‹ Histoire de RobespierreChapitre 83 sur 283 · LIVRE 11. iOURNEKS DES 5 ET 6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

LIVRE 11. iOURNEKS DES 5 ET 6 OCTOBRE

plus vite briser les obstacles, déchirer le voile religieux dont on voulait couvrir les premiers droits de la nation, et prendre des mesures énergiques pour qu'aucun empêchement ne pût désormais entraver la constitution (1). Il déposa ensuite sur le bureau du président une motion ainsi conçue : « Je demande : !• que l'Assemblée nationale décide que la constitution ne peut être soumise au refus du pouvoir exécutif, que tous les actes émanés de toute Convention sont également indépendants de la volonté du pouvoir exécutif, et que le veto suspensif ne peut être accordé qu'aux décrets des législatures ordinaires ; 2" que l'Assemblée nationale détermine d'une manière précise la forme dans laquelle la constitution doit être promulguée, et celle de la sanction (2). » Il proposa enfin à l'Assemblée de charger son président de porter au roi sa motion formulée en décret, et de lui demander une réponse conforme. Plusieurs membres, parmi lesquels Duport, l'abbé Grégoire, Mirabeau, parlèrent dans le même sens, et l'Assemblée décida que son président, à la tête d'une députation, se rendrait chez le roi pour le prier d'accorder son acceptation pure et simple de la déclaration des droits et des articles de la constitution déjà votés. Louis XVI finit par se rendre; le jour même, il acquiesça au vœu si formellement exprimé des représentants de la nation.

Une pression formidable, il est vrai, avait à point nommé contre-

l>alancé la mauvaise volonté des conseillers royaux, et en particulier

celle de la reine, contre laquelle Mirabeau avait fait entendre une

menace indirecte lorsqu'à propos de cris séditieux prononcés dans un

repas donné peu de jours auparavant aux régiments de la garde et aux

dragons, cris dénoncés à la tribune par Pétion, il s'était déclaré prêt à

désigner lui-même les coupables, si l'Assemblée voulait préalablement

décréter que la personne du roi était seule inviolable. Tout le monde

connaît les détnils des orageuses journées d'octobre. La rareté et la

cherté des subsistances, les menées contre-révolutionnaires, les bruits

alarmants incessamment répandus, et surtout le récit de la fameuse

(1) Voy. le Moniteur du 5 au 6 octobre 1789, et le Point du jùur, numéro 99.

(2) Minute delà main de rvob.ispicrre. (Originaux des motions, arrêtes et discours relatifs aux procès- verbaux de rAsscmldéc nationale. — Archives C, l 1, 260, C*» IB )

orgie où la cocarde tricolore avait été foulée aux pieds, avaient porté au plus haut degré Teffervescence de la population parisienne.

Poussées par la crainte de la famine, huit à dix mille femmes, accompagnées des vainqueurs de la Bastille, et bientôt suivies d'une partie de la. garde nationale, inondèrent tout à coup Versailles dans la journée du 5, résolues à ramener le roi avec elles, dans la pensée que, une fois Louis XVI à Paris, leurs malheurs seraient finis et le pain assuré. Vers trois heures, au moment oii Ton venait de voter l'envoi d'une députation chargée d'obtenir la sanction royale, un certain nombre d'entre elles, ayant à leur tête Stanislas Maillard, pénétrèrent dans la salle et se présentèrent à la barre de l'Assemblée. Organe de la bande. Maillard exposa la triste situation de la capitale, dénonça les accapareurs comme les principaux auteurs des calamités publiques, et sur la foi de plusieurs personnes qu'il avait rencontrées en chemin, dans une voiture de la cour, déclara qu'un ecclésiastique attaché à l'Assemblée avait promis deux cents livres par semaine à un meunier pour l'empêcher de moudre. Aussitôt quelques députés demandèrent le nom de cet ecclésiastique. Maillard hésitait, ne voulant, disait-il, compromettre personne. L'Assemblée persistant de son côté à vouloir connaître le membre dénoncé, Robespierre prit la parole, rappela que dans la matinée Grégoire avait exactement articulé le môme fait à la tribune, et ajouta qu'en conséquence ce député pourrait fournir tous les éclaircissements désirés. Son discours, plein de patriotisme, calma comme par enchantement l'effervescence des femmes, et fit cesser leurs murmures (1). Maillard se plaignit vivement ensuite de l'outrage dont la cocarde nationale avait été l'objet. Une cocarde tricolore apportée au même instant de la part des gardes du corps produisit un excellent effet sur les femmes. Enfin la décision prise par l'Assemblée d'envoyer au roi une nouvelle députation pour lui présenter le tableau de la positon malheureuse de la capitale, et lui demander l'exécution immédiate du décret rendu sur la libre circulation des grains, acheva d'apaiser leur colère, et cinq d'entre elles accompagnèrent au château le président Meunier et les autres membres de la députation.

Nous n'avons point à retracer les diverses scènes dont le palais de Versailles fut le théâtre dans la soirée du 5 et dans la nuit du 5au

(1) Di^.position de Stanislas Maillard, dans la première partie delà procédure criminelle instruite au Châtelet sur les événements du 6 octobre. Vov. aussi les Mrmoirts de Ferrières, t. I, p. 312, et les Eclaircissements à la suite des Mémoires de BaiUj t. III, p. 419. • '

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