‹ Histoire de RobespierreChapitre 82 sur 283 · LIVRE II. IL COMBAT LA REPeXSE DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE II. IL COMBAT LA REPeXSE DU ROI

nier, anéantir le pouvoir constituant de rAssemblée, et violer, dès le début, le seraient du Jeu de Paume. Ce fut ce que soutinrent avec une grande énergie de langage Mirabeau, Le Chapelier et Robespierre. L'Assemblée, dit impétueusement ce dernier, a simplement attaché au mot sanction, dans cette circonstance, 1 idée de Tauthenticité donnée par le souverain aux décrets émanés d'elle. Si elle eût prévu l'interpréta tion prêtée à ce mot par quelques-uns de ses membres et par le pouvoir exécutif, elle n'eût pas permis quMl pût y avoir d'équivoques STir ses déclarations. « La nation, » s'écria-t-il, en terminant, a a-t-elle donc besoin, pour la Constitution, d'une autre volonté que la sienne (1)?» Malgré une longue réfutation de Lally-Tolendal, l'Assemblée décréta que son président se rendrait au château pour supplier le roi de promulguer immédiatement ses arrêtés du U août, en l'assurant qa*il serait scrupuleusement tenu compte de ses observations quand on s'occuperait des lois de détail. Le lendemain, Louis XVI répondit qu'il dlait s'empresser d'ordonner la promulgation des arrêtés, et, le même jour, en reconnaissance, l'Assemblée vota pour deux législatures le veto suspensif.

Sur les grandes questions intéressant la liberté ou le principe de la souveraineté du peuple, Robespierre ne gardait jamais le silencb. Dans d'autres occasions, quand la discussion lui semblait d'un moindre inté-*" rét, il se tenait assez volontiers à l'écart. On ne l'entendit pas répondre au Ticomte de fiiirabeau lorsque celui-ci, à propos d'une motion de Vohey, demanda insidieusement qu'aucun membre de l'Assemblée ne pût être réélu à la prochaine législature. Plus tard, au moment où son influence aura acquis un inomense accroissement, nous le verrons reprendre, au nom des hitérêts populaires alors, cette proposition du frire de Mirabeau, et la faire adopter par ses collègues, malgré la vife opposition des royalistes constitutionnels. Il ne se mêla non plus en rien, que nous sachions, ^ux importantes discussions auxquelles doma lieu la demande d'emprunt soumise à l'Assemblée par le premier ministre en personne, disc^sions h jamais célèbres, où le génie de Mirsdbeau s^éleva à de si prodigieuses hauteurs. Seulement le 2 octobre,

(1) Point du jour f imméro 80, p. 34 et 39.

après avoir accepté le projet de décret sur la taxe patriotique, il insista fortement pour qu'on exigeât, avant de le convertir en loi, la sanction rovale de la déclaration des droits et des articles de la Constitution

déjà votés.

Mais quand, trois jours plus tard, on vint lire la réponse ambiguë du roi, il éclata. Mal servi par ses conseillers, Louis XVI ne pouvait se résoudre à adopter une détermination; or, dans les circonstances graves, on se perd par les hésitations. Deux partis se présentaient à lui : déclarer résolument la guerre à la Révolution, et tenter de remporter de haute lutte ; ou bien se mettre lui-même franchement à la tête de cette Révolution, l'incarner en quelque sorte en sa personne, aller spontanément au-devant de ses légitimes exigences. Dans le premier cas il eût été brisé sans nul doute, mais il serait tombé noblement, sur un champ de bataille, pour la défense d'intérêts que son origine et son éducation pouvaient rendre sacrés à ses yeux; dans le second, il se fût acquis des titres immortels à la reconnaissance des peuples ; et la gloire d'être à la tête d'une grande nation libre eût largement compensé celle de commander à des esclaves. Mais à une politique ferme, nettement accentuée, il préféra une politique de faux-fuyants et de petits moyens, s'égara jusqu'à placer dans l'étranger l'espoir du salut de sa couronne, et se laissa fatalement entraîner dans une voie au bout de laquelle il devait trébucher sur l'échafaud.

Au lieu d'accorder franchement sa sanction à la déclaration des droits et aux articles de la constitution déjà votés, il parla simplement d'accession, trouvant dans la déclaration des principes susceptibles d'explication, et remettant pour l'accepter ou la répudier définitivement au jour où l'Assemblée se serait prononcée sur l'ensemble de la Constitution, c La réponse du roi, » dit Robespierre, « est destructive, nonseulement de toute constitution, mais encore du droit national à avoir une constitution. On n'adopte les articles constitutionnels qu'à une condition positive! Celui qui peut imposer une condition à une constitution a le droit d'empêcher cette constitution ; il met sa volonté audessus du droit de la nation... Est-ce au pouvoir exécutif à critiquer le pouvoir constituant de qui il émane? Il n'appartient à aucune puissance de la terre d'expliquer des principes, de s'élever au-dessus d'une nation et de censurer ses volontés. Je considère donc la réponse du roi conune contraire aux principes, aux droits de la nation et comme opposée à la constitution, b Puis, examinant la conduite des ministres, il les montrait essayant de rivaliser d'autorité avec l'Assemblée et faisant précéder les arrêtés et décrets déjà sanctionnés de l'ancienne formule du despotisme : car tel est notre bon plaisir. Il fallait donc au

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