UVRE II. NUIT DU 4 AOUT
tionale s*éleva vivement contre ce qui lui parut une usurpation de la part de la municipalité parisienne. Il faut, s*écria Camus, apprendre à rhôtel de ville à se renfermer dans les limites de son devoir et à ne pas rendre d'arrêtés de nature à exaspérer la population. Les électeurs, ajouta Mirabeau, n*ont pas le droit d'amnistie. M. de Besenval doit être détenu; il n*est même pas au pouvoir de l'Assemblée de Vinnocenter arbitrairement. Et Robespierre : « Voulez-vous calmer le peuple? parlez-lui le langage de la justice et de la raison. Qu'il soit sûr que ses ennemis n'échapperont pas à la vengeance des lois, et les sentiments de justice succéderont à ceux de la haine (3). » Vqlney, Pétion, Bouche, Barnave, Reubell, parlèrent également dans ce sens, et l'Assemblée décida que Besenval serait traduit en jugement.
Le temps n*était plus où les influences de cour pouvaient mettre à l'abri de la loi les coupables privilégiés. Ainsi poussée en avant par Robespierre et les hommes qui, de plus ou moins près, suivaient sa ligae, la Révolution s'avançait, irrésistible comme une marée montante. Encore quelques jours, et tout l'échafaudage de la vieille société française allait être anéanti complètement dans une nuit dont la mémoire des hommes ne perdra jamais le souvenir.
n y a dans la vie des peuples, comme dans celle des individus, des moments d'indescriptible élan, de désintéressement sublime. Alors disparaissent les passions mauvaises, les cœurs palpitent d'une émotion délicieuse, l'humanité se révèle sous ses aspects vraiment divins. Hélas 1 vous êtes quelquefois bien courtes, heures des passions généreuses! mais n'importe, vous n'avez pas sonné en vain, et l'on ne saundtyous évoquer trop souvent; car vous rappeler aux générations qui grandissent, c'est le meilleur moyen de les encourager aux dévouements magnanimes.
Depuis quelques jours, de sinistres nouvelles arrivaient des pro-
▼ioces;des troupes d'hommes inconnus parcouraient les campagnes,
prêchant partout Tabolition du système féodal et le refus de payement
des rentes, dtmes et redevances seigneuriales, lis entraient dans les
châteaux, s'emparaient de tous les papiers, titres et parchemins et en
(I) Moniteur, numéro 30 ; Point du jour, naméro 39, p. 365.
faisaient des feux de joie dans les cours, étranges incendies dont les lueurs allaient éclairer la nuit du U août. Il y avait eu tant de vexations commises au nom des seigneurs, il y avait tant de haines accumulées dans le cœur de ces malheureux paysans, taillables et corvéables à merci, qu'il ne faut pas s'étonner outre mesure si, sur quelques points du royaume, on ne se contenta pas de s'en prendre aux choses. Le récit de ces événements, dénoncés à l'Assemblée nationale au ipomeot où avaient lieu les débats sur la déclaration des droits de l'hoaune et du citoyen, avait produit une vive fermentation. Un assez grand nombre de députés considéraient encore les droits fédéraux comme sacrés. Le 3 août, dans la séance du soir, le comité des rapports proposa un projet de déclaration pour le respect et la conservation des propriétés; un membre de la noblesse insinua même qu'il fallait bien se garder de toucher à la féodalité jusqu'à l'entier achèvement de la Consti» tution.
Desmeuniers ayant paru révoquer en doute les faits révélés, Robespierre prit la parole. Assurément, selon lui, il fallait devant les tribonaux une certitude absolue, non équivoque ; mais, devant le corps législatif, de simples allégations par lettres étaient suffisantes pour que l'Assemblée prît tout de suite les mesures les plus propres à prévenir les désordres publics (1).
Ces mesures quelles étaient-elles? I.e Moniteur ne le dit pas. Seulement, quelques instants après, lorsqu'on reprit la discussion relative au projet de déclaration des droits, présenté par le comité des rapports» et que plusieurs membres trouvaient peu convenable, un député, peutêtre était-ce Robespierre (2), s'écria : « Il ne faut pas appeler droits légitimes des droits injustes et pour la plupart fondés sur la violence. Il ne faut pas parler des droits féodaux ; les habitants des campagnes en attendent la suppression, la demandent dans les csSners, et ce serait les irriter que de faire une pareille déclaration. » Ces observatioDS, fortement appuyées par un député breton, impressionnèrent vivement l'Assemblée.
Le lendemain, à l'ouverture de la séance du soir, deux membres de la noblesse, le vicomte de Noailles et le duc d'Aiguillon, proposèrent l'abolition complète du système féodal comme le meilleur remède à opposer aux insurrections qui éclataient sur tous les points du royaimie. Ce ne sont point dés brigands, toujours prêts à profiter des calamités
(1) Le Moniteur y après avoir donné huit lignes dn discours de Robespierre, aV tout court et termine par un « etc. » Voy. le numéro 32.
(2) Nous avons déjà fait remarquer que dans les premiers temps le Moniteur II désignait quelquefois ainsi : M***. Voy. le niunéro 32.