‹ Histoire de RobespierreChapitre 90 sur 283 · LIVRE II, LES PARLEMENTS SUSPENDUS · texte numérisé non relu

LIVRE II, LES PARLEMENTS SUSPENDUS

)uelques jours après, rAssemblée, décidée à consacrer Taristocratie richesses, exigea comme condition d'éligibilité à la représentation kmale le payement d'une contribution d*un marc d'argent au moins. tait priver plus d'un tiers des citoyens, et môme une partie des dées actuels, de la faculté de représenter leurs concitoyens. Quelques nbres ayant réclamé une exception en faveur des fils dont les pères aient la contribution exigée, Robespierre la repoussa comme n'étant justifiée, c Cette exception,» dit-il, t serait odieuse et injurieuse à grande partie des habitants du royaume. » La discussion étant deue tumultueuse, on ajourna la question au mardi suivant. Ce jOur- 3 novembre, Robespierre demanda si, oui ou non, tout était jugé r les fils de famille comme pour les autres citoyens (1). L'Âssemit au milieu du bruit, décida qu'il n'y aurait pas d'exception pour ffls de famille.

e décret du marc d'argent excita dans le public d'amères récrimiions. c Le patriotisme expirera donc dans son berceau? » s'écria slalot. € On rira peut-être de ma prédiction ; la voici toutefois : ni dix ans, cef article nous ramènera sous le joug du despotisme, Icausera une révolution qui aura pour objet des lois agraires (2). » lait eu effet créer un déplorable antagonisme entre ceux qui posséait et ceux qui ne possédaient pas. Véritable interprète des sentiits populaires, Robespierre comprenait bien ce danger. Le seul $ à l'éligibilité était, à ses yeux, la confiance de ceux qui doivent » représentés, et nous l'entendrons plus d'une fois attaquer à la trile» avec une impérieuse éloquence, un décret si contraire aux prin- » de la Révolution.

)e toutes les institutions de l'ancien régime celle des parlements tait pas une des moins en harmonie avec le nouvel ordre social auil travaillait l'Assemblée constituante. Corps politiques, avaient-ils ri, comme on l'a dit trop complaisamment, de contre-poids au desisme royal, de frein à ses emportements? L'impartiale histoire est je de répondre : Non.

) Procès-verbaux manuscrits de l'Assemblée nationale. (Archivei C, § 1, 276,

I BévolvUions <h Paris, numéro 17, t. II, p. 10.

Ont-ils jamais opposé une résistance sérieuse à toutes les iniquités qui resteront comme d'éternels stigmates au front de la monarchie française? Et ne sait-on pas qu'il suffisait d'un lit de justice pour avoir raison de leurs remontrances ? Quelques grands caractères, se détachant en relief sur le fond commun, ne suffisent pas à couvrir et à racheter le servilisme général.

Corps judiciaires, avaient-ils mieux mérité du pays? Hélas! leur histoire n'est que le martyrologe du peuple; il faudrait l'écrire en lettres de sang. Qui dira jamais le nombre des malheureux que, dociles insfruments des vengeances royales ou des colères de l'Église, ils ont envoyés au bûcher et au gibet? Il n'est pas jusqu'aux criminels sur qui leurs arrêts féroces ne soient parvenus à faire descendre la pitié. On ne lira jamais la description de l'effroyable supplice de Damiens sans maudire les juges qui l'ont ordonné. Ni les progrès de la philosophie, ni la douceur des mœurs du jour ne semblaient avoir prise sur le cœur des magistrats. Ajoutez à cela leur corruption dénoncée aa monde entier par la plume incisive de Beaumarchais, corruption d'autant plus funeste que la justice entre les mains des titulaires était devenue un véritable patrimoine, transmissible par héritage ou par vente. Or, du moment où les fonctions judiciaires, cette chose réputée sainte, pouvaient être vendues comme un fondsde commerce, la justice perdait aux yeux du peuple son caractère auguste et sacré.

La cause des parlements était donc perdue d'avance quand éclaté la Révolution. Eux n'en jugeaient pas ainsi. Ils le prirent même a?cc l'Assemblée constituante sur un ton de hauteur qui indisposa vivement contre eux les représentants de la nation. Celui de Paris ayant un jour adressé à l'Assemblée un acte d'adhésion par un mot trèslaconique, elle se fàclia. Voici comment Robespierre raconte l'aventure: «... Un membre fit l'observation que le parlement, n'étant dans l'État qu'un corps particulier, ne pouvoit traiter de corps à corps avec l'assemblée générale qui représente la nation dont il n'est qu'une infiniment petite partie, et qu'il auroit pu se donner la peine de lui adresser directement ses hommages. Le duc d'Aiguillon se leva et déclara qu'en qualité de membre du parlement il adhéroit à la réflexion du préopinant; le duc de Larochefoucauld dit la même chose; un conseiller du parlement d'Aix, qui n'est pas du tout parlementaire, M. Dandrets, dit : S'il éloit permis à un chétif conseiller de province de s*expliquer sur cet objet, je dirois que je suis du même avis. Enfin M. d'Éprémesnil, le plus ardent défenseur de toutes les sottises parlementaires, et qui n'avoit pas encore ouvert la bouche dans rAsserabiée nationale, prit la parole pour dire qu'il adhéroit à tout ce qui veiîoit

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