautés systématiques font plus de malheureux en un jour que les insurrections populaires n'immolent de victimes pendant fe années (3). »
com, comme nous Tavons déjà fait obscn-er, ont été singulièrement écourtés dans tous I^joaroauxdu temps.
(1) Discours de La Fayette à l'hôtel de ville, rapporté par les Deux Amis de la ^rte, œuvre réactionnaire, ne l'oublions pas.
(2) Moniteur du 23 juiUet 1789, w» 22.
(3) Dh-neuviéme lettre de Mirabeau à ses commettants.
Quand, le 23 juillet, à la nouvelle des meurtres qui avaient ensaft* glanté la capitale, Lally-Tolendal eut de nouveau présenté «amotiott, Mirabeau répondit en proposant comme remède suprême la réorganisation de la municipalité parisienne. Barnave trouva qu'on était bieo prompt à s*alarmer pour des orages dont les révolutions sont raFemeol exemptes. Les fureurs du peuple venaient, suivant lui, de rimpmiilé dont se targuaient de grands criminels envers la nation. Il faliail instituer une justice légale pour la répression des crimes d'État, alon le peuple s'apaiserait de lui-même et rentrerait dans Tordre. C aussi l'avis de Robespierre.
Le même jour, dans la séance du soir, la motion de Lally fut et discutée. Aux yeux d'un grand nombre de membres, elle avait li tort de ne pas offrir assez de garanties aux citoyens contre les eomeprises du gouvernement. L'Assemblée leur donna satisfaction en décidant, en principe, la poursuite des agents de l'autorité coupables 4i) crime de lèse-nation, et la création d'un comité destiné à recevoir Ifli dénonciations contre les auteurs des malheurs publics. 11 était m heure du matin quand la commission de rédaction, chargée de nu)dîfier le projet de Lally dans le sens des amendements acceptés pm l'Assemblée, vint donner lecture de son travail. La proclamation taH enfin votée, non toutefois sans avoir subi de nouvelles modificatiom proposées par Robe^ierre(l). D'après ces modifications, l'adresse portait que tous les dépositaires du pouvoir convaincus d'attentat eimi le peuple seraient punis, mais seulement suivant les formes prescrim par la loi; qu'en conséquence, dans la nouvelle constitution doe^^eik s'occupait sans relâche, l'Assemblée aurait soin d'indiquer le trifaimi devant lequel seraient traduits les criminels de lèse-nation, .a&d-qaSk y fussent jugés selon la loi, et après une instruction publique.
C'était assurément d'une bonne précaution, car le peuple commençait à devenir terriblement soupçonneux, et lorsque de jour en jour oi voyait s'expatrier les principaux personnages de la cour, tout conoM rait, il faut le dire, à exciter ses défiances. Dans la soirée da Ik^l baron de Castelnau, ministre de Prance à Genève, fut trouvé jporteu
(1) Voy. le Point du jour, numéro 32. Le Moniteur est complètement mnet.