‹ Histoire de RobespierreChapitre 98 sur 283 · LIVRE II. DERNIER MOIS DE l' ANNEE · texte numérisé non relu

LIVRE II. DERNIER MOIS DE l' ANNEE

de mots, résumé son opinion sur les non-catholiques et les comédiens, il terminait ainsi : « On ne peut priver aucun des individus de ces classes des droits sacrés que leur donne leur titre d'hommes. Cette cause est la cause générale, il faut décréter le principe (1). »

Son opinion, si libérale et si juste, devait plus tard triompher complètement; mais, comme en beaucoup d'autres circonstances, il se trouva cette fois bien plus avancé que l'Assemblée, qui, d'accord avec lui sur les protestants, déclara qu'elle ne changerait rien quant à présent à la situation des juifs, sur l'état desquels elle se réserva de prononcer ultérieurement.

Nous touchons au terme de cette admirable année 1789. Si Ton considère la marche lente de la civilisation depuis la venue du christianisme, on verra que, pendant les huit premiers mois de la session de l'Assemblée constituante, l'humanité a accompli plus de progrès que pendant les quinze siècles qui l'ont précédée. On ne saurait donc ménager la reconnaissance aux grands citoyens sous l'impulsion desquels tant de bienfaits ont été réalisés. Et parmi ces immortels défenseurs du droit, delà justice et de la liberté, qui, plus que Maximilien Robespierre, a payé de sa personne? Pas de séance où sa voix n'ait retenti quand il s'agissait de réparer quelque iniquité ou de lutter contre le despotisme ancien. Où trouver une logique plus serrée, une perspicacité plus nette, une foi plus profonde, un désintéressement plus pur ? Nous avons suivi l'homme pas à pas; et encore, à ses débuts dans la vie politique, n'avons-nous pu le présenter que sous un jour bien imparfait, puisque les journaux du temps ont à peine rendu compte de ses premiers discours. Souvent môme, on s'en souvient, quand ils les mentionnaient en quelques lignes, ils ne nommaient pas l'orateur et se contentaient de le désigner par ces mots : Un membre ou M. N.; ou trois étoiles ; non point par obstination ou sur la recommandation de ses amiSy comme le dit malicieusement et sans aucune espèce de raison un célèbre historien (2), mais uniquement parce que Robespierre n'avait

(1) Voy. le Moniteur au 24 décembre 1789, numéro 124. Séance du 23.

(2) Michelet, Hittoire de la Révolution, t. II, p. 322. Nous suivrons de près M. Miclielet dans son Histoire de la Révolution, Il n'est pas de livre où, avec la plus entière bonne ibi, on ait accumulé contre un homme plus de jugements faux et de grossières er-

pas, dans les premiers temps de TAssemblée, cette notoriété qui commande l'attention, et que pour lui, comme pour une foule d'autres orateurs inconnus, les journalistes n'y mettaient pas tant de façon. La sténographie n'était pas connue alors, et les comptes rendus de toutes les feuilles périodiques de Tépoque. sont très-incomplètes. Il est curieux de voir combien certains historiens se donnent de mal pour expliquer d'une façon extraordinaire les choses les plus simples du monde.

Rien d'étonnant d'ailleurs à ce qu'au début Robespierre n'ait pas été très-sûr de lui-même. S'il faut en croire le témoignage assez partial, et par conséquent suspect, d'Etienne Dumont, un des secrétaires de Mirabeau, témoignage invoqué déjà, il tremblait toujours en approchant de la tribune et ne se sentait plus au moment où il commençait de parler (I). La plupart des hommes qui ont eu à prendre la parole en public ont pu avoir de ces défaillances dans le principe, mais la timidité de Robespierre ne fut pas de longue durée. Peu de personnages politiques ont parlé avec plus d'assurance^ur des sujets plus variés et ont exercé sur leurs auditeurs une plus incontestable influence. « Lorsqu'on l'entend, on le soupçonne orateur, « disait-on de lui dans un des plus amers pamphlets du jour (*2), car déjà il avait le don d'exciter les fureurs du parti contre-révolutionnaire ; mais comme on aime rarement à reconnaître le talent dans un ennemi, on supposait qu'au lieu d'improviser il récitait. Innombrables, au contraire, sont les discours prononcés par lui incidemment, sous le coup de quelque événement imprévu. Qu'importe, du reste l Ce qui est vrai c'est que, conune Mirabeau, fl écrivait ses discours de fonds, si je puis ra'exprimer ainsi, parce que, si l'improvisation, dans une bouche exercée, est de nature à produire de merveilleux effets dans la chaleur de la discussion, elle ne saurait convenir à des matières auxquelles l'étude patiente et de longues méditations sont absolument nécessaires. Ce qui est vrai encore c'est que, à l'époque où nous sommes, Robespierre commençait à devenir-une des puissances oratoires de l'Assemblée; et déjà son nom se gravait dans le cœur des masses.

Le présenter comme l'homme ridicule de l'Assemblée, c'est faire de la fantaisie historique. On n'écrit pas l'histoire avec les ana et iei Actes des Apôtres de Rivarol (3). Un jour, il est vrai, à propos d*DBB

r eiirs. Nous ne parlons pas, bien entendu, de ees histoires k Pusage des partis, 00000 ^VHistoire de la Convention^ par M. do Harante, où tout est dénaturé et odieoseincD^ ^ravesti, ou certaine Histoire de la terreur encours de publication, et dont nonsaaroDi nous occuper plus txrd.

(1) Etienne Dumont, Souvenirs sur Mirubeau,.^,2SL. Voy. plus hant.

(2) L08 Grands Uwnmes dmjfmr, p. 34, in-8*, 1790.

(3) Voy. VBiêtoirt de la Héwkaion, par M. Midiolst, t. U, p. 321.

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