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LA GUERRE CONTRE FERRARE

Jules IT jugea que ce qui importait tout d’abord, c'était de diminuer le prestige et la puissance du roi Louis XII en Italie en écrasant son principal et plus sûr allié, Alfonso, duc de Ferrare.

Récemment encore, à Agnadel, son artillerie avait rendu à l’armée française un signalé service et, dans la nuit du 20 au 21 décembre 1500, elle avait, sous la conduite du cardinal Ippolito d’Este, anéanti la flotte vénitienne qui s’était imprudemment avancée dans l'estuaire du Pê pour ravager le territoire ferrarais ! Son artillerie était, en effet, ce qui surtout faisait la force du duc actuel comme de son père ; il en tirait vanité et profit et y donnait tous ses soins.

Jules IT l'avait récompensé de ses services à la Ligue en lui attribuant la Rose d’or que lui porta l’évêque d’Adria, un Este, et en exigeant dans le traité de Cambrai la promesse de la restitution du Polésine et de la suppression du contrôle vénitien. En ceci, toutefois, il n’est pas bien certain que le pape n'ait eu une arrière-pensée; peutêtre voulait-il avoir place nette pour le jour où il aurait mis la maïn sur le duché. En outre, il avait nommé le duc gonfalonier de l’Église (19 avril 1509) ? et lui avait fait remettre avec beaucoup de pompe l’étendard aux armes de l’Église ; l’empereur, à la sollicitation de Jules IT, renouvela, moyennant 40 000 ducats, l'investiture des villes d’Este et de Montagnana, dont le duc s'était emparé le 30 avril 1500.

Mais, maintenant que ses bonnes dispositions n’existaient plus, Alfonso devait être la première victime de la politique gallophobe de Jules IT. Au surplus, le Saint-Siège portait depuis longtemps ses vues sur cette opulente principauté. Le pape Sixte IV, dont son neveu était si fier de se réclamer, avait déclaré la guerre aux Vénitiens pour les en écarter.

Or, vers cette époque, le cardinal Cesarini étant mort (le 1€T mai 1510), le cardinal Ippolito réunit aussitôt cinq des bénédictins du monastère de Nonantola, situé aux portes de Modène, dont Cesarini était abbé commendataire et se fit nommer à sa place. L’«énormité » de cet empiétement causa à Rome un tel scandale que le duc Alfonso jugea expédient d’envoyer en hâte auprès du pape son poète de cour, son conseiller et compagnon d'armes, Arioste. N’avait-il pas pris part, avec lui, aux dernières campagnes ? Il

arriva à Rome le 24 mai 1510 à.

1. Vaitioria del duca Aljonso sopra l’armata navale di Venezia, Ferrare, 1510, trad. en latin par Celio Calcagnini, Bâle, 1544, p. 484. Cœlii Calcagnini Commentarius in Venctae classis exbugnationem ad Hippolytum primum card. Extensem.

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