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GiusTiNiIAN, vol. III, pp. 335 à

i2 LE PONTIFICAT DE JULES II

Le mariage se fit néanmoins le 24 mai 1506, après d'assez longues tractations, « sans nulle pompe », car le pape, dit l’orateur vénitien, ne voulait pas voir se renouveler le scandale des mariages de la fille d'Alexandre VI. La cérémonie eut lieu dans le palais du cardinal Sisto Gara della Rovere, situé dans le quartier Ponte !.

Cet Orsini était d’ailleurs un singulier personnage, un «fou public », disait le duc d'Urbino ; il arriva pour le mariage en costume négligé, mal rasé, comme «s’il venait par hasard » ; après la cérémonie, il chassa tout le monde et voulut rester seul avec sa femme contrairement aux habitudes ?.

Il était très attaché au roi Louis XII et à la politique française, détail qu’il ne faudra pas oublier.

Sile mariage avait été modeste, les fêtes qui suivirent furent éclatantes. Le 9 mai 1507, donna Felice fit à Rome une entrée solennelle. Sa robe était noire et elle portait un chapeau blanc garni de velours à l’espagnole ; à son côté était son mari, ainsi que don Antonio de Cordova et Giulio Orsini. Quarante cavaliers formaient l’escorte. IL y eut banquet au palais du Belvédère. Deux jours après, Jules II se rendit dans les jardins du cardinal Ascanio Sforza qui avait convié donna Felice, son mari, quantité de seigneurs et trois cardinaux. Un autre banquet eut lieu le 15 juin 1507 au Vatican, lequel fut suivi de chants et de danses ; des femmes y prirent part.

Le pape se plaisait à l’aller voir ; quand le souci de ses affaires le lui permettait, il montait à cheval et poussait jusqu’à son château de Bracciano. Jules IT était d’ailleurs excellent cavalier et se livrait volontiers à l'équitation comme au canotage.

Il lui accordait des présents. Quand il fut en danger de mort, en 1511, il lui donna 12 000 ducats, qu’elle lui rendit l’année suivante quand il se trouva si dépourvu d'argent qu’il dut fondre une partie de sa vaisselle plate.

Donna Felice fut l’ornement de la cour pontificale où les femmes étaient devenues rares, ce dont les hôtes du Vatican se plaignaïient beaucoup. Son absence, d’ailleurs momentanée, causa une désolation générale. Elle voulut user de son influence pour assurer la paix dans Rome. Il existait une vieille haine entre les Orsini et les Savelli parce que ceux-ci s'étaient plus d’une fois alliés aux Colonna contre les Orsini ; donna Felice entreprit de réconcilier les adversaires, et elle y réussit ; le 24 avril 1500, les représentants des deux familles, réunis au Vatican par ses soins, s’engagèrent, en présence du pape, à ne plus se quereller ; en retour, les peines qu’ils avaient encourues leur furent remises. Comme garantie que cette paix serait respectée, ils durent déposer 100 000 ducats, que leur fournirent certains cardinaux ainsi que des seigneurs de leurs amis «et le peuple », dit l’envoyé mantouan *?.

1. La «Vieille Chancellerie»; ce palais avait appartenu au Ludovico da Fabriano au marquis de Mantoue en date du cardinal Rodrigo Borgia, c’est-à-dire au pape Alexandre VI, avant 24 avril 1500.

son élection, puis aux cardinaux Ascanio, Galeotto et Sisto della En 1521, donna Felice maria sa fille au prince de Bisignano, Rovere et Grimani. Actuellement, c’est le palais Sforza Cesarini. de la famille des Sanseverino, et elle en eut tant de joie qu’elle 2. PARIS DE GRASSI et GREGOROVIUS, vol. IV, p. 364. « mit un voile blanc ». Grâce à son savoir-faire, elle était restée

3. Mantoue, Archiv. Gonzaga, Est., XXV, B. 858. Lettre de bien en cour auprès du nouveau pape.

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